26 septembre 2018

La lame infernale


Dernièrement, j'ai joué à Hellblade: Senua's Sacrifice, un jeu de Ninja Theory, petit studio anglais. Le jeu ne laisse clairement pas indifférent, et beaucoup se sont exprimés sur le sujet, je ne vais donc pas m'en priver.

H:SS est un jeu qui mélange pas mal de gameplay contradictoires : c'est un jeu d'exploration qui en même temps est un long couloir, c'est un puzzle-game 3D dont les énigmes sont très simples, c'est un jeu de combat à la fois bien fichu et hyper frustrant... 
Je n'ai pas aimé jouer à H:SS. J'ai même renoncé à le finir, alors que je n'étais sans doute qu'à quelques pas du bout du chemin, la faute au combat de trop. Je n'ai pas passé de bons moments pendant les huit heures que j'ai passées sur ce jeu.
Mais je ne peux pas le lui reprocher : je suis à peu près sûr que c'était l'objectif du studio.

Parmi les grandes réussites du jeu, le jeu de l'actrice
Melina Juergens est fabuleux.
  H:SS est un jeu radical. Au même sens que The Witness, par exemple, auquel j'ai beaucoup pensé par moment. C'est un jeu qui a un but, et qui est tout entier concentré sur ce but. Le studio insiste d'ailleurs tellement sur ce point que c'en est presque gênant : l'héroïne (Senua, donc, une jeune femme picte à la recherche de l'âme de son défunt compagnon en territoire viking) est psychotique, et le jeu entend nous faire ressentir ce qu'est la psychose (toutes les sortes de psychoses, d'ailleurs, mais c'est un autre débat).
Senua entend des voix, a des visions, le monde tel qu'il est n'est sans doute pas celui qu'elle perçoit, les ennemis sont nébuleux si elle ne fait pas un effort physique de concentration pour bien les voir...

Tout est pensé pour nous faire ressentir ce malaise. Et c'est parfaitement rendu, on se sent mal. Les combats sont longs, pesants, pas particulièrement difficiles mais toujours éprouvants. Et surtout ils ne sont pas satisfaisants, ils n'offrent pas de récompenses comme dans un Dark Souls... C'est dur, c'est tout. Tu bats tes adversaires, tu souffles un peu, tu te relèves péniblement, tu mets un pied devant l'autre et tu t'en vas te prendre ta prochaine mandale.

Le gameplay du combat est plus fouillé qu'il en a l'air, avec
attaques fortes, faibles, parades, esquives... mais ils restent terriblement
frustrants (et il n'y a que quatre ou cinq types d'ennemis différents).

A côté de ça le jeu est magnifique, même en réglage de qualité moyenne (ma carte graphique n'en voulait pas plus), il est bien pensé, bien codé, et le jeu d'actrice de Melina Juergens, qui incarne Senua (voix et performance capture) est bluffant. Je ne peux décemment pas dire que ce jeu est mauvais. 
Mais il n'est pas pour moi.

24 septembre 2018

Max Bird et la montagne d'or

Mon copain Max Bird a un truc à vous dire, et comme je trouve ça intéressant, important et que je n'ai rien dessiné ce week-end, je le laisse vous le dire bien mieux que je ne saurai le faire...



Sinon, n'hésitez pas à visiter sa chaîne, c'est trop bien !

21 septembre 2018

L'horreur du JCE


J'ai récemment craqué sur Horreur à Arkham, dont on a beaucoup entendu parler dans le cercle des amateurs de jeux ces derniers temps (tapez « Horreur à Arkham » dans le moteur de recherche de YouTube, vous allez voir le nombre de tuto !).

Il s'agit d'un jeu de cartes évolutif (JCE), par opposition aux jeux de cartes à collectionner (JCC), type Magic, qui vous imposent de vous ruiner ad vitam æternam dans l'espoir d'obtenir la carte ultime. Avec Horreur à Arkham, vous savez toujours ce que vous achetez, vous ne vous ruinez donc que ponctuellement.

Le jeu est cool. J'étais surtout intéressé par son aspect très scénarisé, mais il faut reconnaître que ses mécaniques aussi sont sympas, à base de construction de decks, de tests de compétence, de gestion des lieux, de l'équipement et du groupe (c'est un jeu pour deux personnes). Mais, comme tous les jeux labellisés Cthulhu, il est dur, et dès le troisième scénario on s'est rapidement mis en mode « facile » (en gros, on y rate moins souvent ses tests de compétence) pour en venir à bout. 

La boîte, les cartes, les illustrations sont très jolies, pas de problème.
Enfin, jolies... si vous aimez les tentacules, les goules et les trucs dégueulasses, hein...


