29 novembre 2013

I ♥ Craft

Si comme moi vous êtes fan de H. P. Lovecraft, vous êtes forcément tombé en arrêt devant cette couverture un peu chelou et vous vous êtes demandé : "mais dans quoi Alan Moore, dieu vivant des scénaristes de bande dessinée, est-il allé s'embarquer ? Adapter Lovecraft en BD c'est tellement convenu, tellement infaisable, tellement casse-gueule... qu'est-ce que ça peut bien donner ?"

Eh bien de la balle, tout simplement. On commence tranquille avec ce qui était sans doute destiné à n'être qu'un one-shot : une enquête étrange d'un agent du FBI qui tourne mal. Beaucoup de références à l'univers lovecraftien (dont je ne commettrai pas l'affront de vous parler : ceux qui ne connaissent pas ont déjà décroché de ce post depuis longtemps). Peut-être un peu trop. Si l'intrigue fonctionne parfaitement, on ne peut s'empêcher d'y trouver un catalogue de termes (Phtaghn, Leng, Nyarlathotep et autres Cthulhu) qui sentent un peu le fan-service. Ça reste une excellente intrigue de nouvelle horrifique, troublante et malsaine.

Puis on attaque la suite, où une cellule du FBI commence à enquêter sur les événements de la première partie. Et on arrive dans le méta le plus complet, les agents assumant ouvertement les références à Lovecraft, analysant même l'œuvre de l'auteur pour essayer de comprendre. Et ça devient vraiment, vraiment glauque.

Alan Moore est un génie, je le sais depuis bien longtemps, depuis ma première lecture de Watchmen il y a à peu près quatorze ans. Mais que ce mec arrive encore à me calmer alors que je connais son œuvre par cœur, ça m'assoit toujours. Neonomicon est une BD à ne pas mettre entre toutes les mains, c'est violent, cru et dérangeant. Mais pour ceux qui aiment Lovecraft et Alan Moore, c'est évidemment un indispensable. Et pas seulement pour le fan-service.

27 novembre 2013

La Quête des héros, le retour


De tous les projets KissKissBankBank et KickStarter que j'ai pu soutenir, celui-ci n'est certainement pas mon chouchou, mais... bon sang, ça chie pas la classe par tous les pores, ce truc ? 
HeroQuest, ça a été et ça reste un de mes jeux de plateau préférés, essentiellement parce que si on y joue bien, il n'y a que des gagnants, un peu comme un jeu de rôles. En plus, apparemment, ils vont adapter cette nouvelle version en VF en conservant les règles originales (qui sont nettement plus subtiles que celles que nous avons connues en France il y a 25 ans). Le bonheur !

25 novembre 2013

Semaine de la critique

Cette semaine, pas trop de dessins mais pas mal de critiques sur Julien a vu... : au programme, Inside Llewyn Davis (le dernier frères Coen), Gravity (le dernier Cuaron) et La Vie d'Adèle (le dernier Kechiche). Et sûrement un peu de BD aussi...

22 novembre 2013

Julien a lu... Blacksad 5, Amarillo


Le 5e épisode de Blacksad vient de sortir, et ça fait très plaisir. Autant les deux tomes précédents étaient magnifiques, autant ils étaient également très sombres et prenaient un parti narratif parfois tortueux (le 4, notamment, fonctionne en flash-back de manière pas toujours facile).
Amarillo, au contraire, joue la linéarité et la carte du road movie suivant la route 66. John Blacksad poursuit une piste sans grand enjeu pour lui, ce qui lui permet de se reposer un peu. L'intrigue est sombre, mais beaucoup moins étouffante que dans les autres albums. On respire enfin et on se surprend à être soulagé par ce répit accordé au personnage principal (mais guère aux protagonistes secondaires, qui prennent cher).
Bref c'est de la balle, foncez ! 

15 novembre 2013

Chroniques du monde secret (11)

Je voulais conclure l'histoire aujourd'hui, mais j'ai de l'imprévu en ce moment... To be continued donc...

13 novembre 2013

Chroniques du monde secret (10)



En fait, je voulais faire une note spécial Halloween, mais en ce moment je fais ce que je peux niveau dessin. La suite de celle-ci vendredi.

11 novembre 2013

Que faire le week-end prochain ?


Et oui, j'en ai parlé plusieurs fois, mais cette fois ça y est : Lysistrata, un musical rock existe et se produira deux fois le week-end prochain, au théâtre de l'Abbaye de Saint-Maur-des-Fossés.
Et très sincèrement, ça va être de la balle, donc si vous avez envie de découvrir l’œuvre d'Aristophane d'une manière plutôt originale, musicale et agréable, il reste quelques places. 

