Ex nihilo Neil

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26 juin 2026

En danois, canards se dit ænder

Je pensais faire un joli post avec mes photos de Copenhague du week-end dernier, mais figurez-vous qu'il fait 40 °C à l'ombre et que je suis en train de décéder, donc je traiterai tout ça plus tard (après mon décès, je suppose). 

En attendant, une petite anecdote qui nous est arrivée dans la célèbre Strøget, la rue commerçante principale de la ville (prononcez streuillètt). L'histoire prend place dans la boutique Faraos Cigarer (que l'on peut traduire sans trop prendre de risques par Les Cigares du pharaon, il ne vous étonnera donc pas qu'il s'agisse d'une boutique de BD). Je savais déjà que les pays scandinaves étaient très fans des histoires de canards (Don Rosa est quasiment un héros national en Finlande, notamment).

Bij : Ah ouais, le mur de Picsou ! Impressionnant.
Moi : Tu n'es pas encore allée au sous-sol, c'est ça ?

 
Ça, c'est un mur de Picsou.

Et dans un coin, comme si de rien n'était, une petite photo dédicacée de
Carl Barks. Les vrais savent, et les Scandinaves sont tous des vrais.

29 mai 2026

Dernières lectures

 J'ai lu des trucs dernièrement. Parlons-en.


 Les Guerres de Lucas, tomes 1 et 2, 
Renaud Roche et Laurent Hopman, Deman Édtions

Pour mon anniversaire, les copains m'ont offert ces BD qui racontent le making of des deux premiers Star Wars (les épisodes IV et V, donc... oui, les meilleurs en fait). Et franchement, c'est trop bien : déjà c'est très bien dessiné, j'adore le style employé, probablement directement à la palette graphique. Mais surtout ça raconte cette histoire, pourtant déjà abondamment documentée, sous un angle différent, en s'attachant vraiment au personnage de George Lucas, ses doutes, son caractère pas facile... Bon, c'est sans doute enjolivé, mais ça reste un pur plaisir de croiser au fil des pages des jeunes gens qui deviendront célèbres (dont Steven Spielberg et Francis Ford Coppola), de visiter le Hollywood de la fin des seventies, en plein bouleversement à l'aube de l'ère des blockbusters, et de (re)découvrir toutes ces anecdotes fameuses sur une saga culte. Il y aura sans doute un tome 3 (je vous laisse deviner de quel film il parlera), et je l'aurai.


 

 Les Cinq Ami·e·s l'échappent belle in extremis,
Fabcaro, éd. 6 Pieds sous Terre

Je suis Fabcaro depuis très longtemps, je ne prétends pas avoir lu toute sa bibliographie mais quand même un bon paquet, je m'estime donc dans mon bon droit en affirmant ceci : toute son œuvre mène à ce livre. C'est évident depuis le début, ça devait arriver, il devait, un jour, parodier un livre de la Bibliothèque Rose, et je suis vraiment, mais vraiment très content d'avoir assez vécu pour voir ça. Oui, ce n'est jamais que la recette Fabcaro (Zaï zaï zaï zaï, etc.) appliqué au Club des Cinq, aux Six Compagnons* et autres Michel, mais qu'est-ce que c'est bon ! Absurde, bête, cruel parfois, hilarant toujours. Trouvez-le en librairie, lisez la quatrième de couv', éclatez de rire et laissez-vous porter par l'envie soudaine que vous aurez de l'acheter. Vous ne le regretterez pas.

* Notez que dans la grande famille des héros à numérateur, on trouve aussi Les Trois N (de Roberte Armand), Les Quatre As (de Georges Chaulet) et Le Clan des Sept (d'Enid Blyton), ce qui fait quand même pas mal. J'aurais aimé qu'existent aussi Les Huit Tantes suisses ou L'Académie des Neuf... 

 


 Wastburg, Cédric Ferrand, éd. Folio SF

Ce livre avait l'air court et mon beau-frère me l'a conseillé, je ne peux à mon tour que vous en suggérer la lecture. Wastburg est une ville, coincée dans le delta d'un fleuve entre deux puissances rivales, avec tous les avantages (commerciaux notamment) et les inconvénients (troubles civils notamment) que ça laisse supposer. Dans chaque chapitre, on suit un membre différent de la garde municipale, plus ou moins haut placé, plus ou moins à l'aise dans son affectation, plus ou moins chanceux. Et ainsi se dessine une histoire plus grande, à base d'intrigues politiques et de magie. Une histoire tellement riche qu'un jeu de rôle a été conçu sur la base du livre, apparemment. En tout cas c'est une vraie bonne surprise, et un vrai plaisir à parcourir.

 


 Transformers t. 5 – Generation One,
Robert Kirkman, Dan Mora, Jorge Corona, 
Mike Spicer et Sarah Stern, Skybound ed.

Last et least (mais surtout parce que v'là le niveau des autres œuvres au-dessus), le tome 5 de la nouvelle série TF est déjà sorti (un peu en avance chez Album). On change de dessinateur, le style tout en vigueur de Jorge Corona laisse la place au trait plus sage mais plus ample de Dan Mora. Les deux ont leur (grand) mérite, et même si j'avais développé une forte affection pour Corona, ce basculement coïncide logiquement avec le début du deuxième arc de la saga. Deuxième arc qui commence dans un relatif statu quo, et finit avec de gros changements côté Autobots, qui devraient avoir de grandes répercutions pour la suite. Je ne suis pas fan de toutes les décisions prises (notamment cette incapacité chronique à laisser les morts morts !), mais je suis curieux de voir où ça va. Ah, et il y a Miles Mayhem qui commence déjà à semer la merde, ce qui est prometteur pour la série MASK qui commence le mois prochain.

 

22 mai 2026

Adieu Gibert ?

