Ex nihilo Neil

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29 avril 2026

Le retour du milieu

 



Il était donc parfaitement logique que nous nous retrouvions pour découvrir ensemble la « huitième saison » de cette sitcom culte, qui fait clairement partie de mon panthéon du genre (avec The Office, Parks & Rec et Brooklyn Nine-Nine, et je compte pas The Good Place parce que son statut de sitcom pourrait être sujet à caution).

Malcolm in the Middle* est une de ces rares séries où j'estime qu'il n'y a pas un épisode à jeter. À part, à la rigueur, la septième saison, très légèrement en dessous, la série est une perle, parfaite, toujours aussi hilarante et intelligente aujourd'hui, truffée de moments marquants et de répliques cultes (dont le désormais classique « Je n'attendais rien, et je suis quand même déçu »). Alors qu'est-ce que ça vaut, Malcolm: Life's Still Unfair (Malcolm : rien n'a changé, en VF) ?

Tout le casting est de retour, à part Erik Per Sullivan (Dewey) qui a paraît-il
refusé un pont d'or et préfère se consacrer à ses études. Il a bien raison,
d'autant qu'on n'y voit que du feu, Caleb Ellsworth-Clark fait très bien le job.

Eh bien c'est pas mal du tout. On s'attendait évidemment à un carnage, et la série n'est absolument pas indispensable, mais déjà elle a le bon goût de ne durer que quatre épisodes de 25 minutes, et si elle n'évite pas le fan service, elle parvient à faire exister autant les vieux personnages que les nouveaux.

Bien sûr Hal est fortement mis en avant, et Bryan Cranston est toujours autant au taquet, mais cette saison arrive tout de même à renouveler le personnage de Malcolm en lui donnant une fille, Leah, et une dynamique plutôt sympathique avec elle. La famille a également eu un sixième enfant (annoncé dans le dernier épisode de la saison 7), Kelly, personnage non binaire incarné avec une belle énergie par Vaughan Murrae. L'intrigue (filée, pour une fois, sur toute la saison) porte sur l'anniversaire de mariage de Lois et Hal, auquel Malcolm compte bien ne pas assister. Ça déroule plutôt bien, avec plein de guest stars de l'ancienne série et des gags qui tombent à point. Hal est fou, Lois autoritaire, Reese est un connard et Francis fait son Francis, tout va bien.

Bien sûr c'est pour les fans, et je doute que des gens tombant dessus par hasard sans jamais avoir vu d'épisodes de Malcolm** l'apprécient, mais nous avons passé un bon moment, qui nous en a rappelé plein d'autres. Pas de raison de bouder son plaisir***.

Juste Malcolm en français, ce qui perd un peu de sens mais gagne en facilité d'élocution.

** Si tant est que ça existe encore, la vieille série étant sans cesse rediffusée. 

*** Par contre ça pourrait également constituer le pilote d'une nouvelle série, et là je suis moins sûr d'être partant pour vingt-six épisodes de vieilles gloires tentant un come-back... 

25 février 2026

MCU : y avait longtemps

 


Ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé du MCU, et pour cause : on peut considérer que l'univers cinématographique phare des années 2010 est fini. 

Je ne vois pas quel miracle pourrait empêcher les futurs Avengers – Doomsday et Avengers – Secret Wars de prendre l'eau par tous les côtés, étant donné les échecs de ces derniers temps. Les seuls films un peu réussis étaient ceux qui se reposaient le moins sur le côté « univers partagé » (Deadpool & Wolverine et Thunderbolts – que je continuerai à défendre envers et contre tous). Mais on oublie parfois un peu facilement le pan télévisuel de cette licence, et figurez-vous qu'il y a eu dernièrement des séries du MCU dont je n'ai pas parlé. Alors, c'était comment ? Ben pareil, c'est la série la moins liée à l'univers étendu qui s'en sort le mieux.

 

La dégringolade de Nick Fury, passé de personnage phare du MCU
à clochard désabusé, héros d'une série de merde.
 

Secret Invasion

Un cauchemar. Je ne peux pas décrire autrement cette série. Y a simplement rien qui va : le scénario, qui essaie de reprendre l'arc narratif des Skrulls réfugiés sur Terre, est cataclysmique. Il y a des moments de gêne intense, notamment pour le pauvre Samuel L. Jackson qu'on devine lié par des contrats en béton alors qu'il préférerait vraiment retourner tourner de vrais films avec Tarantino. Quant au pauvre Ben Mendelsohn (qu'on préférera vraiment suivre dans Andor) et à la malheureuse Emilia Clarke (Daenerys !), ils sont à la peine dans ce bordel sans nom qui vous fera surtout pousser des soupirs de déprime. On est sincèrement à deux doigts du nanar.

  

Avouez : vous ne saviez même pas que cette série existait, hein ?
 

Ironheart

Ironheart raconte les aventures de Riri Williams (vue dans Wakanda Forever) qui se construit une armure d'Iron-Man dans la banlieue de Chicago. Et c'est nul. Au point que j'ai vu deux épisodes, j'ai sauté directement au dernier et j'ai vraiment la sensation de n'avoir rien raté. L'histoire n'a pas beaucoup plus d'intérêt que de sens (déjà, on se demande pourquoi une meuf capable de fabriquer une armure d'Iron-Man à énergie solaire dans son garage pourrait galérer), le méchant, the Hood, est globalement raté et l'arrivée surprenante de Mephisto (incarné, le croirez-vous, par Sacha Baron Cohen) à la fin n'apporte pas vraiment le piquant espéré. On peut retenir des effets spéciaux corrects. Voilà voilà...

