Ex nihilo Neil

08 juillet 2026

Premiers films des vacances

J'ai pas mal de films qui m'intéressent cet été, alors on va commencer à parler de ceux que j'ai vus récemment. Y a du bon, du moins bon, du décevant, bref c'est le cinéma quoi.


 Obsession, Curry Barker, 2026

On commence par ce qui est sans problème le meilleur film que j'ai vu ces dernières semaines, et le meilleur film d'horreur depuis des années. Obsession part d'un postulat très classique, le « vœu qui tourne mal », mais réussit à brasser tout un tas de thématiques très modernes sur le patriarcat, l'emprise, les concepts d'incel et de nice guy, le tout en mettant tous les potards du trouillomètre sur 11. C'est flippant, c'est parfois aussi hyper drôle, mais c'est quand même surtout flippant, et on en sort pas tout à fait indemne (surtout quand on rentre à la maison et qu'on retrouve sa moitié, totalement inconsciente de la folie qu'on vient de traverser, et chez qui on se met à guetter le moindre symptôme de folie). 


 

 Disclosure Day, Steven Spielberg, 2026

Un nouveau Spielberg, c'est toujours un peu la fête, surtout quand il revient à ses premières amours, les extraterrestres. Mais là... Pour une fois, je me retrouve entièrement dans la critique vite fait du Joueur du grenier : ce film n'a aucun sens en 2026. Il prétend parler de la vérité, de la difficulté à faire passer un vrai message au monde, de la nécessité de garder un esprit ouvert... et au final il dégage juste, au mieux, un sentiment de naïveté confinant au délire. Le scénario est inepte, les personnages font n'importe quoi et les effets spéciaux sont franchement limites, mais le vrai problème c'est le message final : il y a trente ans, à l'époque de X-Files, quand on se faisait gentiment frissonner en se disant que le gouvernement ne nous dit pas tout, ça aurait déjà été un peu daté. Mais aujourd'hui, à l'époque de la post-vérité, de Trump et de l'IA, il est complètement absurde que le duo Steven Spielberg et David Koepp (pourtant excellent scénariste de plein de films cultes) nous propose un truc pareil. Ce film est une anomalie inexplicable. Et en plus on s'y fait bien chier.


 

 Supergirl, Craig Gillespie, 2026

J'attendais beaucoup de cette suite du Superman de James Gunn, que j'avais bien aimé, et auquel il devait venir faire contrepoint. Alors que Clark Kent est positif et croit en l'Humanité, car il a grandi dans une famille aimante au sein d'une bonne vieille ferme du Kansas, sa cousine Kara a vu les conséquences de la destruction de Krypton : elle a vu sa civilisation s'étioler, sa mère mourir et son père l'expédier dans l'espace. D'où un personnage plus intransigeant, plus punk... au début. Car le film commence bien, avec une Supergirl perpétuellement bourrée qui essaie de rabrouer une gamine en quête de vengeance... mais très vite ça part sur des rails bien connus et pas très intéressants, qui ressemblent quand même beaucoup à du sous-Gardiens de la galaxie (de James Gunn !). Avec en plus des scènes avec Lobo qui ont vraiment l'air d'avoir été tournées ailleurs et ajoutées à l'agrafeuse, sans qu'elles n'apportent rien au film. Le tout finit sur un vrai sentiment de gâchis, et c'est bien triste parce que je l'ai vu avec ma nièce à qui j'espérais montrer un film cool et une super-héroïne fun. C'est raté.


 Le Cuirassé Potemkine, Sergueï Eisensein, 1926

Je me suis retrouvé dans une séance spéciale qui repassait Le Cuirassé Potemkine, film culte, muet et russe de 1926, et c'était en pleine canicule ; il n'est pas impossible que j'ai un peu piqué du nez. Mais j'ai quand même saisi l'idée générale, et compris pourquoi ce film est une date essentielle du septième art : les moyens déployés sont démentiels, ça tourne sur l'eau, avec des centaines de figurants, il n'y a pas de personnage principal puisque le but est de mettre en avant la Révolution qui s'allume par le collectif, bref c'est ultra innovant. Et oui, c'est une œuvre de propagande, comme souvent les premières grandes œuvres du cinéma, mais pour un truc nettement plus sympathique que les nazis ou le Ku Klux Klan, alors on va pas râler. Et oui, il y a la scène de la poussette dans l'escalier d'Odessa, reprise dans nombre de films (dont Les Incorruptibles de De Palma), c'est culte et c'est pas pour rien.


 

Colony, Yeon Sang-ho, 1926

Si vous avez vu Dernier train pour Busan, vous connaissez déjà l'œuvre de Yeon Sang-ho. Et cette phrase pourrait conclure cette critique, en fait. Dernier train... est et semble appelé à rester son meilleur film. Il réinventait brillamment le film de zombis en le combinant avec un huis-clos malin, des personnages bien développés et une mise en scène brillante. Colony, c'est tout le contraire : le gimmick des zombis qui évoluent et communiquent pourrait être intéressant mais est traité n'importe comment, les personnages sont des clichés sur pattes qui font n'importe quoi et la mise en scène se contredit tous les deux plans. C'est un échec total qui présente toutefois l'avantage de se jouer dans des salles climatisées. Tant mieux parce qu'il ne vous fera pas frissonner de peur.