 



Les Parisiens en ont peut-être entendu parler : la bouquinerie Gibert vient de se placer en redressement judiciaire, ce qui pourrait fortement impacter ma consommation de bandes dessinées car je m'y alimentais largement en ouvrages d'occasion. 

Bien sûr tout le monde accuse les jeunes, qui « ne lisent plus » (ce qui est archi faux quand j'observe ceux que je fréquente, boulimiques de lecture, mais bon, ils ne sont sûrement pas représentatifs). Je constate toutefois que les rayons « romantasy » ont explosé ces dernières années*, comme quoi il y a bien une demande. Je pencherais plutôt pour une explosion du prix des matières premières (moi qui bosse dans la presse, je confirme que le papier est plus cher qu'à une époque) et de l'offre, beaucoup trop pléthorique pour être absorbée par la population.

Reste que la fermeture définitive de la principale librairie d'occasion de la capitale m'ennuierait pas mal, j'espère qu'ils vont tenir. 

* Gibert lui-même a ouvert une boutique entièrement dédiée à ces amourettes entre vampirette sophistiquée et loup-garou rustre, c'est dire. 

13 avril 2026

Héros sans frontière, guerrier de l'univers

 

Si vous avez vu la (géniale) vidéo du Joueur du grenier sur GI-Joe, vous vous souvenez certainement de Duke, le chef des héros sans frontières, tellement burné qu'on raconte qu'il a une autre paire de couilles sous ses couilles. Eh bien, évidemment, Duke est présent dans le nouvel Energon Universe dont je parle souvent.

Ça tombe bien, un nouveau numéro vient de sortir en VO, probablement bientôt en VF, où Duke se retrouve à devoir faire équipe avec Cobra Commander pour affronter les Dreadnoks, une horde de punks à chien shootés au pétibulle raisin (que voulez-vous, c'est la vie).

Notez que c'est étonnamment bien, malgré le pitch un peu
bancal évoqué plus haut.

Je ne suis pas un gros fan de la licence GI-Joe, mais je dois reconnaître un point à cette nouvelle adaptation : elle ne fait pas les choses à moitié. Si vous avez vu la vidéo du JDG dont je parlais (et je vous la conseille vraiment), vous savez qu'à moment donné, les scénaristes de la vieille série sont partis dans leur délire à base d'ancienne civilisation fondée sur les serpents, avec des personnages aussi ridicules que Pythona ou Golobulus le grand maître mi-homme mi-serpent et re-mi-homme derrière... Eh bien l'Energon Universe n'esquive absolument pas cet aspect, c'est même un point fondateur de tout son lore, sans sombrer dans le ridicule. 

Ils arrivent même à rendre intrigante la civilisation de Cobra-La, qui a rejeté toute forme de technologie pour ne plus croire qu'en la biologie, la biosynthèse et la chimie organique (oui, c'est bizarre mais reconnaissez que c'est plus intéressant que « une civilisation entièrement dédiée aux serpents »).  

Dans Void Rivals, ainsi, le vaisseau spatial de Pythona est entièrement organique,
« à la Zerg ». Je ne dirai pas que c'est ultra original, mais dans un univers où il existe 
des êtres entièrement mécaniques, c'est une opposition intéressante.

 

27 février 2026

Dans la base secrète déjà les moteurs grondent...

 

C'est officiel, l'Energon Universe de l'éditeur Skybound, dont je parle très régulièrement sur ce blog, accueillera en juin prochain sa nouvelle série, MASK. Oui, oui, MASK, avec Matt Trakker, Miles Mayhem, et tout le bazar. 

Alors ce n'est pas une surprise pour les fans du EU, puisque Trakker et Mayhem étaient déjà apparus dans les pages de GI-Joe et Transformers, et ce n'est pas non plus une surprise pour les aficionados de gros véhicules transformables puisque les deux licences appartenant à Hasbro se sont déjà croisées chez l'éditeur IDW. Mais ça reste cool, et je suis très curieux de voir ce que ça va donner dans un univers pensé pour, avec de bons auteurs aux manettes. 

La première apparition de Trakker (dans le prochain tome
de GI-Joe qui devrait sortir bientôt en français).

Et, vu que le EU essaie de remettre au goût du jour ces vieilles licences en modernisant les personnages secondaires (je suis notamment très fan du personnage de Carly, qui passe de love interest sans intérêt à personnage très attachant à l'arc narratif bien pensé), je suis curieux de voir s'ils vont introduire Scott, le fils de Trakker, et son insupportable sidekick rigolo T-Bob, le petit robot qui se transforme en scooter moche*. 

L'artwork de couverture du premier épisode, prévu pour juin prochain
(en VO, évidemment, la VF sera sûrement pour Noël).

Et une couverture alternative par J. Scott Campbell 
(Gen13, Danger Girl...), ça fait toujours plaisir.

Notez enfin que Hasbro a trouvé malin de ressortir les vieux jouets MASK avec un packaging très proche des originaux, si par hasard vous aviez envie de compléter votre vieille collection (j'en ai vu à Album Comics, à Paris).

* En vrai ça m'étonnerait puisque le Matt Trakker qui apparaît dans l'EU est la nouvelle version afro-américaine qui avait été développée pour IDW, a priori célibataire sans enfant. Mais qui sait ? 


20 février 2026

Manga à Guimet


J'ai eu l'occasion de visiter l'expo Manga - Tout un art !, qui se tient actuellement au musée Guimet*, avec ma nièce. C'est plutôt sympathique même si, comme l'ont noté certaines vidéastes, les mangakas femmes sont très peu représentées, ce qui est un peu la honte en 2026. Mais y a des planches originales cool et toute une salle sur Tezuka (le contraire eût été étonnant, mais bon, ça ne se refuse pas). 