 

Le cœur de la série : deux bons acteurs qui s'amusent.
Avec les avantages et les inconvénients que ça implique.
 

Wonder Man

Croyez-le ou non, et il y a sans doute un effet de contraste, mais Wonder Man est une série regardable. Ça raconte les aventures d'un acteur qui galère à faire sa place à Hollywood. Non qu'il soit mauvais (bien au contraire), mais une règle impose aux acteurs dotés de pouvoirs de se déclarer, ce qui implique des frais d'assurances délirants et bloque pour ainsi dire toute chance d'être embauché. Une prémisse plutôt maligne qui donne une série loin d'être parfaite, mais avec au moins deux excellents acteurs (Yahya Abdul-Mateen II et Ben Kingsley) qui s'en donnent à cœur joie, et un décor qui change agréablement des histoires habituelles du MCU. Pas la série de l'année (ni même du mois, soyons sincère), mais je lui accorde la moyenne.

 

La fine équipe. Et le pygargue compte. Oh que oui !
 

Peacemaker, saison 2

Eh oui, je triche, on n'est plus chez Marvel mais à la concurrence, qui s'en sort définitivement bien mieux. La première saison de Peacemaker était excellente, la deuxième poursuit dans la même veine, toujours sous la houlette de James Gunn, dont je me rends de plus en plus compte qu'il est devenu un de mes réalisateurs préférés. Les acteurs sont excellents, les personnages tout autant, l'intrigue est cohérente et bien construire, c'est trash juste ce qu'il faut (euh... attention, je sais qu'il y a des jeunes qui me lisent depuis peu, ce n'est absolument pas une série tout-public, hein, c'est pour public averti !) et je me suis bien marré. Vous allez découvrir le terrible handicap de cécité aviaire, plein de zizis et de frifris et quelques mondes parallèles qui vous rappelleront que tout le monde a mieux géré le concept de multivers que le MCU, ce qui est assez marrant quand on y pense. 

09 février 2026

Andor : encore !

 


Nous avions prévu de regarder la saison 2 d'Andor avec un ami (que je ne désignerai que par son initiale, O) mais ce lâcheur nous a fourbement abandonnés sans nous prévenir. C'est pourquoi nous ne l'avons finalement visionnée que la semaine dernière. Bon Dieu que c'était bien.

C'est définitif, Andor est dans le top 3 qualitatif de tout ce qui peut être raccordé à Star Wars, avec L'Empire contre-attaque et la série Clone Wars (de Tartakovsky). Tout le reste, c'est du jardinage, comme dirait l'autre. 

Andor raconte la création de la Rébellion, sans faux-fuyants, sans romantisme inutile, sans se voiler la face. Oubliez l'épique space-fantasy, on est dans les dossiers noirs de la Résistance, avec la paranoïa qui s'ensuit, avec la solitude des agents de terrain réduits à suivre des ordres peut-être obsolètes, avec des politiques qui tentent de gratter trois voix au Sénat pour qu'une loi inique ne passe pas, avec les milliers de héros anonymes qui font ce qu'ils peuvent en sachant qu'ils ne verront sans doute pas la fin de ce qu'ils combattent.

Il y a beaucoup de personnages et l'acting est globalement incroyable,
au point que je n'en vois pas un à mettre au-dessus des autres.

En plus de ses thématiques terriblement actuelles*, la série se permet des fulgurances de mise en scène**, une vraie structure de série intelligente avec des ellipses pensées et réfléchies, des personnages d'une richesse insoupçonnée, sans jamais le moindre sabre-laser. Arrivés au bout, nous n'avons pas résisté à l'envie de revoir Rogue One***, dont la série est techniquement un préquel, et nous avons été stupéfaits par la parfaite fluidité, la cohérence absolue entre les deux œuvres, qui s'enchaînent impeccablement, au point qu'il est presque impossible a priori de dire laquelle dérive de l'autre.

Andor est non seulement un chef-d'œuvre, mais un chef-d'œuvre important, qui a quelque chose à dire d'essentiel aujourd'hui. Ne ratez pas cette série, et n'oubliez pas qui est l'Empire, et qui est la Rébellion. 

* Le discours de Mon Mothma au Sénat s'applique tellement à la situation de post-vérité dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui qu'il en est glaçant.  

** On a notamment un épisode entier d'Andor sans le personnage-titre, ce qui est très, très rare dans une série, et qui démontre clairement que le showrunner Tony Gilroy a eu les coudées franches. 

*** Dont j'avais parlé à sa sortie ici, et je ne changerai pas une virgule à ma critique de l'époque. Rogue One reste, malgré ses défauts, le meilleur film Star Wars après L'Empire contre-attaque

16 janvier 2026

E pluribus unum

 


J'ai récemment vu la série Plur1bus, dont tout Internet parle en ce moment (enfin... les critiques de séries en tout cas), et c'est vachement bien. 

Sans trop spoiler, l'humanité capte un message venu des étoiles qui va modifier une très large part de ses représentants, leur conférant une conscience collective. Est-ce le début d'une nouvelle ère de bonheur et de félicité, ou la fin de l'humanité ? 