Bon, évitez d'emmener les tout jeunes enfants quand même...

01 novembre 2013

Julien a lu... Astérix chez les Pictes


On m’a demandé ce que je pensais du dernier Astérix, je l’ai donc lu attentivement afin de proposer une opinion claire et objective. 
Mais je ne pense pas que j’y arriverai. De deux choses l’une : soit vous considérez cet album comme faisant partie de la série et le jugez à l’aune des production Goscinny/Uderzo de la grande époque. Dans ce cas, il s’agit d’un album mineur, sans fulgurance mais pas forcément honteux. 

Soit vous considérez le contexte, à savoir : 
- que René Goscinny, le créateur de la série, fut un des plus grands génies de la bande dessinée, toute époque confondue, et que la reprise de son univers est donc une entreprise dans laquelle, au mieux, vous mettez en danger toute votre carrière artistique, 
- que Goscinny est mort depuis trente-sept ans, et la série depuis vingt-sept (Astérix chez Rahàzade fut, en 1987, le dernier à peu près acceptable). Dès lors la question du lectorat se pose : qui lit Astérix de nos jours ? Les trentenaires émus et nostalgiques ? Les jeunes habitués aux mangas et à Titeuf ? à Lou ! ? à De cape et de crocs ? C’est important pour l’orientation de l’œuvre,
- qu’Albert Uderzo, gardien du temple autoproclamé, a tourné la carte depuis un bon moment, comme en témoigne l’ahurissante débâcle du Ciel lui tombe sur la tête. Un album non seulement peu réussi artistiquement, mais au message réactionnaire surprenant. Uderzo s’y étonnait, avec vingt ans de retard, du succès grandissant du manga abrutissant et du comics décérébrant, et affirmait bien haut son admiration pour la joliesse de Disney. Autant La Galère d’Obélix n’avait juste aucun intérêt, autant ce dernier album était une épouvantable purge pour tout fan de la série*. Or Uderzo a longuement commenté le fait qu’il surveillerait de très près les successeurs pressentis pour l’album (et de fait, le premier dessinateur a dû dégager en plein processus). 

Tout cela éclaire d’un jour nouveau cet Astérix chez les Pictes, que l’on ne peut simplement considérer comme « un de plus ». La pression sur les artistes à l’œuvre a dû être ahurissante, difficile d'imaginer qu'ils aient travaillé sereinement, dans les meilleures conditions. Du coup on peut facilement reprocher à l'album son manque d’audace (comme on lui aurait reproché son manque de classicisme s’il avait trop déraillé).

Astérix est rusé, Obélix rigolo, les jeux de mots présents… l’intrigue nous emmène donc chez les Pictes, que l’on connaît mieux depuis Rebelle**. Au menu, quelques clichés sur l’Écosse (mais pas tant que ça… notamment rien sur leur avarice légendaire, ce qui aurait pourtant pu être source de nombreux gags), kilts, monstre du Loch Ness, etc. et en prime un Vincent Cassel en grand méchant Mac Abbeh. Tout ça ne va pas bien loin, mais ça passe mieux qu’un échec. 

Visuellement, ça passe. Scénaristiquement, c’est pas innovant mais ça passe. Niveau écriture, on aimerait rire un peu plus, mais ça passe. Bref, on est loin, très loin d’un Journal d’un ingénu*** ou d’une réinvention géniale du mythe. 
C’est dommage, mais ça aurait pu être tellement pire que je suis quand même, quelque part, soulagé. 

Bien sûr, ce n’est pas le meilleur sentiment qu'une œuvre peut provoquer chez un critique. Mais c’est le mien. 

* Concernant La Rose et le Glaive, je l’ai lu il y a bien longtemps et pas relu depuis. Mais s’il n’est pas parfait, il a au moins le mérite d’introduire des notions de féminisme dans une série qui, pour reprendre une sympathique expression américaine, a tout de même souvent des allures de fête de la Saucisse.

** Pour ceux que ça intéresse, sachez que les Ch’tits Hommes Libres de Terry Pratchett sont librement inspirés de ce peuple (des fées pictes, ou « Pictsies »). Ça vous donne une idée de leur finesse proverbiale.

*** Dans lequel Émile Bravo revisite magistralement les personnages de Spirou et Fantasio. À lire à tout prix si vous voulez vous faire une idée de ce qu'un auteur peut faire avec de vieux personnages quand on lui laisse libre cours !