13 avril 2016

Shark dodging

Je suppose que vous êtes tous familiers de l'expression américaine "jumping the shark".

Non ?
Bon, ben je vais l'expliquer alors. "Jumping the shark" ("sauter par-dessus le requin", littéralement) est une expression en cours dans le milieu des séries télévisées. Elle est utilisée pour désigner le moment où la série pousse les limites de la suspension consentie de l'incrédulité un chouia trop loin pour son public. Où elle "va trop loin", souvent dans le but de se renouveler.
C'est un symptôme classique des séries trop longues. Ainsi, personnellement, j'estime que Friends saute par-dessus le requin quand Joey tombe amoureux de Rachel (ouais, je spoile Friends, même pas peur !). C'est débile, ça n'a aucun sens dans la continuité de la série, c'est juste une pirouette foireuse pour tenter de renouveler les intrigues.
Pour ceux qui se demanderait d'où vient l'expression, ça remonte à Happy Days (la vieille série avec Ron Howard avant qu'il ne nous fasse rire avec Da Vinci Code !), où un épisode mettait en scène Fonzie sautant en skis nautiques au-dessus d'un très beau stock-shot de requin. Exemple insurpassable de n'importe quoi, que même les fans de la série n'ont pas pu suivre.

Pourquoi je parle de tout ça ? Parce que je viens de finir la saison 2 de Daredevil, la série Netflix/Marvel. Et que cette série est truffée de requins.

Déjà, le personnage de Daredevil est d'une complexité affolante : il est bourré de contradictions (avocat le jour/vigilante la nuit, catholique pratiquant/incarnation du diable, aveugle/pourvu de sens surnaturels...), largement de quoi perdre un scénariste (souvenons-nous du film avec Ben Affleck qui s'est bien vautré sur la plupart de ces aspects). Ensuite, il évolue dans un univers de comics, avec des personnages facilement ridicules (le Caïd, Elektra, Foggy Nelson, Stick...) et des fans hardcore qui guettent tout manquement ou hérésies envers leurs personnages préférés.
En outre, on ne peut pas dire que la série ait fait dans la facilité en choisissant pour cette saison deux méchants très, très facilement ratables : le Punisher (plusieurs fois adapté au cinéma, jamais réussi) et la Main (une secte ninja de guerriers masqués) (oui) (oui, oui, une secte ninja de guerriers masqués).
Autant vous dire que ça partait pas gagnant, et qu'il y avait moyen d'escalader un sacré banc de sélaciens avant de voir le générique de fin du dernier épisode.

Le Punisher dans la série... absolument génial. Mais vraiment.

Eh ben non, la série reste géniale, peut-être même encore mieux maîtrisée que la première saison. Tout en demeurant très sombre, très violente (trop pour certains, sans doute), elle aborde intelligemment ses thématiques (la loi, la vengeance, la justice) tout en développant ses personnages. Elle se paye même le luxe de respecter les bandes dessinées d'origine, avec des scènes directement issues de celles-ci (notamment les versions de Frank Miller, de Kevin Smith, de Brian M. Bendis, et même les Punisher de Garth Ennis). 
Avec en prime des acteurs qui me font halluciner (Scott Glenn, né pour jouer un samouraï aveugle, Jon Bernthal, sans problème le meilleur Punisher jamais porté à l'écran, Vincent D'Onofrio, toujours stupéfiant en Caïd, et Élodie Yung, à la fois attachante et horripilante en Elektra)...
Bref, globalement je conseille.

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Sinon, pour rester chez Marvel, StateAlchemist (Les Chevaliers du zodiaque abrégés) a lancé une nouvelle série, et c'est très rigolo.


4 commentaires:

SammyDay a dit…

Tu gardes le meilleur pour la fin...

Anonyme a dit…

Et sinon c'est quoi un stock-shot ? Non mais pour ceux qui essayent de suivre jusqu'au bout quoi ! :)

Neil a dit…

C'est quand tu récupères des images de documentaire et que tu les insères dans ton film en faisant comme si c'était toi qui les avais filmés. C'est évidemment mieux si l'image n'est pas au même format, ni étalonnée de la même manière. Un truc classique dans les nanars (surtout quand il y a des requins).

Anonyme a dit…

Aaaaaah... Merci :)