La série est tout le contraire d'une série d'invasion à la V, elle est calme, lente, se focalise sur peu de personnages. En outre elle est assez osée dans sa réalisation : il y a peu de dialogues, des séquences entières sont dans d'autres langues*... bref, c'est intéressant, ça soulève plein de questions subtiles sans en avoir l'air, l'acting est excellent et on retrouve bien la patte de Vince Gilligan, l'auteur de Breaking Bad et Better Call Saul (une bonne partie est d'ailleurs filmée à Albuquerque). Un petit événement à ne pas manquer, même si on a un peu le temps avant la saison 2, apparemment... 

* Oui, c'est très osé pour une série moderne, où tout doit être expliqué trois fois pour que les gens puissent suivre l'épisode sans lâcher leur smartphone.  

09 janvier 2026

Ça est étrange

 


Deux séries viennent de se terminer, qui ne manquent pas de points communs : la première saison de It - Welcome to Derry et la dernière saison de Stranger Things.


Commençons par le prequel de It, célèbre adaptation du roman de Stephen King qui a (très littéralement) traumatisé toute une génération avec son clown tueur. Welcome to Derry entend proposer une série d'anthologie, avec des saisons se situant à différentes époques avec différents protagonistes, et la première nous transporte dans les années 1960. On suit une petite bande de gamins encore moins bien lotis que le futur club des Losers, qui vont devoir affronter une résurgence de Ça, l'entité maléfique vivant sous leur ville (et qu'en bon fan de Lovecraft j'appellerai plutôt les Lumières Mortes, un nom qui lui sied). 

La série a des atouts à faire valoir : déjà, une esthétique travaillée, directement héritée des adaptations récentes du roman par Andy Muschietti, qui orchestre la série. Les effets sont impressionnants, le clown Pennywise terrifiant et les décors comme les costumes sont au poil. L'ambiance malsaine est également au rendez-vous, notamment à travers les différentes hallucinations induites par Ça, qui sont proprement terrifiantes, souvent originales et qui n'épargnent vraiment, mais alors vraiment pas les gosses. On a en outre une vraie volonté de s'inscrire dans l'univers de Stephen King, avec notamment la présence de Dick Hallorann, personnage récurrent qui intervient notamment dans The Shining.

Mais des points faibles sont aussi présents : l'intrigue principale avec les militaires est cousue de fil blanc et reprend un trope complètement dépassé aujourd'hui (un militaire veut faire de Ça une arme au service des États-Unis, paye ton idée de génie), tous les acteurs ne sont pas au cordeau (notamment chez les gamins) et, surtout, tout ça ressemble beaucoup à ce qui arrive dans le roman, vingt-sept ans plus tard. En outre, et c'est terriblement ironique, de nombreuses scènes font penser à Stranger Things, série qui s'inspire ouvertement des romans et adaptations de King, ce qui donne l'impression que l'original arrive après la copie. 

Rien de tout cela ne gâche la série, qui reste bien supérieure au deuxième volet du It de Muschietti, mais ça reste toutefois à réserver aux spectateurs avertis (parce que ça tranche). 


Et puisqu'on en parle, la dernière saison de Stranger Things est enfin sortie. Et il faut qu'on l'évoque, évidemment, parce qu'on est quand même sur un blog de geeks.

Déjà, on ne va pas se voiler la face : Stranger Things est une série qui a été conçue comme une pompe à fric, surfant sur la nostalgie des années 1980. C'est totalement assumé dès la saison 1, on est dans le fan service léché, travaillé, ciselé, mais le fan service tout de même. Cette dernière saison ne fait que confirmer ce statut : la série n'a pas grand-chose à dire, ce n'est pas une réflexion sur le mal et la corruption genre Les Soprano ou Breaking Bad, c'est une série pop-corn très bien réalisée. Ne lui en demandons pas plus. 

Chaque saison a ses qualités et ses défauts (en dehors de la première qui reste impressionnante aujourd'hui), mais à mesure que le temps a passé, on a pu se rendre compte du principal souci : les scénaristes ne veulent tuer personne. En clair, plus vous êtes dans la série depuis longtemps, moins vous avez de risques de mourir, ce qui génère deux problèmes :

  • d'une part, ça tue les enjeux : allez donc faire croire qu'un perso est en danger dans ces cas-là (c'est d'ailleurs pourquoi la scène dite « de Kate Bush » a autant marqué dans la saison 4 : pour la première fois depuis longtemps, un personnage principal semblait réellement en danger de mort) ;
  • d'autre part, ça fait qu'au fil des saisons s'accumulent des personnages dont on ne sait plus que faire. Ainsi dans cette saison 5, Mike, Joyce, Hopper, Lucas et pas mal d'autres ne font que bouffer du temps d'antenne qui nous empêche de profiter davantage de Steve, Dustin, Robin et Max, sans conteste les meilleurs personnages*.

En outre, la série souffre clairement de sa durée de tournage puisque les acteurs ont pris dix ans quand ils auraient dû ne vieillir que de cinq, ce qui perturbe profondément l'appréhension des scènes. J'ajoute que certains (notamment Millie Bobby Brown) semblent avoir perdu leur talent en route, ce qui est un peu triste mais surtout pas très bon pour le peu d'attachement qu'on avait encore pour leur personnage.

Parallèlement, les nouveaux venus, notamment enfants (en l'occurrence Holly et, dans une moindre mesure, Derek) brillent au contraire par leur jeu et leur importance dans l'intrigue. Comme quoi tuer quelques personnages dans les saisons précédentes aurait sans doute aidé à maintenir le niveau.