* Si vous n'êtes pas parisien, il est possible que vous n'en ayez jamais entendu parler, sachez donc qu'il s'agit du Musée national des arts asiatiques, sis non loin du Trocadéro, dans un quartier qu'on dira pudiquement assez bourgeois. Très bon restaurant coréen au sous-sol.

Y a aussi un mur de Weeekly Shōnen Jump, le magazine iconique où sont nés tous les 
héros de notre enfance et des suivantes. 

 

04 février 2026

Shakespeare et chimères

 

Je voulais voir Avatar 3 (de guerre lasse), mais à mon grand étonnement c'était encore complet, des mois après la sortie. Ça doit vouloir dire que c'est bien. Du coup je me suis reporté sur le film dont toute la critique parle en ce moment, Hamnet.


 Hamnet, Chloé Zhao, 2026

Si on veut le résumer froidement, Hamnet raconte la vie de couple de William Shakespeare, comment il rencontre sa femme, comment ils ont trois enfants, comment ils en perdent un et comment ce drame lui inspire Hamlet. Ce résumé serait juste, mais passerait complètement à côté du film.

Hamnet est un film sur le deuil, c'est un film long, lent, et très sincèrement pendant la majeure partie du métrage je me suis un peu ennuyé. Certains passages sont à la limite de la parodie de mélo romantique, les acteurs jouent à fond les ballons, la réalisation qui s'attarde beaucoup sur les visages m'agace un peu, bref ça peut parfois être un poil trop pour le spectateur cynique. Puis il y a les quinze dernières minutes, ce moment de grâce qui m'a séché sur place et mis les larmes aux yeux. Au point de reconsidérer tout le film et de me demander si je ne venais pas de voir un chef-d'œuvre. 


 Les Chimères de Vénus, Alain Ayroles, Étienne Jung 
et Thierry Leprévost, éd. Rue de Sèvres

Dans un tout autre genre, le troisième et dernier tome des Chimères de Vénus vient de sortir. Il s'agit d'une série dérivée de la saga du Château des étoiles d'Alex Alice, dont j'avais parlé ici. Une série dérivée scénarisée par Ayroles !

J'avais lu ces albums à l'époque, et je dois reconnaître que je les avais moyennement appréciés. À ma grande honte, je comprends que je les ai méjugés sur une sotte comparaison graphique, le style de Jung pouvant sembler un peu fade à côté des fresques sublimes d'Alice. J'avais tort à tellement de niveaux que je ne sais plus où me mettre, alors j'en parle ici pour vous assurer que si, vraiment, c'est génial, ça vaut le coup. 

Déjà parce que le style de Jung est en fait très raccord avec l'ambiance Belle Époque de cette aventure où France et Angleterre tentent de se partager Vénus, planète luxuriante peuplée de dinosaures. C'est beau, habile et tout à fait adapté.

Ensuite parce qu'Alain Ayroles, évidemment ! Celui qui reste un de mes auteurs préférés se saisit de cette ambiance pulp en érudit, comme il a pu le faire pour le conte de fées (Garulfo), le roman de cape et d'épée (De cape et de crocs), le roman picaresque (Les Indes fourbes), le roman gothique (D), le roman épistolaire laclosien (L'Ombre des Lumières), bref, il applique sa méthode consistant à raconter une bonne histoire truffée de références jamais gênantes*, teintée d'analyse marxiste de la société, avec des personnages attachants malgré leurs défauts, chacun évoquant un archétype tout en le contournant habilement. C'est une petite merveille, en léger décalage et pourtant parfaitement intégrée dans la saga du Château des étoiles. Remarquable !

* Il y a une blague sur la corne des iguanodons ! Pour les trois fans de paléontologie du XIXe qui la comprendront ! j'adore ! 

 

30 janvier 2026

Bravo les Brothers !

 

L'important sur cette image, c'est la partie en bas à droite.


Récemment, je me baladais entre les étals d'un célèbre bouquiniste parisien et je suis tombé sur l'album Panade à Champignac en occasion, que je guettais depuis longtemps. Et si je cherchais cette BD de Spirou et Fantasio, ce n'était pas pour l'histoire éponyme.

En effet, l'album Panade à Champignac est constitué pour une bonne moitié d'une histoire mettant en scène nos héros avec un Zorglub retombé en enfance, qui est amusante et bien fichue mais également annonciatrice de la dépression que traversait Franquin à l'époque. Les héros sont tournés en ridicule, l'intrigue absurde, le nihilisme présent, et c'est très bien... mais l'album contient surtout une autre histoire, Bravo les Brothers. Et là on passe à autre chose.

Bravo les Brothers se résume très facilement avec la vignette suivante :

Gaston offre trois chimpanzés dressés à Fantasio. L'hilarité s'ensuit.

Et oui, hilarité. Je pense très sincèrement que cette BD est un des sommets de l'œuvre de Franquin. C'est une des rares qui mêlent les univers de Spirou et de Gaston*, et celle qui le fait le plus magistralement. On sent que Franquin n'en peut plus des aventures du groom et qu'il souhaite se consacrer à temps plein à son héros sans emploi. L'intrigue ne laisse aucun doute : on est dans une aventure officielle de Spirou et Fantasio, mais c'est bien le petit monde de la rédaction qui est mis sens dessus-dessous ; on retrouve Prunelle**, Lebrac, Mamoiselle Jeanne, Boulier, M. De Mesmaeker... tous des piliers de l'univers gastonesque qui commence à bien prendre forme. 

Visuellement, c'est virtuose. Il n'y a pas une case à jeter : tout est mouvement, expression, enchaînement,  Franquin ne rate pas un trait, et les chimpanzés eux-mêmes, notamment, sont stupéfiants d'expressivité, avec une gestuelle particulièrement bien retranscrite, et trois caractères très affirmés sans jamais prononcer un seul mot. 