Autre problème, les scénarios sont certes rejouables (en variant les decks, la difficulté, certains événements aléatoires...), mais je sens que le principal plaisir reste de découvrir les nouvelles intrigues au sein d'une bonne vieille campagne, or d'après ce que j'en ai vu, ça revient vite cher. 
Pour jouer l'intégralité de la campagne L'Héritage de Dunwich, à titre d'exemple, c'est un pack de base plus pas moins de six scénarios supplémentaires qu'il vous faudra acheter, soit d'après mes calculs dans les 110 euros ! Je trouve que ça fait cher pour un jeu qui, toutes proportions gardées, m'apporte moins de plaisir qu'une bonne partie d'Unlock!

Bref, j'ai bien aimé mais je ne suis pas sûr de continuer dans cette direction.

19 septembre 2018

Histoires de bugs

Après l'affaire de la punaise, j'ai eu envie de dessiner quelques insectes... parce que c'est rigolo de dessiner des insectes.

Du coup je vais vous narrer quelques anecdotes sur ces sympathiques arthropodes.


Coccinelle vient du latin "coccinus", écarlate.

La coccinelle n'est jamais qu'un petit scarabée avec une joli déco (au passage, le nombre de points n'indique absolument pas l'âge de la bestiole : il dépend juste de l'espèce). Mais ça reste un des insectes les plus mignons, du moment que vous n'êtes pas un puceron évidemment.
Dans Les Fourmis de Bernard Werber, il y a notamment une scène où une coccinelle attaque l'élevage de pucerons de la fourmilière, et le coléoptère carmin est décrit comme un tigre redoutable.


La mante religieuse est sans doute un des insectes les plus classes de la Création, avec ses pattes ravisseuses qui en font une vivante, quoique verte, incarnation de la Faucheuse. C'est aussi un animal très impressionnant quand vous tombez dessus. Pour info, ça niaque assez fort, donc si vous en croisez une ne l'attrapez pas à pleines mains.
Dans Le Château de ma mère de Marcel Pagnol, il y a une scène tout à fait croquignolesque où une mante se fait défoncer par le cul par une fourmilière. Le charme désuet de la campagne. 


Le lucane cerf-volant est un animal d'une force stupéfiante (paraît-il qu'il peut traîner un fer à repasser).
En anglais, on l'appelle stag beetle, le « scarabée cerf », ce qui est assez classe. Et dans Hollow Knight, il fait office de bus vivant (même si l'animal ressemble plus à un scarabée rhinocéros).


Le hanneton est l'insecte au plus fort capital sympathie auprès des personnes âgées, qui ne manqueront jamais de vous expliquer que « de leur temps, on en voyait partout, mais aujourd'hui, avec leur Internet, y en a pu ! » Probablement parce qu'ils les ont tous tués pour s'amuser quand ils étaient gamins.
Apparemment, il était tellement commun à une époque que les Suisses le pressaient pour obtenir de l'huile, tandis que les Russes le moulaient carrément pour en faire de la farine (à destination du bétail, hein, vous emballez pas) !
En tout cas j'ai souvent entendu dire que les gamins du début du XXe siècle s'amusaient à leur attacher les pattes à un fil et à les laisser voler en cercle, retenus par cette laisse. C'est pas plus con qu'un handspinner. 


Il s'agit de la larve d'une bestiole qui, adulte, évoque vaguement une libellule moche.

La larve de fourmi-lion se dissimule sous le sable au fond d'un entonnoir, guettant les proies qui y tombent. C'est un des insectes les plus présents dans les jeux vidéo, une performance remarquable pour une bestiole que personne n'a jamais vue.
On en trouve dans Final Fantasy, dans Half-Life 2, dans Ghouls'n Ghost, dans Wonderboy, dans Pokémon, dans Yu-Gi-Oh!...



Savez-vous que la forficule (le perce-oreille, oui !) possède des ailes sous ses élytres ? Si vous avez un jour la chance d'en croiser un en train de voler (enfin, d'essayer de se poser, vu qu'il est clairement pas taillé pour le vol acrobatique), observez-le bien : les ailes sont beaucoup trop grandes pour se caler correctement, il doit donc les replier en accordéon selon un schéma assez complexe, c'est fascinant.
Sinon, sachez que ce n'est pas un nuisible mais que, comme la coccinelle, il mange les pucerons. En outre il est une proie classique de l'épeire diadème, une araignée démoniaque (comme toutes les araignées), j'ai donc décidé que le perce-oreille était mon copain.


Le saviez-vous ? Les moustiques sont tous des réincarnations d'anciens nazis pédophiles. Tuez-les sans pitié.


17 septembre 2018

Affaire d'hémiptères


Le lendemain matin, après le départ de la courageuse, j'ai retrouvé la créature en question. 



C'est effectivement plus gros qu'un moustique, et ça vole assez différemment d'une saloperie rayée.
Il s'agissait en l'occurrence d'un Leptoglossus occidentalis, une punaise vivant dans les pommes de pin qui a tendance à rentrer à l'abri quand les premiers frimas s'approchent. 
Je lui ai vaillamment rendu la liberté, lui permettant de crever noblement de froid loin de notre lit.