Tout ceci étant dit, au final, est-ce que la saison 5 est décevante ? Franchement non. Ça traîne un peu en longueur, c'est un peu bavard et il y a des facilités scénaristiques éculées, mais le final est cool, l'anticlimax bien fichu, et l'épilogue, quoiqu'un peu long, tout à fait satisfaisant, avec un vrai faux twist bien ficelé qui fait parler les fans sur les forums**. Le dernier épisode dure deux heures mais est un vrai plaisir, et il conclut très honorablement ce qui restera dans les mémoires comme une curiosité des années 2010. Maintenant il serait temps de passer à autre chose et de laisser les eighties à leur place, dans le passé***. 

* Et les meilleurs comédiens, en particulier Sadie Sink (Max) qui surfe à des kilomètres au-dessus de ses potes en termes d'acting.

** En gros, il y a un twist de type Inception, genre on ne sait pas si A ou B. Et franchement on s'en fiche, l'intérêt même de ce type de final est qu'il reste indécidable, chacun peut ainsi préférer croire ce que bon lui semble. Je note toutefois que l'épilogue porte également sur la notion d'histoire (comme le faisait celui de la série Game of Thrones), mais c'est ici totalement cohérent avec les thématiques de la série et l'hommage aux histoires des années 1980 (donc pas du tout comme la série Game of Thrones), donc moi ça me convient très bien.

*** Ce que ne comptent évidemment pas faire les showrunners, qui ont déjà annoncé un spin-off en animation supposé s'inspirer des dessins animés des années 1980 (et rien qu'à voir les premières images, ils ont tapé complètement à côté, vu que ça ressemble plus à Arcane qu'à G.I. Joe). 

01 décembre 2025

Trois déceptions et une bonne surprise

Il y a beaucoup de films que j'aimerais voir en ce moment alors que je n'ai pas beaucoup de temps, mais j'ai quand même réussi à glisser quelques séances...

 

 

Wicked - For Good, John M. Chu, 2025

J'avais beaucoup aimé le premier film Wicked, malgré quelques défauts, notamment sa durée. Choix a été fait d'adapter la comédie musicale culte en deux films, un par acte, ce qui me semblait hautement discutable, mais le fait est, John M. Chu a réussi à magnifier l'acte I et ses chansons emblématiques, qui sont nombreuses et merveilleuses. Problème : l'acte II de Wicked est notoirement moins enchanteur. L'histoire se resserre, l'ambiance est plus sombre et les chansons moins nombreuses et moins marquantes, en dehors de As Long As You're Mine (une ballade romantique que j'aime bien), No Good Deed (que j'adore) et For Good (qui conclut l'arc narratif entre Elphaba et Glinda). 

Ça se voit d'ailleurs rien qu'à la durée : ce deuxième film dure deux heures, quand le premier approchait des trois. Et c'est beaucoup trop. En plus, Chu semble avoir lâché l'affaire niveau réalisation : alors que le premier acte bénéficiait de belles idées (notamment sur Dancing Through Life), ici on est dans le champ-contre-champ serré sans intérêt. As Long As You're Mine est gâché par une mise en scène qui tape complètement à côté (les deux tourtereaux se tournent autour comme des biches effarouchées alors qu'ils devraient se sauter dessus sous le feu d'une passion torride), No Good Deed... ça va (encore heureux, mais c'est du coup le seul moment à peu près correct du film) et For Good est laborieux. Ajoutons une dernière partie qui empile plus de fins que Le Seigneur des anneaux, et beaucoup trop concentrée sur Glinda, et vous avez un deuxième film très indigeste, ce qui m'attriste fort. 

Restent les vocalises de Cynthia Erivo et Ariana Grande-Butera, objectivement impressionnantes, même si, par moment, elles en font peut-être un chouia trop. 

 

 

 

Arco, Ugo Bienvenu, 2025

Les fans d'animation et d’œuvres d'anticipation l'attendaient depuis un moment, et ont eu l'air plutôt satisfaits de l'arrivée de cet Arco, qui nous conte les aventures d'un voyageur temporel échoué d'un futur lointain et solarpunk (sur ce sujet, l'inévitable Bolchegeek a fait une excellente vidéo) dans un futur moins lointain et beaucoup plus crépusculaire. Il y rencontre Iris, une petite fille de son âge, et ensemble ils vont s'efforcer de le renvoyer dans son époque. 

Arco m'a laissé mitigé : d'une part je n'aime pas beaucoup les designs des humains dans le film, avec leurs mouvements lents et leurs expressions pesantes. Je n'aime pas non plus les voix, qui me rappellent celles de Mars Express. C'est de la création de voix, pas du doublage (puisque les voix sont enregistrées avant l'animation), et je les trouve beaucoup moins expressives qu'elles ne devraient (surtout les adultes, qui ont l'air morts à l'intérieur). Et je n'aime pas trop l'écriture des personnages, en particulier des enfants, qui ne réagissent pas comme des enfants mais comme des adultes imaginent que des enfants pourraient réagir. J'ajoute qu'en dehors, vaguement, d'Iris, les personnages ne sont pas très charismatiques. 