Mais regardez-moi la composition parfaite de cette case.
Où que vous posiez les yeux, votre regard est attiré sur la zone suivante.

 

C'est même relativement important pour le lore***, puisque cette BD marque la première apparition de Noé, le dresseur d'animaux misanthrope que l'on retrouvera plus tard dans les aventures du Marsupilami (le maître de Mars le noir, notamment). 

Bref, Bravo les Brothers, c'est une perle, dont je conseille la lecture à tous les fans de BD franco-belge et à tous ceux qui souhaitent un jour dessiner quelque chose de correct. Une masterclass, comme disent les jeunes.

* Avec, que je sache, La Foire aux gangstersLes Robinsons du rail et, dans une certaine mesure, le début de Panade à Champignac

** Prunelle qui est un personnage important pour moi puisque c'est sûrement le seul personnage de fiction secrétaire de rédaction. C'est mon métier, secrétaire de rédaction. 

*** Si tant est que le lore de Spirou, de Gaston et du Marsu vous intéresse. 



 

19 janvier 2026

La tournée geek

 


Samedi dernier, j'ai été marcher en ville en suivant un parcours que je pratique assidûment depuis bien des années maintenant, et que j'appelle sobrement la tournée geek. 

Il s'agit de se tenir au courant des dernières sorties et de ne pas rater les bonnes occasions, surtout en ces lendemains de fête où tout le monde s'en va revendre aux bouquinistes ses cadeaux surnuméraires. Perso je me réserve quelques heures et je visite les échoppes dans l'ordre suivant :

  1.  L'Œuf Cube Sorbonne, anciennement boutique Descartes : magasin de jeux de société très bien achalandé, dont le rez-de-chaussée amusera vos cousins fans de Mille bornes. Mais au sous-sol, on attaque les vrais jeux sérieux, ainsi que les jeux de rôle, les puzzles et autres jeux d'enquête. On y vend même quelques fanzines communautaires et de la peinture pour figurines Warhammer. Les tenanciers savent de quoi ils parlent et épier les conversations des poilus du jeu de plateau qui fréquentent les lieux est un bon moyen d'orienter ses choix, ou de déguster de savoureuses anecdotes de grosbills.
  2. Album Toys : descendez la rue Saint-Jacques et à une portée de jet de pavé, vous trouverez la boutique Album dédiée au merchandising nippon. À vous les chapeaux de paille de Luffy, les traversins Rei Ayanami (« Non mais c'est pour dormir hein... ») et les figurines hors de prix dont le bon goût fera douter vos amis de l'opportunité de vous laisser garder leurs enfants. 
  3. Album Manga : traversez la rue et vous arrivez devant une petite boutique relativement récente dédiée aux illustrés nippons. Vous y trouverez à peu près tout ce que vous cherchez, en VF cependant, mais arrêtez d'essayer de faire croire que vous lisez le japonais, ça fait rire tout le monde.
  4. Album Comics : on attaque le dur, et mon principal repère (repaire ?) depuis plus de vingt ans. Album Comics, sis à l'angle de la rue Saint-Jacques et du boulevard Saint-Germain, propose à peu près tout ce qui sort aux États-Unis directement en importation (et oui, c'est là que j'achète mes albums du Energon Universe). En prime vous trouvez aussi toutes les traductions françaises, des figurines complètement ouf (dont en ce moment un gros revival de Maîtres de l'univers et de Transformers), du merch heroic-fantasy, SF, Disney et autres à des prix prohibitifs (si vous aimez Harry Potter, vous allez kiffer)... bref, c'est le paradis, et les vendeurs sont sympas et connaisseurs. Le pivot de la balade.
  5. Aapoum Bapoum : traversez le boulevard et pénétrez rue Dante, une des allées les plus geeks de la capitale. Ici, tout est fait pour vous, à commencez par Aapoum Bapoum, bouquiniste spécialisé dans la BD. On y trouve de tout à tous les prix, sous l'inquiétant regard d'un tenancier taciturne. Ça vaut toujours le coup d'y jeter un œil.
  6. Pulp's Comics : juste en face se trouve une boutique spécialisée dans les comics, autant d'import que traduits. C'est très bien tenu, parfaitement rangé, les commerçants sont avenants et prompts à vous renseigner, bref je n'ai que du bien à en dire... si ce n'est que je préfère Album Comics, pour de stupides raisons de préexistence historique. J'y vais quand ils n'ont pas ce que je cherche en face, ça arrive, et je n'ai jamais regretté.
  7. Album BD : ici vous trouverez le franco-belge, si ces choses vous intéressent. La boutique est vaste et avenante, les vendeurs prévenants, les albums bien exposés et mis en avant et il n'est pas rare d'y trouver un artiste venu dédicacer. 
  8. Metaluna : un poil plus loin dans la rue, vous tomberez sur cette emblématique boutique portée sur le cinéma bis, avec sa vitrine incroyable et ses rayonnages serrés à l'ancienne. J'y entre rarement, tant m'a passé le goût du DVD, mais c'est un endroit iconique de la culture geek parisienne, au point qu'ils y ont tourné la fin de l'épisode 11 de Chroma.
  9. Pulp's Toys : juste en face se tient cette boutique à l'enseigne prometteuse portant sur les jouets. Malheureusement, l'époque étant ce qu'elle est, elle ne contient plus que du merch japonais ou coréen, à base de cartes à collectionner, de porte-clés et autres figurines Funko Pop! (qui sont vraiment aux geeks ce que les Tribbles sont au personnel de l'Enterprise !). Une curiosité peu intéressante actuellement, mais les modes changent et il faut rester aux aguets. Notez aussi l'existence un poil plus loin d'une boutique de mangas et de quelques bouquinistes hautement spécialisés (genre tirages de Tintin de 1924 à des prix dont vous n'avez pas idée), qui sont à mon avis de peu d'intérêt. Il est temps de quitter la rue Dante : rebroussez chemin, prenez à droite boulevard Saint-Germain et rendez-vous dans la petite rue Serpente, un peu plus loin.
  10. Boulinier : vous passerez tout près du Boulinier de la rue Saint-Michel, pour lequel vous n'aurez qu'un regard de dédain. Cette enseigne naguère florissante et prodigue de bonnes affaires a rétréci sa cible et ne propose plus grand-chose aux geeks de passage. Passez votre chemin. 
  11. Aapoum Bapoum 2 : et oui, il y en a un autre, beaucoup plus caché, et beaucoup mieux fourni. Ici aussi vous trouverez de tout à tous les prix, mais cette fois il y a aussi du manga et du comics d'import, empilés dans un capharnaüm agréable et bon enfant. Une adresse moins connue mais très intéressante.
  12. Warhammer : tant que vous êtes dans le coin, profitez-en pour baver devant la vitrine de cette boutique, ex-Game Workshop. Ils proposent d'ailleurs des soirées découverte, je n'ai pas encore franchi le pas mais je compte bien un jour tester l'aventure du wargame crypto-fasciste.
  13. Gibert - Librairie générale : si vous aimez le peuple et les livres, l'arrêt est bien entendu obligatoire dans une des plus grandes bouquineries de la capitale. Gibert est une institution, avec cinq étages de rayonnages sur tous les thèmes et les célèbres bandeaux jaunes indiquant les nombreuses occasions. 
  14. Gibert - BD : il y a plusieurs boutiques dans le coin, dont la petite dernière est entièrement dédiée à la romance de fantasy (paraît que c'est un genre à part entière maintenant), mais le geek averti doit naturellement s'attarder dans l'officine spécialisée dans la bande dessinée. BD et comics au sous-sol, jeunesse au rez-de-chaussée, franco-belge auteurisant au premier et mangas au second, vous avez de quoi attaquer bien des collections à moindres frais. Et remplir votre sac avant de rentrer tranquillement chez vous, alourdi par les résultats de votre quête. 

