La semaine dernière était calme de mon côté, j'en ai profité pour aller un peu au ciné rattraper mon retard.
Project Hail Mary (Projet Dernière chance),
Phil Lord et Chris Miller, 2026
La Terre est en danger : une nuée de micro-organismes est en train de manger le soleil, le seul espoir est de lancer une expédition vers une étoile lointaine pour comprendre le phénomène, et c'est Ryland Grace, biologiste pas très courageux de son état, qui se retrouve à porter sur ses épaules le poids de la survie de l'humanité.
Si ce film fait tant parler de lui, c'est pour de fort bonnes raisons : quelque part entre hard SF et vulgarisation, Project Hail Mary parvient à proposer une histoire optimiste, mettant la science en avant, malgré une multitude de trous de scénario sur lesquels on passera bien volontiers étant donné le charme de l'aventure. C'est bien fait, et ce n'est pas un hasard : le films profite du charme de Ryan Gosling, du talent de réalisateurs de la paire Lord-Miller (Tempête de boulettes géantes, La Grande Aventure Lego et les paraît-il très cool 21 et 22 Jump Street) et du scénario de Drew Goddard (qui a écrit les scripts de Cloverfield et The Martian, mais qui a aussi été impliqué dans plein de trucs cool, de Buffy à The Good Place). L'incontournable du moment, malgré quelques (sans doute inévitables) faiblesses côté sciences dures.
Hoppers (Jumpers),
Daniel Chong, 2026
Vous saviez qu'un Pixar était sorti dernièrement au cinéma ? Sûrement pas, vu que personne n'a parlé de Hoppers (traduit Jumpers en français parce que Sauteurs ça faisait trop bizarre j'imagine), à part pour en dire du mal. Il faut dire que cette histoire de jeune activiste écolo transférée dans le corps d'un castor robot capable de communiquer avec les animaux présente quelques failles. Certes, c'est rigolo et bien mené, mais justement, c'est le problème principal de ce film qui perd son message en cours de route pour tomber dans l'habituelle défense du statu quo chère à Disney (mais pas forcément à Pixar) : il est fun mais n'a pas compris de quoi il parle. L'aspect radical s'effondre donc dans un bien triste « en fait, si les écologistes et les promoteurs discutaient, tout irait bien », un parti pris aussi lénifiant qu'un film de Toledano-Nakache. Ce qui tombe bien car...
Juste une illusion,
Éric Toledano et Olivier Nakache, 2026
Les auteurs des raisonnablement cultes Nos jours heureux, Intouchables et Le Sens de la fête reviennent nous proposer une aimable comédie « sociale » où tout le monde est gentil car les problèmes systémiques n'existent pas et tout se résout par un miracle à la fin. En l'occurrence nous suivons cette fois une famille des années 1980 dont le père cadre se retrouve au chômage et le petit dernier est amoureux d'une fille qui ne le calcule pas.
Le problème de Toledano et Nakache, c'est que ce sont de bons cinéastes : leurs films sont cool, bien rythmés, avec des acteurs attachants, des gags drôles et une ambiance douce qui fait du bien. Mais ça reste de gros centristes obsédés par « la grande réconciliation », cette certitude que si les riches et les pauvres se rencontraient, ils se rendraient compte qu'ils ne sont pas si différents que ça (c'est particulièrement visible dans Intouchables, dont c'est littéralement le message). Au mépris de la réalité la plus élémentaire, qui est que les riches sont riches parce que les pauvres sont pauvres, et qu'ils n'ont certainement pas intérêt à ce que ça change.
Juste une illusion s'inscrit dans cette droite lignée de naïveté politique absolue, au point d'intégrer à son scénario la fameuse grande marche de SOS Racisme de 1985, et de la présenter comme un moment merveilleux d'espoir et de révolte de la jeunesse, sans aucun recul sur le sujet (instrumentalisation sans vergogne de la part du gouvernement de l'époque, mise en cause tardive de son président Tariq Ramadan et surtout échec total puisque quelques années plus tard le FN arrivera second à la présidentielle – sans même parler de l'ambiance actuelle : le film sort quand même alors que le pays est à deux doigts de retomber pour de bon dans le fascisme). Bref, un joli film totalement inconséquent, dans tous les sens du terme.
A Clockwork Orange (Orange mécanique),
Stanley Kubrick, 1971
Il repassait lors d'une séance UGC Culte, je ne l'avais jamais vu, c'était donc l'occasion pour moi de combler une vieille lacune. Le film a la réputation d'être sulfureux, avec une violence à l'écran épouvantable. Dans les faits, vu d'aujourd'hui, il est surtout glaçant dans sa manière d'esthétiser les scènes de bastonnade et surtout de viol, très présentes au début du métrage.
On suit Alex, un jeune désœuvré qui passe ses soirée à se balader avec sa bande déguisé en guignol, tabasser des sans-abris et cambrioler des maisons d'architecte en agressant et violentant tous ceux qu'ils y croisent. Rattrapé par la justice, il fait l'objet d'une procédure qui le rend allergique à la violence, et tente de retrouver sa place dans la société. Le film est cynique et amoral, parfois difficilement compréhensible (il est adapté d'un bouquin d'Anthony Burgess, un auteur post-moderne qui a notamment développé tout un vocabulaire anglo-russe) et très ancré dans les années 1970, avec ce que ça implique de cul et de papier-peint moche. Il y a également du Beethoven, beaucoup, beaucoup de Beethoven, qui aide à faire passer les longueurs inévitables vu le format et l'époque. Ceci étant dit, ce n'est pas culte pour rien : j'en suis sorti avec beaucoup moins d'appétit qu'en y entrant. Ce qui est sans doute un peu le but du film...

