Mais il reste l'animation, qui rend hommage à Ghibli et à Mœbius (y a pire comme références), et surtout l'ambition de raconter une belle histoire pleine d'espoir sur le futur, ce qui est quand même très rare pour un film français. Bon moi je trouve que le pari n'est qu'à moitié réussi (le futur solarpunk dépeint, notamment, me semble épouvantable, soit qu'il l'est vraiment et que je n'ai pas compris l'intention du film, soit qu'il est juste écrit à la va-vite), mais si ça peut motiver des gens à faire mieux... 


Predator - Badlands, Dan Trachtenberg, 2025

Après avoir relancé la licence Predator avec Prey en 2022, Dan Trachtenberg signe un nouvel opus qui tente d'explorer de nouveaux horizons. Cette fois on suit un jeune Yautja (l'espèce des predators) obligé de fuir sa planète et son clan pour prouver sa force en chassant un pokémon légendaire sur Pandora.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce film qui se passe certainement dans le même univers que la série Alien Earth, et on devine une vive intention de les faire se croiser prochainement dans une tentative d'Alien vs. Predator, qui ne me fait pas exactement baver. Mais pour faire simple je me suis plutôt ennuyé. Les Yautjas sont beaucoup trop humanisés pour rester intéressants (rien que le fait qu'on les comprenne gâche beaucoup de leur potentiel) et la violence est largement édulcorée par l'absence de vrais humains. Notre « héros » n'affronte que des animaux qui l'agressent et des androïdes, autant dire qu'il n'y a aucun enjeu et qu'on s'en bat rapidement les reins de ce qui peut arriver, puisqu'on sait qu'il va s'en sortir. D'ailleurs la « terrible planète » sur laquelle il se retrouve semble régie par des lois physiques étranges, laissant le champ libre à la toute-puissance du Scénario qui protège le jeune Yautja des pires dangers (je pense à ces scènes où il fuit devant des limaces au crachat acide ou devant des plantes projetant des milliers de dards empoisonnés, sans subir le moindre dégât... y a des limites à la suspension consentie de l'incrédulité, et ce film les franchit largement).

 

The Sandman, 2022-2025

J'ai rattrapé mon retard sur la série adaptant la BD culte de Neil Gaiman, et qui en est à sa deuxième saison (la troisième sera vraisemblablement la dernière, si j'en crois mes souvenirs du comics). Pour rappel, cette œuvre conte les aventures de Dream, incarnation du rêve (et de l'imagination, dans une certaine mesure), et de ses déboires avec sa famille, les Éternels (Destiny, Desire, Death, Despair, Delirium et Destruction). La série ne s'embête pas à réinventer la roue et adapte de manière très fidèle le comics original, parfois au plan près, et c'est sans doute ce qu'il y avait de plus prudent à faire. 

Le résultat est lent et contemplatif, souvent poseur... comme l'est Dream dans la BD. Les acteurs sont très bons (on notera la présence charismatique de David Thewlis, Stephen Fry et Gwendoline Christie, parmi d'autres), avec en tête d'affiche Tom Sturridge, parfaitement casté en éternel ado boudeur (on pourrait à bon droit prétendre que la BD The Sandman a inventé l'esthétique emo), et l'intrigue est envoûtante pour peu qu'on entre dans le délire. Ceci dit, c'est certain, le rythme ne plaira pas à tout le monde...

 

26 septembre 2025

Séries aux dents longues



J'ai vu deux séries ces derniers temps, et ce furent deux très bonnes surprises, alors c'est parti !


La première, c'est Alien Earth, la série dérivée de l'univers Alien sur laquelle pas grand-monde ne misait un kopeck, moi le premier. Et pourtant, je dois dire que j'y ai plus que trouvé mon compte. Bien réalisée, truffée d'hommages au travail de Ridley Scott mais sans le côté un peu trop fan service dont souffrait Alien Romulus, Alien Earth vous ramène quelques années avant le voyage du Nostromo et voit se crasher sur Terre une cargaison contenant cinq espèces extraterrestres prédatrices, dont des œufs de xénomorphe. Là où on aurait pu s'attendre à un simple jeu de massacre, la série s'étend au contraire dans une intrigue cyberpunk avec guerre de mégacorporations, réflexions transhumanistes et plein de moments où on se croirait plus dans une série Blade Runner (le personnage de Timothy Olyphant est clairement une référence au Roy Batty du film de Scott). En outre le scénario est malin et esquive régulièrement certains clichés qui auraient pu le rendre insupportable.

La série a divisé, certains ont détesté, et j'admets qu'il y a un ou deux trucs à accepter pour vraiment rentrer dedans, mais après avoir trouvé le premier épisode très moyen j'ai été rapidement conquis. Et j'attends la saison 2, car cette première laisse beaucoup trop de choses en suspens.


La seconde, c'est le Dracula de 2020, conçu par Mark Gatiss et Steven Moffat. Le duo gagnant de Sherlock applique à l'œuvre de Bram Stoker à peu près le même procédé qu'à celle de Conan Doyle, et revisite l'intrigue en modifiant juste ce qu'il faut pour la moderniser. J'ai beaucoup, beaucoup aimé cette version, qui met en scène une opposition Dracula / Van Helsing magistrale, et propose pour les deux rôles une interprétation au cordeau. Claes Bang, acteur danois dont je n'avais jamais entendu parler, apporte au roi des vampires un je-ne-sais-quoi de charisme monstrueux, quelque part entre Christopher Lee et, un peu, je trouve, le Chris Sarandon de Fright Night. Un Dracula massif, envoûtant, mortellement dangereux mais aussi orgueilleux et arrogant. La série n'est pas exempte de moments un peu cracra (presque plus qu'Alien Earth en fait), mais elle mérite le visionnage, surtout qu'elle ne compte qu'une saison de trois épisodes (qui durent chacun une heure et demie, comme dans Sherlock).