 

Le cœur vibrant de la ville.

 

15 décembre 2025

BD à offrir pour Noël

Il serait temps de faire vos courses de Noël... justement, y a pas mal de BD sorties récemment qui valent le coup. Petit tour de mes derniers achats...


Le Château des animaux, t. 4 : Le Sang du roi
Xavier Dorison, Félix Delep

Enfin la conclusion de cette œuvre magistrale, pensée comme une suite de La Ferme des animaux de George Orwell, plus que jamais d'actualité. Comment se défaire d'un État fasciste ? Comment faire tomber les tyrans sans faire couler de sang ? Comment faire de l'animalier « à  la Disney » encore plus beau que Blacksad ? Autant de défis qu'ont relevés brillamment Dorison et Delep, pour aboutir à quatre albums qui feraient un fort beau paquet sous le sapin.  

 

Le Mètre des Caraïbes
Wilfrid Lupano, Léonard Chemineau

 Je ne sais pas comment Léonard Chemineau se débrouille mais il est toujours dans les bons coups. Pour preuve, ce Mètre des Caraïbes, qui fait en quelque sorte (au sens de pas du tout) suite à La Bibliomule de Cordoue, de la même équipe. On y retrouve cette volonté de mêler la grande histoire à la petite, en mettant en scène des personnages plus humains que nature en plein cœur d'une période de transition. Ainsi Joseph Dombey, savant poissard parti présenter aux tout nouveau gouvernement des États-Unis le système métrique français, qui va se retrouver enlevé par des pirates sur une île improbable. Tout a l'air délirant, tout a l'air inventé, et pourtant une grande partie de cette invraisemblable histoire est vraie. Intelligent et délicieux.


 


L'Ombre des Lumières, t. 3 : Le Démon des Grands Lacs 
Alain Ayroles, Richard Guérineau

Je n'avais pas beaucoup de craintes concernant la conclusion de cette saga contant les aventures épistolaires d'un connard noble de la Cour de Versailles expatrié en disgrâce en Nouvelle-France. J'avais adoré les deux premiers, et je m'attendais juste à être un peu triste de quitter cet univers si bien écrit, si bien campé, si inspirant. Las, je me demande si Ayroles, inspiré comme toujours, n'aurait pas envie de prolonger un peu l'expérience. En résulte une fin pas entièrement conclusive, qui me laisse légèrement sur ma faim, alors que le reste de l'album est totalement au cordeau et toujours aussi excellent. Je n'arrive pas à savoir si je suis content ou ennuyé... Mais quoi qu'il en soit, vous pouvez toujours offrir la trilogie à Noël, ça reste du grand art, drôle, malin, virtuose, érudit et marxiste avant l'heure.  

 

Blacksad Stories, t. 1 : Weekly
Juan Días Canales, Giovanni Rigano

Le gros défaut de Blacksad, c'est que Guarnido met quatre ans à dessiner un album, et encore, quand il se presse. Du coup l'idée d'engager un autre dessinateur pour un album spin-off sur un personnage secondaire (en l'occurrence Weekly, le journaliste fouille-merde copain du chat détective), ça semble plutôt intéressant. Comme on garde le scénariste, l'intrigue est à la hauteur, et les designs n'ont pas trop à rougir à côté de la série originale (en vrai c'est magnifique, c'est juste que... ben, faut voir à quoi on le compare). En revanche je ne suis que moyennement convaincu par la mise en scène du récit. Mais ça traite notamment des ligues de vertu qui ont flingué l'industrie du comics d'horreur dans les années 1940, avec le début du code Hays, un sujet toujours intéressant, qui fait oublier d'autres petites facilités.

