Ex nihilo Neil

04 février 2026

Shakespeare et chimères

 

Je voulais voir Avatar 3 (de guerre lasse), mais à mon grand étonnement c'était encore complet, des mois après la sortie. Ça doit vouloir dire que c'est bien. Du coup je me suis reporté sur le film dont toute la critique parle en ce moment, Hamnet.


 Hamnet, Chloé Zhao, 2026

Si on veut le résumer froidement, Hamnet raconte la vie de couple de William Shakespeare, comment il rencontre sa femme, comment ils ont trois enfants, comment ils en perdent un et comment ce drame lui inspire Hamlet. Ce résumé serait juste, mais passerait complètement à côté du film.

Hamnet est un film sur le deuil, c'est un film long, lent, et très sincèrement pendant la majeure partie du métrage je me suis un peu ennuyé. Certains passages sont à la limite de la parodie de mélo romantique, les acteurs jouent à fond les ballons, la réalisation qui s'attarde beaucoup sur les visages m'agace un peu, bref ça peut parfois être un poil trop pour le spectateur cynique. Puis il y a les quinze dernières minutes, ce moment de grâce qui m'a séché sur place et mis les larmes aux yeux. Au point de reconsidérer tout le film et de me demander si je ne venais pas de voir un chef-d'œuvre. 


 Les Chimères de Vénus, Alain Ayroles, Étienne Jung 
et Thierry Leprévost, éd. Rue de Sèvres

Dans un tout autre genre, le troisième et dernier tome des Chimères de Vénus vient de sortir. Il s'agit d'une série dérivée de la saga du Château des étoiles d'Alex Alice, dont j'avais parlé ici. Une série dérivée scénarisée par Ayroles !

J'avais lu ces albums à l'époque, et je dois reconnaître que je les avais moyennement appréciés. À ma grande honte, je comprends que je les ai méjugés sur une sotte comparaison graphique, le style de Jung pouvant sembler un peu fade à côté des fresques sublimes d'Alice. J'avais tort à tellement de niveaux que je ne sais plus où me mettre, alors j'en parle ici pour vous assurer que si, vraiment, c'est génial, ça vaut le coup. 

Déjà parce que le style de Jung est en fait très raccord avec l'ambiance Belle Époque de cette aventure où France et Angleterre tentent de se partager Vénus, planète luxuriante peuplée de dinosaures. C'est beau, habile et tout à fait adapté.

Ensuite parce qu'Alain Ayroles, évidemment ! Celui qui reste un de mes auteurs préférés se saisit de cette ambiance pulp en érudit, comme il a pu le faire pour le conte de fées (Garulfo), le roman de cape et d'épée (De cape et de crocs), le roman picaresque (Les Indes fourbes), le roman gothique (D), le roman épistolaire laclosien (L'Ombre des Lumières), bref, il applique sa méthode consistant à raconter une bonne histoire truffée de références jamais gênantes*, teintée d'analyse marxiste de la société, avec des personnages attachants malgré leurs défauts, chacun évoquant un archétype tout en le contournant habilement. C'est une petite merveille, en léger décalage et pourtant parfaitement intégrée dans la saga du Château des étoiles. Remarquable !

* Il y a une blague sur la corne des iguanodons ! Pour les trois fans de paléontologie du XIXe qui la comprendront ! j'adore ! 

 

02 février 2026

Fête des chandelles

 

Comme tous les quarantièmes jours après Noël, c'est la Chandeleur, une fête que j'aime beaucoup puisque j'adore les crêpes. J'adore les faire, j'adore les manger, j'adore en faire aux autres pour qu'ils les mangent, bref, la Chandeleur, c'est un peu ma fête.

Mais saviez-vous qu'au Luxembourg, pour la Chandeleur, les enfants se munissent de lanternes et vont de maison en maison quémander des friandises ? Eh oui, au Luxembourg, la Chandeleur, c'est Halloween. Quel peuple étrange (que nous devrions aller visiter dans le courant de cette année, qui s'annonce riche en voyages de toute sorte) !

Ah oui, et sinon, la Chandeleur, ça célèbre la présentation de Jésus au temple de Jérusalem, événement durant lequel, que je sache, fort peu de crêpes au sucre furent mangées (cette tradition-là est apparemment arrivée bien plus tard, et on n'est pas trop sûr de pourquoi). 

30 janvier 2026

Bravo les Brothers !

 

L'important sur cette image, c'est la partie en bas à droite.


Récemment, je me baladais entre les étals d'un célèbre bouquiniste parisien et je suis tombé sur l'album Panade à Champignac en occasion, que je guettais depuis longtemps. Et si je cherchais cette BD de Spirou et Fantasio, ce n'était pas pour l'histoire éponyme.

