Je voulais voir Avatar 3 (de guerre lasse), mais à mon grand étonnement c'était encore complet, des mois après la sortie. Ça doit vouloir dire que c'est bien. Du coup je me suis reporté sur le film dont toute la critique parle en ce moment, Hamnet.
Hamnet, Chloé Zhao, 2026
Si on veut le résumer froidement, Hamnet raconte la vie de couple de William Shakespeare, comment il rencontre sa femme, comment ils ont trois enfants, comment ils en perdent un et comment ce drame lui inspire Hamlet. Ce résumé serait juste, mais passerait complètement à côté du film.
Hamnet est un film sur le deuil, c'est un film long, lent, et très sincèrement pendant la majeure partie du métrage je me suis un peu ennuyé. Certains passages sont à la limite de la parodie de mélo romantique, les acteurs jouent à fond les ballons, la réalisation qui s'attarde beaucoup sur les visages m'agace un peu, bref ça peut parfois être un poil trop pour le spectateur cynique. Puis il y a les quinze dernières minutes, ce moment de grâce qui m'a séché sur place et mis les larmes aux yeux. Au point de reconsidérer tout le film et de me demander si je ne venais pas de voir un chef-d'œuvre.
Les Chimères de Vénus, Alain Ayroles, Étienne Jung
et Thierry Leprévost, éd. Rue de Sèvres
Dans un tout autre genre, le troisième et dernier tome des Chimères de Vénus vient de sortir. Il s'agit d'une série dérivée de la saga du Château des étoiles d'Alex Alice, dont j'avais parlé ici. Une série dérivée scénarisée par Ayroles !
J'avais lu ces albums à l'époque, et je dois reconnaître que je les avais moyennement appréciés. À ma grande honte, je comprends que je les ai méjugés sur une sotte comparaison graphique, le style de Jung pouvant sembler un peu fade à côté des fresques sublimes d'Alice. J'avais tort à tellement de niveaux que je ne sais plus où me mettre, alors j'en parle ici pour vous assurer que si, vraiment, c'est génial, ça vaut le coup.
Déjà parce que le style de Jung est en fait très raccord avec l'ambiance Belle Époque de cette aventure où France et Angleterre tentent de se partager Vénus, planète luxuriante peuplée de dinosaures. C'est beau, habile et tout à fait adapté.
Ensuite parce qu'Alain Ayroles, évidemment ! Celui qui reste un de mes auteurs préférés se saisit de cette ambiance pulp en érudit, comme il a pu le faire pour le conte de fées (Garulfo), le roman de cape et d'épée (De cape et de crocs), le roman picaresque (Les Indes fourbes), le roman gothique (D), le roman épistolaire laclosien (L'Ombre des Lumières), bref, il applique sa méthode consistant à raconter une bonne histoire truffée de références jamais gênantes*, teintée d'analyse marxiste de la société, avec des personnages attachants malgré leurs défauts, chacun évoquant un archétype tout en le contournant habilement. C'est une petite merveille, en léger décalage et pourtant parfaitement intégrée dans la saga du Château des étoiles. Remarquable !
* Il y a une blague sur la corne des iguanodons ! Pour les trois fans de paléontologie du XIXe qui la comprendront ! j'adore !