 

Energon Universe, phase 4
(Transformers t. 4, G.I. Joe t. 2, Void Rivals t. 4)

La quatrième série d'albums de l'Energon Universe est sortie en VO (et ne devrait donc pas tarder à arriver chez Urban Comics dans une traduction pour l'instant très correcte). Alors quoi de neuf ?

Côté Transformers, Megatron est enfin de retour et ça ne rigole plus du tout. Le leader suprême des Decepticons aura rarement été aussi impressionnant, et ce premier grand arc se clôt en beauté avec un Jorge Corona en très grande forme. Il sonne également la fin de son duo avec Daniel Warren Johnson sur la licence, qui cède la place à Robert Kirkman et Dan Mora. Nous verrons ce que l'auteur de Walking Dead et Invincible donne dans la suite, mais pour l'instant ça reste une excellente série.

Côté G.I. Joe, on a droit à quelques histoires indépendantes mais surtout à l'apparition d'un personnage inattendu : Matt Trakker, ce qui laisse supposer que MASK fera bientôt son arrivée dans l'Energon Universe. Si l'équipe pouvait être un peu mieux traitée que chez IDW (où ça n'allait pas bien loin), je serais ravi d'entendre de nouveau les moteurs gronder dans la base secrète.

Enfin, côté Void Rivals, l'intrigue se poursuit avec un gros affrontement entre Zertoniens et Agorriens, et toute une sous-intrigue bizarre sur Skuxxoid, cet étrange extraterrestre que nous avions laissé pour mort. À noter qu'on a également l'introduction des Junkions et de Wheelie, qui ne sont pas vraiment mes personnages préférés de la licence TF, mais bon, que voulez-vous...

Ah, et par ailleurs une série d'animation sur l'Energon Universe a été annoncée, ce qui n'est pas une grande surprise (Kirkman, maître d'œuvre de cet univers, est un habitué des adaptations). Je suis curieux de voir ça. 

24 novembre 2025

Tribute to... Jack Palmer

 

Ce week-end j'ai eu l'occasion de rencontrer Jean-Marc Pétillon, fils de René Pétillon à la (formidable) librairie La Flibuste (à Fontenay-sous-Bois), venu papoter à l'occasion de la sortie du nouvel album des aventures de Jack Palmer.

René Pétillon nous a quittés en 2018, laissant orphelins de nombreux fans, mais en vidant son bureau, sa famille est retombée sur un vieux projet qu'il avait entièrement scénarisé et découpé, mais abandonné faute de temps à l'époque. Ni une ni deux, l'éditeur Dargaud s'est dit qu'il y avait moyen d'en faire quelque chose, et c'est le grand Manu Larcenet qui s'y colle. Un choix d'autant plus intéressant que les deux auteurs s'estimaient grandement, sans pour autant se connaître personnellement : pile le bon degré d'écart pour réussir une reprise de série.


Le résultat, c'est Palmer dans le rouge, une histoire où notre détective foireux enquête dans le milieu des viticulteurs du Médoc, et quand on sait comment il tient bien l'alcool, autant vous dire que ça va bien se passer. Larcenet est totalement à la hauteur du défi (d'après Jean-Marc Pétillon, il a d'ailleurs « fait son Larcenet » : il a fait les dix premières planches à toute vitesse, puis a bloqué pendant des mois en disant qu'il n'y arriverait jamais, et finalement il a fini l'album avec les honneurs).

Et c'est un très bon album, qui trouvera toute sa place sous le sapin. Je parlerai d'ailleurs prochainement de plein d'autres BD qui pourraient y prendre place (car cette fin d'année est faste niveau sorties), mais l'occasion était belle de saluer cette série que j'aime beaucoup, notamment pour L'Enquête corse et L'Affaire du voile, des ouvrages à lire et relire sans fin. 

25 juin 2025

BD du moment

 Quelques BD acquises et lues ces derniers temps...


On commence par la suite du Energon Universe de Skybound, avec les volumes 3 de Void Rivals et de Transformers et le volume 1 de GI-Joe

J'aime beaucoup le principe de cet univers partagé avec trois séries au ton assez différent. Le space opera Void Rivals poursuit son intrigue qui mêle de plus en plus de Cybertroniens à la guerre civile entre Agorriens et Zertoniens, et l'arrivée dans l'équation de ressortissants de Cobra-La risque de changer l'équilibre des forces... La série reste solide sur ses appuis, et on attend toujours la suite avec impatience.

Côté Transformers, on va découvrir cette fois la jeunesse de Starscream, ou comment il est devenu l'épouvantable sac à merde sale type que nous connaissons. Il va en outre recruter les Combaticons et faire s'affronter Bruticus et Devastator, dans un passage qui n'est pas le plus intéressant de la saga, mais qui se clôt en apothéose.

Et enfin le premier volume de GI-Joe, après quatre mini-séries décrivant le background de plusieurs personnages. La franchise GI-Joe, c'est pas forcément ma came, mais cette série a l'avantage de bénéficier d'un excellent dessinateur et de mettre en scène un Cobra Commander nettement moins ridicule et beaucoup plus inquiétant que dans la vieille série. Attendons donc l'hiver prochain pour découvrir la suite de cet univers haut en couleur. 

 


Six albums de Donjon Parade sont sortis au cours des six derniers mois. Ça m'inquiète un peu pour Trondheim (dont la dernière série dans Spirou, Manoir à louer, semble indiquer qu'il apprend à se servir de ChatGPT pour écrire ses scénarios) et Sfar (mais au moins quand il écrit des BD il dit pas des conneries sur Israël), parce qu'ils vont finir par faire un burn-out. Ceci dit, Parade, c'est pas la plus recherchée des sous-séries de Donjon, mais ces albums destinées aux plus jeunes restent bien écrits et pleins d'idées. En outre le n° 9, Nécromancien pour de faux, est dessiné de main de maître par Delaf, l'artiste des Nombrils, et c'est vraiment très classe.