En effet, l'album Panade à Champignac est constitué pour une bonne moitié d'une histoire mettant en scène nos héros avec un Zorglub retombé en enfance, qui est amusante et bien fichue mais également annonciatrice de la dépression que traversait Franquin à l'époque. Les héros sont tournés en ridicule, l'intrigue absurde, le nihilisme présent, et c'est très bien... mais l'album contient surtout une autre histoire, Bravo les Brothers. Et là on passe à autre chose.

Bravo les Brothers se résume très facilement avec la vignette suivante :

Gaston offre trois chimpanzés dressés à Fantasio. L'hilarité s'ensuit.

Et oui, hilarité. Je pense très sincèrement que cette BD est un des sommets de l'œuvre de Franquin. C'est une des rares qui mêlent les univers de Spirou et de Gaston*, et celle qui le fait le plus magistralement. On sent que Franquin n'en peut plus des aventures du groom et qu'il souhaite se consacrer à temps plein à son héros sans emploi. L'intrigue ne laisse aucun doute : on est dans une aventure officielle de Spirou et Fantasio, mais c'est bien le petit monde de la rédaction qui est mis sens dessus-dessous ; on retrouve Prunelle**, Lebrac, Mamoiselle Jeanne, Boulier, M. De Mesmaeker... tous des piliers de l'univers gastonesque qui commence à bien prendre forme. 

Visuellement, c'est virtuose. Il n'y a pas une case à jeter : tout est mouvement, expression, enchaînement,  Franquin ne rate pas un trait, et les chimpanzés eux-mêmes, notamment, sont stupéfiants d'expressivité, avec une gestuelle particulièrement bien retranscrite, et trois caractères très affirmés sans jamais prononcer un seul mot. 

Mais regardez-moi la composition parfaite de cette case.
Où que vous posiez les yeux, votre regard est attiré sur la zone suivante.

 

C'est même relativement important pour le lore***, puisque cette BD marque la première apparition de Noé, le dresseur d'animaux misanthrope que l'on retrouvera plus tard dans les aventures du Marsupilami (le maître de Mars le noir, notamment). 

Bref, Bravo les Brothers, c'est une perle, dont je conseille la lecture à tous les fans de BD franco-belge et à tous ceux qui souhaitent un jour dessiner quelque chose de correct. Une masterclass, comme disent les jeunes.

* Avec, que je sache, La Foire aux gangstersLes Robinsons du rail et, dans une certaine mesure, le début de Panade à Champignac

** Prunelle qui est un personnage important pour moi puisque c'est sûrement le seul personnage de fiction secrétaire de rédaction. C'est mon métier, secrétaire de rédaction. 

*** Si tant est que le lore de Spirou, de Gaston et du Marsu vous intéresse. 



 

28 janvier 2026

Tournoi de puzzles

 

Le saviez-vous ? Bij et moi (enfin, surtout Bij, mais moi aussi un peu quand même) on adore les puzzles. Au point que le week-end dernier, nous avons rejoint sa sœur pour un séjour familial et un petit tournoi local organisé près de Pontarlier, dans le Doubs.

Eh ben on s'en est plutôt bien sorti, puisque Bij et sa sœur ont fini premières dans la catégorie 1 000 pièces, et Bij et moi troisièmes dans la catégorie 500 pièces. C'était cool et ça nous a permis de passer un beau week-end à la neige, que demander de plus ?

Le puzzle de 500 pièces, que nous avons fini trente secondes après
la sœur de Bij et sa coéquipière.

 
Le puzzle de 1 000 pièces, que les frangines ont terminé en 2h03.

26 janvier 2026

Le mal habite au 4

 

 

Ça y est, conformément à la tradition millénaire depuis cinq ans, j'ai fait mon Resident Evil de l'année, et cette fois ce fut le quatrième opus, considéré comme un des meilleurs de la série et comme un des meilleurs jeux vidéo tout court d'ailleurs, tant il a réinventé le genre du survival horror en ajoutant une grosse composante action. Et c'était effectivement super.

Dans RE4, vous incarnez Leon Kennedy (le héros du deuxième), flic très spécial envoyé pour sauver la fille du président des États-Unis qui a été enlevée par une secte maléfique qui fait des expériences secrètes dans la cambrousse espagnole, et... oui, on va pas se mentir, le scénario c'est vraiment pas le point fort des Resident Evil. Enfin, d'un certain point de vue, parce que c'est objectivement hilarant de nanardise. Le héros solitaire et plus ténébreux qu'un sac de charbon, la greluche à sauver (qui a été nettement améliorée dans le remake*, dans l'original c'était vraiment une gourde qui passait son temps à hurler), l'agente spéciale Ada Wong qui débarque de nulle part en prenant la pose, le rigolo de service Luis qui meurt après rédemption tandis que le héros lui allume sa clope... et je ne parle même pas des méchants.