 

Notez la présence dans les deux séries de Samuel Blenkin, aussi attachant 
dans Dracula qu'il est insupportable dans Alien Earth


 

02 juin 2025

Derniers films

 Que des bons films, ça change...


Sinners, Ryan Coogler, 2025

Ryan Coogler s'était fait remarquer avec Black Panther, un Marvel plutôt cool qui mettait notamment en avant tout un délire afrofuturiste, et Creed, une suite correcte à Rocky. Avec Sinners, on part sur autre chose, sans perdre l'angle afro-américain : les frères Smokestack (tous deux joués par Michael B. Jordan, devenu acteur fétiche de Coogler, qui ne démérite vraiment pas) reviennent dans leur Sud natal après avoir fait leurs armes de truands à Chicago. Objectif : se mettre au vert et faire fructifier leurs gains en ouvrant un beuglant clandestin, où ils comptent produire quelques gloires locales du blues. Tout se présente bien, mais le soir de l'ouverture, pas de bol, des vampires débarquent.

Je sais, ça fait très fort penser à From Dusk Till Dawn (Une nuit en enfer, Robert Rodriguez, 1996), mais en fait pas vraiment. Déjà, y a pas de twist : on sait dès le début qu'il va y avoir du fantastique, une bonne partie du film étant en fait un flash-back. Et surtout, on n'est pas dans la pochade régressive : Coogler a des choses à dire, et des prouesses à mettre en scène. Le film est ancré dans son époque (les années 1930 dans le Mississippi, vous voyez l'ambiance), ça sent la sueur, et surtout il y a la musique. Deux scènes, notamment, qui me hantent encore près d'un mois après leur visionnage : le concert de blues qui convoque les mânes des ancêtres africains, voire chinois, en un medley fiévreux et hallucinogène... et la danse irlandaise des vampires, qui m'a tellement donné envie de les rejoindre. Il y a beaucoup d'interprétations possibles pour ce film qui est beaucoup moins d'horreur que ce qu'on pourrait croire, mais ces deux scènes à elles seules méritent le prix du billet. 

 


The Keep (La Forteresse noire), Michael Mann, 1984

Je ne sais pas pourquoi, les cinémas parisiens repassaient ce vieux film de Michael Mann, devenu raisonnablement culte depuis sa sortie. Durant la Seconde Guerre mondiale, des soldats allemands sont chargés de sécuriser une forteresse planquée dans un recoin d'une vallée roumaine. Ils vont vite comprendre que ce bâtiment à l'architecture étrange est moins conçu pour empêcher des envahisseurs d'entrer que pour empêcher quelque chose de sortir...

Le film a vieilli, bien sûr, mais le concept et le propos restent intéressants. Curiosité, on y trouve un Ian McKellen déjà vieux (en fait il est maquillé, il rajeunit pendant le film) qui joue déjà un Juif menacé par les nazis, seize ans avant X-Men.

 


The Phoenician Scheme, Wes Anderson, 2025

Un nouveau Wes Anderson, ça fait toujours plaisir, mais ça fait aussi un peu peur : est-ce que ce sera celui de trop ? Le film trop wesandersonien qui va nous dégoûter de ses obsessions symétriques et de ses plans fixes ? Peut-être bien que The Phoenicien Scheme sera votre point de bascule. Perso je peux encore en supporter quelques-uns...

Oui, sinon, dans ce film, vous suivez Benicio del Toro, un homme d'affaires / escroc qui essaie de conclure un dernier gros coup, accompagné de sa fille nonne et d'un secrétaire particulier entomologiste. Ils croisent un casting qui ferait baver n'importe quel producteur d'Hollywood, dont Bill Murray en Dieu, Tom Hanks et Bryan Cranston en frères basketteurs (j'ai tellement envie de voir un film entièrement centré sur ce duo d'acteurs !) ou encore Benedict Cumberbatch en méchant barbu... Pour moi ça fait le café.


 

Paris Police 1900, 2021

Mon gros coup de cœur de ces derniers temps, c'est la série Paris Police, dont parlait fort opportunément Bolchegeek il y a quelques semaines. Une série qui nous transporte donc dans le Paris de 1899, en pleine révision du procès Dreyfus. La capitale est sous tension, le président Faure vient de calancher suite à une ponction séminale, et le nouveau gouvernement rappelle aux affaires le préfet de police Lépine (celui du concours, oui, une espèce de vieux shérif badass qui pète la classe). 

C'est bien documenté, très bien écrit (le scénariste Fabien Nury* s'est adjoint les services d'un certain Alain Ayroles** pour la saison 1, et d'un certain Xavier Dorison*** pour la saison 2, je suppose que s'il y a une troisième ce sera avec Alex Alice**** ou quelqu'un du genre...) et très bien joué (enfin, la plupart des acteurs, certains me convainquent moins mais on va pas râler). Seul problème, la deuxième saison se passe en 1905 et aimerait clairement parler de religion et d'homosexualité, ce qui semble difficile pour une série produite par Vincent Bolloré. Je rejoins l'analyse de Bolchegeek : on sent les réécritures et l'autocensure, ce qui est bien dommage. Mais je serai curieux de voir la saison 3. 

