02 mars 2016

Petit à petit, les graines germent...



Dans son spectacle Inculture(s) 1, Frank Lepage file une longue métaphore à base de jardinage. Le presque sexagénaire finit par expliquer que son intervention (spectacle, conférence, one-man-show, conférence gesticulée, peu importe) a pour but de "planter des graines", et que peut-être, par ci par là, ces graines germeront et donneront des fruits. Il sème un peu partout en France, espérant que son rêve d'une éducation populaire trouvera quelque part un terreau fertile*.

Eh bien à force de semer, il l'a trouvé. C'est Internet.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de 2010, mais lors du Printemps arabe, on s'est extasié sur la place occupée par Internet dans les événements. Les partisans des réseaux sociaux avaient enfin un argument contre les vieux réacs qui conspuaient Facebook, Twitter et autres passe-temps chronofuges : ces derniers avaient servi la cause révolutionnaire. Mais s'il y a une chose que bien peu avaient imaginé alors, c'est qu'ils pouvaient servir à la même chose chez nous. Parce qu'à l'époque, il était encore assez peu intégré qu'on vivait dans une démocratie sacrément malade.
 
Depuis le CPE (il y a dix ans, déjà !), on n'avait plus vu de mouvements de jeunesse, de masses d'étudiants partir manifester dans la rue pour protester contre une décision politique (je passe sur le mariage pour tous, pour lequel il n'y aurait même pas dû y avoir de débat, et au sein duquel les jeunes n'ont pas été les éléments moteurs). Les jeunes étaient-ils devenus apathiques ? Blasés ? Résignés ?
Apparemment non. Ils ont juste attendu leur heure. On les pensait abrutis par la télé, ils s'étaient réfugiés sur le net, et là ils ont appris, ils ont diffusé, ils ont transmis leurs expériences. Désormais ils sont connectés, ils ont accès à la plus grande base de données jamais créée dans toute l'histoire de l'humanité
Et à force d'écouter Lepage, Lordon, Piketty, Bourdieu, Guillemin, Chouard, Rabhi... les jeunes ont commencé à comprendre le monde tel qu'il est. Et devinez quoi ? Il ne leur plaît pas !

Alors voilà ce qui va se passer. Le gouvernement va laisser tomber son projet délirant de loi sur le travail (qui est objectivement une infamie totale). Puis ils essaieront de nous sarkozer, c'est-à-dire de nous faire passer une version light de cette même loi (une bonne vieille technique de VRP moisi). Mais cette fois ça ne passera pas non plus. Parce que #OnVautMieuxQueCa !
Je ne sais pas si c'est le début de quelque chose, ou juste un nouveau sursaut qui s'éteindra vite. Mais le 9 mars prochain, j'irai dans la rue. Parce que j'ai bien l'impression qu'on pourrait devenir les témoins, voire les acteurs, d'un moment important. Le moment où les graines germent.


Comment s'appelle-t-il, déjà, ce mois où les graines germent, dans le calendrier républicain...?

* Ce qui, du reste, n'est pas sans rappeler la très biblique parabole du semeur... mais peu importe.

1 commentaire:

Oud a dit…

Il faut juste que cet élan ne sit pas éphémère et qu'il dure!