23 juin 2017

Neil a vu... HHhH


Il y a quelques semaines, apprenant la sortie de ce film, j'ai voulu lire le roman dont j'avais tant entendu parler. Je voulais le faire avant de voir le film, parce que c'est souvent la bonne manière de s'y prendre (le film étant souvent moins bien et spoilant l’œuvre). J'ai bien fait.

HHhH le film est moyen, voire médiocre en tant que film. On y apprend essentiellement que les nazis étaient très méchants (ils tuaient des gens et quand ils couchaient avec des femmes, c'était violent et malsain) alors que les résistants étaient d'héroïques jeunes gens allant braver la mort le sourire aux lèvres (et quand ils couchaient avec des femmes c'était des étreintes passionnées empreintes de respect et de satisfaction mutuelle). 

Le film retrace l'opération qui visait l'élimination de Reinardt Heydrich, celui que Hitler lui-même surnommait "l'homme au cœur d'acier", chef de la Gestapo, "Boucher de Prague", un des principaux artisans de la Solution finale, bref, un gars sympa, par un petit commando de deux soldats, l'un tchèque et l'autre slovaque. L'intrigue est découpée en deux parties : la vie de Heydrich, toute de vilenie et de cruauté, puis l'opération vue du point de vue de Gabčík et Kubiš, les deux héroïques soldats tellement-braves-que-même-le-hatchek-dans-leur-nom-est-classe.

C'est à peu près aussi subtil qu'Indiana Jones et la dernière croisade, mais étonnamment ce n'est pas mon principal reproche au film.



Mon principal reproche, c'est que j'ai lu le livre qu'il est censé adapter, ce roman fascinant (et assez court, hein, n'hésitez pas à l'attaquer, on le trouve facilement en ce moment) de Laurent Binet, qui raconte certes l'opération Anthropoïde (nom de code de l'assassinat de Heydrich, mais le film ne l'évoque jamais*), mais se paye également le luxe de consacrer la moitié de ses pages à expliquer la fascination de l'auteur pour son sujet, sa crainte incessante de manquer de rigueur historique, de céder à la facilité d'écriture... Combien de fois se lance-t-il dans un paragraphe homérique et finit-il par s'autocensurer sur le ton "ce serait vachement bien, dramatique et tout ça, mais je ne suis pas sûr que ça se soit vraiment passé comme ça... donc je ne peux pas vraiment l'écrire !"

Pendant tout son roman, Binet n'a de cesse d'invoquer une rigueur historique presque maladive. L’œuvre est en soi un métaroman, qui parle autant de l'opération (et qui en parle très bien, avec un luxe de détails jamais étouffant) que de la création du roman lui-même. 

Soit tout le contraire du film, qui d'une part occulte totalement cette part métanarrative (le film se situe pendant la guerre, il n'y a aucun flashback, aucune voix off, aucune astuce métadiégétique, tout est très premier degré), et surtout tombe sans arrêt dans le spectaculaire, les effets souvent faciles (je n'avais pas vu de nazis aussi caricaturaux depuis Inglorious Basterds, mais c'était un pastiche) et surtout les erreurs historiques clairement volontaires (ou alors le scénariste n'a pas lu le livre, ce qui est après tout possible).
Et ça, quand on adapte un livre dont tout le sujet est la rigueur historique et le questionnement de la logique dramaturgique, ça s'appelle "se vautrer dans les grandes largeurs".

HHhH, un film de Cédric Jimenez, 2017.

* Au passage, le titre vient d'une expression que les nazis utilisaient apparemment à l'époque : "Himmlers Hirn heißt Heydrich", soit "le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich". Ça va peut-être vous étonner, mais le film ne l'évoque jamais non plus !

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