14 septembre 2018

Ne mourons pas de faim ensemble

En ce moment, on joue beaucoup (trop ?) à Don't Starve Together, version multijoueur de Don't Starve, dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Avec le temps, DST a suffisamment évolué pour pouvoir être considéré comme un jeu à part, avec des mécaniques particulières, des ennemis spécifiques (le Toadstool, la Queen Bee, l'Ewecus, l'Antlion, et autres jeux de mots mortifères) et ses modes de jeu (sans compter les events réguliers comme The Gorge, dont j'avais parlé aussi). D'ailleurs beaucoup de let's play et de tuto sur le jeu semblent estimer que DST est le Don't Starve, et ne prennent même plus la peine de se pencher sur Reign of Giants ou Shipwrecked (mais gageons que Hamlet, la prochaine extension prévue pour décembre, changera tout ça).

Sortie prévue en décembre... que j'ai hâte !


Bien sûr DST reste horriblement difficile, vu que tout est multiplié : vos besoins (puisque vous êtes plusieurs à manger), les points de vie des boss, le nombre d'ennemis, la nourriture... ah, non, pas la nourriture ! 
Bref, c'est dur, mais c'est aussi très cool.

Attention toutefois, si vous vous y mettez, deux points essentiels à connaître sur DST :
- c'est un insatiable vortex de temps libre ;
- c'est un redoutable moteur à engueulades.
Méfiez-vous, donc.

12 septembre 2018

Good bad guy vs. bad good guy (2)




Ce qui m'amène à un autre méchant emblématique de ces derniers temps : Thanos, dans Avengers: Infinity War. Thanos est un personnage très travaillé, sans problème le meilleur du Marvel Cinematic Universe. Le jeu de Josh Brolin lui a en outre donné une certaine profondeur, on peut facilement dire que, plus encore que l'antagoniste, c'est le protagoniste principal du film. 
Mais j'ai entendu pas mal de gens approuver vivement les arguments de Thanos, sur le ton « dans le fond, il a pas tout à fait tort... il a même raison si on y réfléchit bien ».

Je rappelle l'objectif de Thanos : comme l'univers est surpeuplé et surexploité, il va à sa perte, il veut donc réduire sa population par deux pour éviter la tragédie. Il se déclare prêt à endosser le rôle du méchant pour accomplir son but et, en quelque sorte, sauver l'univers.
C'est de la méga connerie ! Et j'hallucine à chaque fois que j'entends quelqu'un dire que ça, c'est un argument recevable.

Détail amusant, même si officiellement, « Thanos » vient de thanatos, la mort en grec,
le terme évoque aussi « thane », un terme de vieil anglais signifiant serviteur.
Et ça fait écho à Darkseid, le méchant de l'univers DC dont Thanos est clairement inspiré
(et dont le nom signifie « sombre séide », séide signifiant également serviteur).
De rien.


Déjà, l'univers surexploité, c'est n'importe quoi : aucun des films Marvel (et l'univers Marvel bénéficie d'une des diégèses les plus vastes de l'histoire du cinéma) n'a jamais évoqué, sous-entendu ou montré ce fait. L'univers, par définition, c'est immense, et à aucun moment il ne semble qu'une espèce soit en train d'être ne serait-ce qu'en mesure de le maltraiter.

Alors après, je ne suis pas débile, je vois bien que c'est une métaphore pour la surexploitation de notre propre planète, mais là encore, c'est quoi l'argument ? « Il y a trop de monde sur Terre, supprimons la moitié et tout ira mieux ? » C'est de la réflexion de collégiens, et encore des pas bien futés ! Les famines qui touchent notre monde ne sont pas dues à un manque de nourriture mais à une mauvaise distribution de celle-ci. Quant à la surexploitation, elle n'est due qu'à une minorité dominante, qui n'en dominera certainement pas moins après une grande division par deux.

Sans compter évidemment que la solution de Thanos n'en est pas une : ok, il y aura deux fois moins de monde (probablement beaucoup moins que ça, même, étant donné les dégâts collatéraux), mais quand le nombre remontera, il va faire quoi ? Recommencer ? Encore, et encore ? Avec un autre gant, et tout le tintouin ?

C'est rigolo parce que le principal protagoniste du film est
le seul qui n'est pas un super héros sur l'affiche.




Alors, qu'on soit bien clairs, j'ai beaucoup aimé le film, et même beaucoup aimé Thanos. Je pense que dans l'esprit des créateurs, c'est un type sincère (quoique génocidaire) qui s'est perdu dans son raisonnement et s'obstine parce qu'il est convaincu d'avoir raison, mais que le film suivant nous démontrera (surprise) qu'en fait il a tort. Je ne critique pas l'idée même du film.

Mais que des gens trouvent que Thanos a raison sur le fond, que son idée est valable, ça me terrifie. Parce que, pour le dire très simplement, c'est une idée de nazi. Et il me semblait que notre système éducatif et culturel insistait pas mal sur la faiblesse de cette idéologie.