06 juillet 2026

Saint-Soixante-sept

 

Aujourd'hui nous sommes le 6 juillet, l'occasion idéale pour réveiller vos enfants avec un bon gros « SIX-SEVEN !!! » gueulé bien fort dans leur chambre à coucher alors qu'ils rêvent d'une grasse matinée.

Personnellement, je n'ai aucun grief envers cette mode qui n'est que l'énième moyen choisi par les jeunes pour se singulariser et tourner leurs aînés en bourrique. Chaque génération a le sien, celui-là n'est ni plus con, ni plus malin qu'un autre. J'ajoute que si vraiment ça vous saoule, il y a un moyen très simple de les faire arrêter : adoptez vous-même la mode. Balancez-leur du « six-seven » toutes les trois phrases, en ayant l'air d'aimer ça, vous allez voir, ça les calme très vite.

J'ajoute une petite anecdote personnelle : nous étions en Suisse il y a quelques semaines, au moment où, coïncidence totale, Guillaume Meurice dédicaçait sa nouvelle BD juste à côté*. Nous sommes donc allés faire la queue (de taille modérée, tant Meurice et ses blagues anticapitalistes trouvent assez peu d'écho dans la Confédération), et quand il a vu ma plus jeune nièce, l'humoriste a tenté vaguement de faire un six-seven pour tester s'il était en phase avec la jeunesse. Le geste fut immédiatement repris avec grand enthousiasme par la jeune fille**. De nombreux rires furent échangés, et l'individu ne fit que confirmer qu'il m'était définitivement sympathique.

Allez, dernier paragraphe : qui saura identifier où a été prise la photo qui illustre ce post ?

* BD que je trouve assez naze, par ailleurs, comme toutes les BD produites par les humoristes de La Dernière, que j'adore pourtant... Désolé, mais en BD je suis exigeant.

** La même qui considérait que, je cite, « c'est les bébés qui disent quoicoubeh ! » 

03 juillet 2026

Personnage mystérieux (bis)

 

Allez, j'ai bien aimé cette idée de dessiner un personnage mystérieux. Saurez-vous reconnaître celui-ci ? 

01 juillet 2026

La Ligue des Danois extraordinaires


  

Notre petite virée fut aussi l'occasion de se recueillir sur les grandes figures qui ont fait rayonner la culture danoise.

Le premier Danois auquel on pense, c'est bien sûr Hans Christian Andersen
l'auteur de contes immortels comme La Petite Sirène (pas celle de Disney, dans le conte elle meurt),
La Reine des neiges (pas celle de Disney, dans le conte c'est une connasse), 
La Petite Fille aux allumettes (pas celle qui met le feu aux maisons, même si franchement
elle aurait mieux fait), Le Vilain Petit Canard, etc. Un homme à l'histoire étonnante (je vous 
conseille l'émission Au bout du conte qui lui est consacrée), qui mérite bien sa statue.

Près de l'université de Copenhague (premier employeur de la ville, comme quoi le Danemark
a un bon sens des priorités), vous trouverez le buste de Niels Bohr
un des pères de la mécanique quantique, acteur d'une célèbre anecdote totalement fausse 
(racontée ici par e-Penser) et interlocuteur d'Albert Einstein lors de cet échange historique :
— Dieu ne joue pas aux dés.
— Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu'il doit faire ?


Près de l'observatoire qui porte son nom, la statue de Tycho Brahe, grand observateur
des étoiles et de leurs mouvements, à qui on doit notamment tout un système
d'épicycles décrivant les déplacements de Mars. Un système fondamentalement faux puisque
reposant sur une base géocentrique, mais extrêmement précis et fonctionnel en termes
de description.

Et enfin, dans le jardin de la bibliothèque nous attend la statue de Søren Kierkegaard, 
philosophe dont l'œuvre parlera à chacun, bien sûr, car qui n'a pas frémi 
à la lecture de La Dialectique de la communication, ou du Concept de l'ironie
constamment rapporté à Socrate
? Non, je déconne, évidemment je n'ai jamais lu 
Kierkegaard, mais j'ai découvert que son nom veut dire « cimetière » 
(littéralement « jardin de l'église »), et c'est rigolo. Un peu.

 

29 juin 2026

Balade à Copenhague

Le croirez-vous, les températures sont redevenues vaguement acceptables, et j'ai donc réussi à dédier quelques neurones à la sélection des photos et la rédaction des légendes relatant notre séjour à Copenhague. 

Il y aurait beaucoup plus de choses à dire, surtout que j'étais avec quelqu'un qu'on peut facilement qualifier de « passionnée » de la famille royale danoise, mais je vais me limiter aux lieux principaux et à quelques anecdotes, en évitant de trop en dire sur « l'église où Frederik X et Mary se sont mariés », « l'église où ils ont baptisé leurs jumeaux », « l'église où ils ont enterré le prince consort », etc.

