16 janvier 2015

Comptes de faits

En ces temps de frimas hivernaux, rien de mieux que de se réunir autour de la cheminée pour écouter papy raconter ces vieux contes ancestraux. Comme celui des enfants que Blanche-Neige eut avec le Grand Méchant Loup... euh... ou celle où Boucle d'Or couche avec le petit ours... non, pas celle-là. Tiens, celle où le Chaperon Rouge meurt dans... non. Bon, parlons de Fables.


Les couvertures de la série sont sublimes (mais le style intérieur très différent).

Fables (qu'il faut probablement prononcer "fèybeuls"), c'est avant tout une bande dessinée dont le scénario est signé Bill Willingham, et la plupart des histoires dessinées par Mark Buckingham (oui ça rime, non ce n'est pas fait exprès). Le principe de base est relativement classique (puisqu'il a été repompé par plein de films et séries ces derniers temps) : les personnages des contes de notre enfance sont réels, ils vivent dans des mondes parallèles au nôtre. Mais ils en ont été chassés il y a quelques siècles par les armées d'un mystérieux "Adversaire" (dont l'identité en surprendra plus d'un) et ces expatriés se sont réunis dans un quartier de New York, baptisé Fableville. Au début de notre histoire, la communauté est dirigée par Blanche Neige et contrôlée par un shérif énergique et bougon, Bigby Wolf (en fait le Grand Méchant Loup, rendu humain par magie).
Blanche et Bigby. Ne vous fiez pas à leur look, ce sont des durs de durs.


Si la prémisse semble loufoque, l'univers est plutôt sombre, au début plutôt inspiré par le polar noir. Par la suite, l'intrigue prend des proportions purement épiques, nos héros ne se contentant pas de rester cloîtrés mais étant bien décidés à reprendre possession de leurs terres.

Fables est un petit bijou de BD, créant un univers immense et cohérent (l'excuse "c'est magique" permet de faire passer pas mal de choses, mais ici la magie fait partie intégrante de l'univers de la série, donc ça semble assez logique). Le scénario avance sans cesse, de petits détails pouvant prendre des proportions énormes, et le terme de saga n'est pour une fois pas galvaudé. D'autant qu'il s'étire tellement qu'il déborde désormais de sa propre série.

Ma collec perso de Fables. Y a beaucoup.
Vous noterez que la série a changé trois fois d'éditeur depuis sa première parution en 2003,
générant ce phénomène qu'adorent tous les collectionneurs de BD : la non-continuité visuelle des tranches d'albums.
Putain de charlots !
Fables, c'est donc une série au long cours, mais aussi plusieurs hors-séries et séries dérivées :
- 1001 nuits de neige est un recueil de nouvelles illustrées relatant les histoires de plusieurs des personnages (souvent des relectures des contes classiques, parfois amusantes, souvent abominablement cruelles - vous ne vous remettrez pas de sitôt de l'histoire du prince grenouille) ;
- Peter & Max est un roman détaillant l'histoire du joueur de flûte de Hamelin, qui n'avait jusque-là pas été abordé dans la série. Et c'est excellent.
- Jack of Fables raconte les aventures parallèles de Jack (du haricot magique), personnage aussi fascinant qu'insupportable. Même si j'ai du mal avec cette série dérivée, je suis bien obligé de reconnaître qu'elle m'a toujours donné envie de connaître la suite.
- Fairest, dernière série dérivée en cours, devrait suivre les aventures de divers personnages féminins. Pour l'instant je trouve qu'elle tire un peu sur la corde, mais je lui laisse le bénéfice du doute.
- Cinderella, pas encore parue en France, raconte les aventures de Cendrillon, espionne internationale au service de Fableville. Je sais, ça a l'air con, ça l'est un peu, mais c'est cool.
- The Wolf Among Us est un jeu vidéo de Telltale Games. Techniquement c'est un point and click en cell-shading assez semblable à leur The Walking Dead, et c'est une pure merveille. Vous incarnez le shérif Bigby un peu avant le tome 1 de la série, dans une ambiance très "polar", alors qu'il enquête sur des meurtres de prostituées fables.


The Wolf Among Us est sans doute une des meilleures adaptations de BD que j'aie jamais vue,
tous médias confondus.
Le jeu est sombre et vous confronte notamment à des choix moraux difficiles.
Pourquoi Fables est-il génial ? D'abord, cette série est passionnante. Vous n'en finissez pas de redécouvrir des personnages, de comprendre les motivations de tel ou tel, d'assister à des retournements de situation totalement imprévus (et pourtant logiques)...
Ensuite, la série est très belle. Si l'intrigue principale est surtout assurée par Buckingham, énormément de petits épisodes stand alone sont dessinés par des artistes invités souvent talentueux (1001 nuits de neige est particulièrement sublime sur ce point).
Enfin la série est moderne tout en respectant son sujet. Il est aujourd'hui notoire que les contes de Perrault ou de Grimm étaient beaucoup plus cruels que les versions de Disney. Willingham revient à ces sources obscures et dures, proposant des personnages complexes et torturés, réagissant chacun à sa manière à sa quasi-immortalité. Violence, sexe et torture ne sont pas absents de cette série absolument pas tout-public (à l'origine c'est du Vertigo quand même). 

La série a emporté six Eisner Awards, et c'est amplement mérité. Bref, c'est à découvrir si vous ne l'avez pas encore fait. 

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