Petit coup de cœur que j'avais découvert en ligne il y a quelque temps et que je m'offre en papier désormais : 365 Days to the Wedding est un manga contant l'histoire de Takuya et Rika, deux employés d'une petite agence de voyage tokyoïte qui vont faire semblant de se marier pour éviter une mutation. C'est une comédie romantique absolument adorable, avec des personnages hauts en couleur et un dessin classique mais parfait en la circonstance. Je recommande, d'autant que la série étant terminée au Japon, l'intégralité devrait sortir assez vite sous nos latitudes (on en est déjà au volume 7 / 12).

11 juin 2025

La BD avant les frites

 

Ce week-end bruxellois s'est passé à peu près comme je m'y attendais, à base de calories, de bulles et de connivences familiales. Nous avons notamment visité le Centre national de la bande dessinée (que je connaissais déjà, mais pas mes niblings), et fait honneur à la Brasserie Horta qui y nourrit les visiteurs. Et qui a la bonne idée de laisser des BD à disposition des clients...

Aucun enfant n'a été affamé ou n'est tombé dans l'escalier au cours 
de cette anecdote.

 

21 mars 2025

Rhaaaa !

Bon, ça fait un mois que je suis malade, une semaine que je n'ai plus d'odorat, je suis fatigué et la dernière version de Gimp ne veut plus reconnaître mon scanner, du coup pas de dessin aujourd'hui. 

J'en ai un peu marre, vivement les vacances la semaine prochaine.

En attendant, sachez que le tome 14 de Spy x Family est sorti, il est très bien et il contient un de mes épisodes préférés jusqu'ici (le bal !) et le début de la jeunesse de Martha et Mr. Henderson, qui pourrait bien vous tirer quelques larmes. 


 

 

05 mars 2025

Vampirisme

 

Je feuilletai récemment le magazine Collection Pop up !, acheté à la va-vite pour passer le temps lors d'un trajet de train, et j'ai été assez surpris d'y découvrir une grosse collation d'articles plutôt profonds et bien écrits sur la figure du vampire, de ses origines mythologiques à sa réinvention littéraire à la fin du XIXe siècle, jusqu'à ses multiples adaptations en films, BD ou jeux vidéo. 

Je conseille la lecture de ce numéro si le sujet vous intéresse, moi il m'a donné envie de découvrir plein de films et de séries dont je n'avais jamais entendu parler. Et comme ledit train m'emmenait près de ma bonne vieille bibliothèque, j'en ai profité pour relire D, une BD d'Alain Ayroles et Bruno Maïorana (et Thierry Leprévost à la couleur) parue dans les années 2010. Les deux artistes y revisitent Dracula, en ajoutant plusieurs références à d'autres classiques de l'époque (notamment Bartleby et Le Portrait de Dorian Gray). J'en avais un très bon souvenir, mais après avoir lu le magazine je trouve cette BD encore plus estimable.


 

Car Ayroles est un de ces auteurs, comme Alan Moore (oui, carrément), qui gagne à chaque relecture. Relire D après en avoir appris davantage sur l'origine du vampire littéraire, sur Stoker, sur Le Fanu, sur Polidori, sur les légendes millénaires qui évoquent les buveurs de sang, révèle l'ampleur du travail de documentation et de recoupement auquel a dû s'astreindre le scénariste, et rend encore plus impressionnante la cohérence de l'ensemble. 

D est extrêmement bien dialogué, ça c'est classique avec Ayroles*. Mais il est aussi extrêmement bien écrit (c'est tout aussi classique, mais moins souvent noté car les dialogues vertigineux peuvent le dissimuler), avec une intrigue parfaitement calée qui met en scène des personnages de tous les milieux. On retrouve avec délice ce motif chez Ayroles qui consiste à présenter des héros haut placés dans la société se comporter, sans s'en rendre compte, comme de parfaits connards vis-à-vis de leurs congénères des classes inférieures. Lope et Maupertuis n'étaient pas toujours tendres avec leur compère plébéien Eusèbe. 

Ici c'est encore plus fin car le principal héros, Richard Drake, est un aventurier de la petite aristocratie, donc mal considéré parmi les lords et ladies, mais bien au-dessus de la valetaille qui s'agite autour de lui, et il agit comme tel. Et ce comportement n'est jamais explicitement critiqué ou remis en question, l'auteur comptant sur la simple empathie des lecteurs. Ainsi, selon comment on aborde l'ouvrage, on peut le considérer comme un excellent hommage au vampire gothique à l'ancienne avec une belle histoire d'amour faisant fi des conventions, ou comme une mise en scène de la lutte des classes avec une bluette risible entre deux privilégiés. Ou les deux. En tout cas c'est sans doute la série la moins connue de son scénariste, et c'est bien dommage***.

* Rappelons que le monsieur a écrit Garulfo (conte de fées avec Maïorana), De cape et de crocs (cape et épée avec Masbou), Les Indes fourbes (picaresque avec Guarnido), L'Ombre des Lumières (épopée laclosienne avec Guérineau)**, et qu'à chaque fois la qualité du texte fait la pige à Edmond Rostand.  

** Il a fait d'autres trucs, mais je ne les ai pas lus. Pas encore.

*** Maïorana a même raccroché ses crayons d'auteur de BD depuis, c'est dire si les temps sont durs pour les artistes.

14 février 2025

Dernières lectures

 J'ai lu des BD, des très vieilles, des très récentes, des moyennement proximales...