 

On démarre avec la vue la plus classique de Copenhague : le quartier de Neuhavn
(le « nouveau port »), avec son canal, ses bateaux à voile
et ses bâtiments aux façades colorées spécifiquement pour attirer les touristes, 
un peu comme certaines fleurs qui attirent les pollinisateurs. Et ce n'est pas
une blague : le quartier était très peu sûr à une époque, mais quand il a commencé à se gentrifier
personne ne voulait venir s'y installer à cause de sa réputation ; les bailleurs ont alors eu l'idée de mettre
de la couleur pour égayer le coin, et ça a marché. 

Le palais d'Amalienborg, lieu de résidence du couple royal (mais pas en ce moment). 
Là on n'en voit qu'un quart, le palais étant constitué de quatre corps de bâtiment identiques se
faisant face. J'ignore totalement qui est cette touriste qui semble si heureuse de découvrir
le lieu de vie de ses chouchous.

Classique des classiques, la statue de la Petite Sirène, hommage à l'œuvre d'Andersen.
Elle est en fait assez excentrée et dans un recoin pas exactement propice aux jolies photos, 
mais facile à repérer : c'est là où des dizaines de touristes manquent de se rompre le cou 
pour prendre le cliché.

L'étonnant quartier de Nyboder, et ses maisons basses aux murs jaune safran. Il s'agit 
en fait d'un quartier résidentiel qui avait pour fonction d'abriter les familles du personnel
de la Marine danoise.
Notez que la couleur est si typique que si vous parlez à un Danois du « jaune Nyboder »,
il comprendra immédiatement à quoi vous faites allusion.

Le Rosenborg, où sont entreposés les joyaux de la couronne,
et son jardin royal en contrebas, où l'on trouve de nombreuses variétés de roses, entre autres.
Notez que la photo est prise depuis la terrasse de la Cinémathèque, accessible gratuitement,
où vous pourrez découvrir toutes les facettes du cinéma danois comme les drames naturalistes 
de Lars von Trier, les drames humains de Thomas Vinterberg, 
ou bien sûr les drames sociaux de Per Fly.

Christiansborg, ancien palais royal que la famille régnante a laissé au peuple
après s'en être fait construire un mieux (une sordide histoire d'incendie lié à une
cheminée en bois... ce n'est toujours pas une blague). Aujourd'hui il abrite le Parlement,
ce qui est quand même sacrément cohérent pour un don au peuple. Notez la tour qui est accessible
gratuitement et offre une très belle vue de la vieille ville, et jusqu'à la Suède par temps clair.

L'hôtel de ville (Rådhuset), au premier plan. Le bâtiment à gauche, qui ressemble,
c'est juste un hôtel. Vous noterez l'absence assez prononcée de relief, le point culminant du pays
plafonnant à 170 mètres au-dessus de la mer.



L'entrée de Tivoli, improbable parc d'attractions situé en plein milieu de la ville, 
avec manèges et tout le bazar, ouvert depuis 1843 ! Il paraît même qu'il a fortement
inspiré Walt Disney pour son futur Disneyland, alors qu'il le visitait dans les années 1950. 

Un des toits de la Glyptothèque Ny Carlsberg, curieux musée qu'on pourrait vaguement assimiler à un
Louvre danois, si son histoire n'était pas nettement plus rocambolesque.
La brasserie Carlsberg a été fondée par Jacob Christian Jacobsen, qui l'a nommée ainsi en hommage 
à son fils Carl et en référence à la source utilisée pour le brassage qui jaillissait sur une « colline » 
de 30 mètres de haut, qu'en bon Danois il considéra comme une montagne (Berg en allemand).
Une fois la fortune de la famille assurée, le bon fils (Carl, donc) commença à collectionner toute sorte de 
choses (antiquités égyptiennes, grecques, romaines, sculptures, peintures... 
c'était la mode à l'époque) et finit par décider
de montrer tout ça au bon peuple dans un lieu dédié. D'où la Glyptothèque.

Les jardins de la bibliothèque, un bel endroit très calme situé entre la mer et le Christiansborg.

 

26 juin 2026

En danois, canards se dit ænder

Je pensais faire un joli post avec mes photos de Copenhague du week-end dernier, mais figurez-vous qu'il fait 40 °C à l'ombre et que je suis en train de décéder, donc je traiterai tout ça plus tard (après mon décès, je suppose). 

En attendant, une petite anecdote qui nous est arrivée dans la célèbre Strøget, la rue commerçante principale de la ville (prononcez streuillètt). L'histoire prend place dans la boutique Faraos Cigarer (que l'on peut traduire sans trop prendre de risques par Les Cigares du pharaon, il ne vous étonnera donc pas qu'il s'agisse d'une boutique de BD). Je savais déjà que les pays scandinaves étaient très fans des histoires de canards (Don Rosa est quasiment un héros national en Finlande, notamment).

Bij : Ah ouais, le mur de Picsou ! Impressionnant.
Moi : Tu n'es pas encore allée au sous-sol, c'est ça ?

 
Ça, c'est un mur de Picsou.

Et dans un coin, comme si de rien n'était, une petite photo dédicacée de
Carl Barks. Les vrais savent, et les Scandinaves sont tous des vrais.