* Scénariste de BD géniales comme Il était une fois en France, WEST ou Je suis légion

** Scénariste de BD géniales comme De cape et de crocs, Garulfo ou Les Indes fourbes.  

*** Scénariste de BD géniales comme Le Troisième Testament, WEST ou Le Château des animaux.  

**** Scénariste de BD géniales comme Le Château des étoiles.  

 

23 avril 2025

Daredevil rené ?

 

La nouvelle série Daredevil est enfin terminée, parlons-en rapidement (ou pas).

Tout d'abord, un résumé des faits, parce que ce n'est pas simple. À l'origine, Daredevil est une série Netflix, qui faisait plus ou moins sa vie en parallèle du MCU. Elle avait un scope plus restreint (New York et plus particulièrement le quartier insalubre de Hell's Kitchen), un ton plus mature et une réalisation qui allait avec. C'était sombre, très violent, volontiers esthétisant (avec quelques longs plans-séquences de bagarre très cool) et ça parvenait à rendre sérieux les concepts parfois très perchés du comics original.

Puis Disney a racheté Marvel, et a voulu faire des séries pour traire la vache à lait produire du contenu pour sa nouvelle plateforme Disney +. Ça a donné un peu de bon (WandaVision, Loki), un peu de médiocre (Moon Knight, Echo) et beaucoup de catastrophique (She-Hulk, Ms. Marvel, Hawkeye...), mais jamais rien au niveau du Daredevil de Netflix. Les quelques tentatives de faire des clins d'œil à la série cornue n'ont d'ailleurs pas été incroyables : un caméo de Charlie Cox en Matt Murdock dans Spider-Man, une apparition épouvantable dans She-Hulk et un combat plutôt stylé dans Echo, mais sans vrai enjeu. Quant à Vincent D'Onofrio, on l'a vu jouer Wilson Fisk dans Hawkeye (et c'était à chier) et dans Echo (et c'était nul).

Wilson Fisk vs. Kate Bishop. Ça devrait finir avec de la
purée de Kate Bishop, mais non, les dieux du scénario sont avec elle.

Bref, quand Disney a déclaré, à la non-surprise générale, vouloir relancer une série Daredevil, le monde a retenu son souffle, vomi un peu dans sa bouche, et attendu de compter les injures à la série originelle. Mais !

Il se trouve que les derniers films du MCU se sont pas mal plantés au cinéma, non pas à cause de leur supposé wokisme, mais bien parce qu'ils étaient à chier debout (Quantumania, je pense à toi très fort). Le studio s'est donc dit qu'il fallait redresser la barre, car comme le disait Michael Eisner à l'époque où il présidait Disney, ce n'est pas notre boulot de faire des bons films, mais si on veut gagner de l'argent, de temps en temps, on est bien obligés (je paraphrase hein*). Du coup ils ont interrompu le tournage de la série, rappelé les anciens showrunners de l'époque Netflix, tout réécrit, fait des reshoots, et boum, voilà Daredevil Born Again. Alors, est-ce que le résultat valait cette looooongue intro ?

Esthétiquement, on est dans les clous, c'est pour ainsi dire une saison 4.

Meh. C'est franchement dans le haut du panier des séries du MCU faites pour Disney +. La réal est très honnête, certaines scènes sont très réussies (le duel contre Bullseye du premier épisode, notamment), il n'y a pas de concessions sur la violence graphique, les acteurs sont au top niveau, et l'insertion de Daredevil dans la diégèse du MCU passe plutôt bien. 

Mais le scénario est jonché de chausse-trappes dans lesquelles il tombe un peu trop souvent. L'arc du serial killer Muse est bâclé, certains concepts sont balayés trop vite, et surtout l'intrigue nous emmène dans les tréfonds de la politique populiste, de la corruption et des bavures policières. Autant vous dire qu'en ces temps troublés, il faut manipuler ces concepts avec finesse et être bien solide sur ses appuis, surtout quand dans la vraie vie, des flics tuent des innocents en exhibant fièrement le symbole du Punisher. Oui, Marvel a intérêt à se prononcer sur la question, et à se prononcer clairement. Je ne trouve pas que ce travail soit accompli. 

La série fait revenir Jon Bernthal en Frank Castle, sans grand génie
malgré la qualité de l'interprétation.

Certes la série est conçue comme un diptyque et tease une saison 2, il faudra donc attendre celle-ci pour se prononcer vraiment sur la qualité de l'ensemble. Mais elle part sur des prémisses bien bancals. On peut espérer que les showrunners, qui cette fois auront pu gérer le projet depuis le début, parviennent à retomber sur leurs pieds, mais personnellement je ne crois plus beaucoup au MCU, quelle que soit sa forme. Si on a beaucoup de chance, le prochain Fantastic 4 sera intéressant et correct, mais c'est mon dernier espoir vis-à-vis de cette franchise qui n'a plus rien à raconter. 

* La véritable citation est « We have no obligation to make art. We have no obligation to make history. We have no obligation to make a statement. But to make money, it is often important to make history, to make art, or to make some significant statement. We must always make entertaining movies, and, if we make entertaining movies, at times, we will reliably make history, art, a statement or all three. »

19 mars 2025

Les deux séries du moment

Si vous suivez les séries, il y a de quoi faire en ce moment, mais j'en ai vu deux récemment qui font beaucoup parler, donc parlons-en...