 Les Passagers du vent, Bourgeon (éd. Casterman)

Attention, grand classique, que je pensais avoir déjà lu mais en fait pas du tout. Les Passagers du vent, c'est l'histoire d'une jeune aventurière et d'un gabier qui vont parcourir le monde à la modérément glorieuse époque du commerce triangulaire. La BD a les qualités et les défauts d'une œuvre des années 1980-1990, notamment ce graphisme semi-réaliste que je trouvais insupportable quand j'étais jeune. J'ai vieilli et aujourd'hui j'arrive à apprécier la richesse visuelle (notamment les navires) et la qualité de la documentation (on sent que l'auteur a bien fait ses devoirs). L'œuvre nous fait suivre un personnage plutôt progressiste faisant face aux abominations de son époque, sans en occulter les pires horreurs. Une excellente lecture, que je déconseillerai toutefois aux plus jeunes (car il y a, surprise vu le thème, du sexe et de la violence, et pas le genre qui fait envie).


 Le Château des étoiles, Alex Alice, éd. Rue de Sèvres

J'ai enfin attaqué cette saga qui emprunte autant à Jules Verne qu'à Hayao Miyazaki, et qui prend place dans une Europe de la seconde moitié du XIXe siècle en pleine conquête spatiale suite à la découverte de la technologie de l'éther. Alex Alice, que j'ai découvert il y a bieeeeeen longtemps avec Le Troisième Testament (scénarisé par l'excellent Xavier Dorison), a pas mal changé de style et propose une aventure épique, magnifiée par des dessins tout en douceur et tons pastel (au début du moins). C'est sublime, c'est haletant, et là pour le coup c'est pour toute la famille. Je n'ai pas encore lu la série dérivée scénarisée par Ayroles (De cape et de crocs), mais ça viendra forcément.


Donjon Parade : Le Sirop des costauds (Tebo)
et L'Hostellerie des impôts (Erwann Surcouf),
scénarios de Sfar et Trondheim, éd. Delcourt

Donjon Parade, c'est la sous-série rigolote de Donjon, celle où Marvin et Herbert font les cons avant d'aller vivre de vraies grandes aventures. C'est souvent un peu concon, mais toujours marrant, et l'arrivée de Tebo aux crayons ne va certainement pas changer ça. Tebo, c'est un peu l'équivalent en BD de ce gamin qui passe son temps à jouer avec ses crottes de nez, puis soudain prend un violon et vous interprète un concerto impeccable. Un génie, voilà, mais un génie qui aime dessiner des cacas. Ses compositions, ses choix de volumes, de couleurs, sont toujours parfaits, il a un sens du rythme impeccable, et même ses (nombreuses) blagues scatologiques sont drôles. Quant à Erwann Surcouf, il n'a plus rien à prouver. Deux albums de plus à mettre sur la pile de plus de soixante tomes que constitue désormais l'incroyable saga Donjon !

 

18 novembre 2024

BD du moment

 Parlons un peu de mes lectures du moment, vite fait, et de manière internationale.


On commence avec du bien de chez nous et le tome 8 des Vieux Fourneaux. Le 7 avait initié un rebond de la série qui menaçait de doucement s'enliser, ça se poursuit avec cet épisode qui nous plonge en pleine canicule, alors que de vieux secrets remontent à la surface. Les anciens en ont toujours sous le capot et j'aime toujours autant cette série aussi belle que bien écrite. En plus on apprend que la grand-mère de Sophie venait d'Agen, c'est quasiment chez moi (vu depuis Paris), ça fait plaisir.


Toujours chez nous, l'épisode 2 (sur trois) de L'Ombre des Lumières est sorti, et si vous avez un doute sur l'intérêt de cette série rappelez-vous qu'elle est l'œuvre d'Alain Ayroles, scénariste de petits bijoux comme De cape et de crocs ou Les Indes fourbes. Le vil libertin Saint-Sauveur se retrouve exilé aux Amériques, où il compte bien se refaire avant d'opérer un retour triomphal à la Cour du Roi Soleil. Ce sombre trou du cul rencontrera-t-il l'illumination au contact des bons sauvages de Nouvelle-France ? Rien n'est moins sûr, mais le triptyque promet d'être une formidable relecture moderne de cette époque trop souvent fantasmée. 


Je l'ai lu en VO mais Urban Comics a l'air très pressé de le traduire, donc je gage que la version française sera disponible avant Noël : le tome 2 de la nouvelle saga Transformers parue chez Skybound est sorti, et le rythme haletant de cette réinvention se maintient. Rarement on aura autant senti l'urgence et la pénurie énergétique qui sous-tend le conflit entre Autobots et Decepticons : le manque d'energon est palpable, et les deux factions passent leur temps à se demander comment employer leurs faibles ressources pour limiter les dégâts et/ou prendre le dessus sur leurs opposants. Les combats sont dantesques grâce au style tout en énergie de Jorge Corona, et les personnages parviennent à exister en quelques répliques à peine. En outre ce tome voit débarquer Shockwave, et comme les fans le savent, il vient rarement pour beurrer des tartines. Indispensable.


Je n'en dirais pas tant de ce nouveau tome consacré à une des futures GI-Joe de l'univers Skybound. Présentées comme une série d'action-espionnage (pensez James Bond, Mission: Impossible...), les aventures de Scarlett et son infiltration du clan Arashikage ne m'ont pas particulièrement emballé, moins en tout cas que celles de Duke ou du Cobra Commander parues précédemment, qui étaient visuellement plus intéressantes et conceptuellement plus originales (enfin... surtout Cobra Commander). Mais bon, ça fait partie du Energon Universe, si ça se trouve les événements qui s'y déroulent sont cruciaux, on sait pas...


Celui qui ne nous décevra jamais, c'est Tatsuya Endo et sa merveilleuse série Spy × Family, dont le tome 13 est sorti récemment. On y apprend plein de choses et y rencontre de nouveaux personnages, dont certains ont déjà conquis le public avec à peine deux apparitions. Alors oui, on est loin, très loin d'une résolution potentielle de l'intrigue principale, mais je m'en fous pas mal tant j'ai envie que cette série dure quarante, cinquante, cent tomes...