Vous allez en buter, du péquenaud hispanique.

Bref, chaque cinématique est un grand moment de rigolade**. Le reste du jeu est toujours nickel, avec de l'action, de la « réflexion » (jamais bien méchante), des clés à trouver pour ouvrir des passages en slalomant entre les zombis / paysans / créatures fongiques, des boss avec des points faibles évidents (visez les yeux, en général ils sont très gros, orange et pas du tout sur le visage, c'est facile), et plein d'armes différentes (mais je m'en sors généralement avec un pistolet, un fusil à pompe et un fusil de sniper, c'est largement suffisant).

 

Ah oui, y a lui aussi, le marchand qu'on croise à tous les coins de couloir, 
y compris dans les endroits les plus incongrus.
 

Vous avez peut-être remarqué que dans les jeux modernes, on se donne beaucoup de mal pour justifier toutes les petites contingences de gameplay dans l'intrigue. Eh bien Resident Evil, pour sa part, n'en a rien à braire. Les gars de chez Capcom assument complètement que vous jouez à un jeu vidéo, que vous savez que vous jouez à un jeu vidéo et que vous n'avez pas besoin de tout justifier. Donc oui, y a des quêtes secondaires où il faut détruire des médaillons bleus planqués un peu partout, y a du tir au pigeon pour gagner des bonus, y a un marchand qui se téléporte, y a des corbeaux qui dropent des émeraudes quand on les tue, et plein d'autres absurdités qu'on ne va pas s'emmerder à expliquer. Et c'est pas bien grave.

En tout cas voilà qui conclut mon rattrapage de la série (car le remake du 1 n'est pas ouf, et le 5 et le 6 sont considérés comme les canards boiteux de la série). Enfin, pour l'instant. Le 9 (Requiem) sort dans un mois, et je sais déjà que je le ferai un jour***.  

* Oui, car je joue aux remakes, qui sont sublimes, et en mode facile, parce que j'ai vraiment pas envie de me faire suer.  

** Et c'est encore mieux si vous essayez de relier l'intrigue avec celles des autres opus, tant le n'importe-quoi est grand, encore accentué par le côté très premier degré de la mise en scène. Maintenant que j'y ai joué, je réalise à quel point les films Resident Evil sont en fait des adaptations réussies dans une certaine mesure : des scénarios de nanar dans les deux cas. Sauf que les films n'ont pas un gameplay pour les sauver. 

*** D'autant qu'il semble annoncer un délire plus survival, avec une héroïne faible et démunie, ce qui change des gros bourrins genre Leon, Claire ou Jill... 

21 janvier 2026

Mouche des villes et rat des champs

 


Vous êtes une souris, de retour dans la forêt après la mort de vos parents, partis tenter leur chance à la mine. C'est l'hiver, votre ancienne maison est en ruine et votre seule famille encore vivante vient de se faire enlever par un hibou. Tout n'est-il pas réuni pour un jeu chill ?

Winter Burrow est un petit jeu « de survie », avec autant de guillemets que possible. Tous les ingrédients sont là : jauge de faim, jauge de froid, monde hostile, PNJ tristes voire désespérés... et pourtant Winter Burrow n'est pas difficile, pas du tout. On est plus sur une espèce de Don't Starve premier âge, idéal pour apprendre les rudiments du genre aux enfants, avec un patte graphique sublime de livre illustré et une belle histoire où on s'emploie à recréer du lien entre nos voisins dysfonctionnels. Bref, c'est beau comme tout, ça dure une dizaine d'heures et le seul reproche que je lui ferai est sa fin un peu abrupte. Idéal pour occuper les froides soirées d'hiver.



Vous êtes une mouche. Vous avez 80 secondes à vivre, et une liste de choses à faire avant de mourir. C'est parti.

Le concept de Time Flies est con comme la pluie, et rappelle d'ailleurs Untitled Goose Game, le plus célèbre des jeux à checklist. Vous vous baladez dans le niveau et vous interagissez avec ce que vous croisez, et parfois ça coche une des cases de votre bucket list. C'est tout bête, ça prend une heure et demie max et c'est si cool qu'on pardonne largement au jeu sa DA sur Paint (et encore, le Paint de Windows 95). Idéal pour occuper une froide soirée d'hiver, une seule, parce que c'est court.