Bref.2

Bon, déjà, vous n'avez pas pu passer à côté tant tout l'Internet français a tourné en boucle autour de l'événement : Kyan Khojandi a shadowdroppé la saison 2 de Bref, dix ans après la conclusion de son petit programme court. La première saison était incontestablement incroyable sur le plan formel mais beaucoup plus critiquable (et fortement critiquée) sur le fond, et on sent qu'il a appris de ses erreurs.

Les critiques reprochaient en général à la saison 1 de faire un portrait très positif d'un personnage qui, de fait, prenait des décisions horribles et se révélait régulièrement être un vrai connard. Toute la série tournant autour de la projection du spectateur dans ce type « comme tout le monde », forcément, ça a fini par coincer. 

Il repart de cette base et adresse résolument le sujet, traçant cette fois une trajectoire de rédemption du personnage, assumant ses défauts et le montrant remonter la pente à travers les épreuves de la vie. Là encore la projection marche à fond, et là encore malgré quelques défauts sur le fond (un appart' beaucoup trop grand et un boulot beaucoup trop facile à trouver), la forme est impériale. La saison 2 a frappé au cœur les spectateurs et moi avec, en traitant magistralement certains sujets difficiles et en enchaînant les moments de bravoure en termes de réalisation. Qu'on ait aimé ou pas la première saison, c'est clairement un truc à voir.



Win or Lose (Gagné ou perdu)

L'autre événement du moment c'est la nouvelle série Pixar, Win or Lose, qui nous raconte la semaine précédant la grande finale d'une petite équipe de softball*. Chacun des huit épisodes relate la même période, vue à travers les yeux d'un personnage différent, avec à chaque fois un gimmick typiquement pixarien qui nous révèle les pensées profondes du héros du moment**. Et il s'en passe des choses dans ces petites têtes de préados...

Quoi qu'on en pense, Win or Lose est une série extrêmement ambitieuse. Au-delà des gimmicks visuels et de la contrainte de narration imposée par les huit récits simultanés (ce qui serait déjà beaucoup), elle se donne pour but d'explorer en profondeur les angoisses de ses personnages, ce qui donne des épisodes parfois très intenses, avec une montée en tension assez raccord avec ce que l'on sait de la santé mentale des jeunes de notre société. Chaque membre de l'équipe (et quelques proches) s'astreint à masquer ses  sentiments profonds, pour des raisons diverses, ce qui génère fatalement une pression terrible qui va finir par éclater lors de la fameuse finale, marquant la fin de chaque épisode sur une note généralement sombre. Et l'interconnexion des histoires nous rappelle au passage que personne n'est jamais seul avec ses angoisses, et qu'elles ont en outre de vraies conséquences sur nos proches. Mais que si on y travaille tous ensemble, on a un espoir de s'en sortir.

J'ai du mal à dire que Win or Lose est parfait, notamment parce que la série s'inscrit dans une culture vraiment, vraiment très américaine (le softball, les suburbs...) qui fait que j'ai régulièrement eu l'impression de passer à côté de certaines subtilités. En outre elle a traversé une petite crise durant sa production qui n'a pas dû aider***. Mais elle a le potentiel de devenir culte pour une génération, ça j'en suis sûr.

* Si vous l'ignorez, le softball est une version allégée du baseball, avec un terrain plus petit, un lancer différent et plusieurs différences absolument radicales si vous êtes américain, et totalement invisibles si vous êtes normal. Le cliché habituel veut que le softball soit un « baseball pour les filles ». Je n'y souscris évidemment pas.

** Laurie voit son angoisse apparaître sous forme d'un blob plus ou moins gros (en mode Elliot au collège), Yuwen dévoile un monde intérieur qui semble conçu par Michel Gondry, Kai s'envole ou s'enterre dans le sol en fonction de son humeur... pour le dire vite on a l'impression que les créatifs de chez Pixar ont mis dans la série toutes les idées dont ils n'ont pas réussi à faire un film.

*** Pour le dire plus clairement, un des personnages était prévu pour être transgenre, et l'équipe créative a dû reculer par peur des réactions parentales. Dommage car la série aurait été la parfaite opportunité pour que Disney se lance enfin un peu concrètement dans la représentation des LGBTQ+. Dommage au carré puisque l'arc modifié du personnage se conclut par une scène de réconciliation qui était sans doute prévue pour la première version, et qui semble du coup désormais un peu disproportionnée.

26 février 2025

Pont inférieur


Je n'ai pas grandi en regardant Star Trek, mais depuis que je vis avec Bij j'ai appris à connaître cet univers de SF. Et depuis quelque temps on s'est laissé porter par une des dernières séries de la franchise, Lower Decks.

L'originalité de Lower Decks, c'est d'abord évidemment qu'il s'agit d'une série d'animation, dans un style assez proche de, disons, Gravity Falls, pour autant que je puisse en juger. C'est une série humoristique, volontiers parodique, mais qui reste canonique dans l'univers ST, se déroulant quelques années après les événements de Deep Space Nine (un épisode se déroule d'ailleurs sur la fameuse station éponyme). 

La seconde originalité, c'est de nous proposer de suivre une équipe de seconds rôles, de sous-officiers, bref d'occupants du pont inférieur (lower deck) de l'USS Cerritos, un vaisseau de Starfleet chargé non pas des premiers mais bien des seconds contacts, c'est-à-dire la partie administrative, compta, tout ce qui vous permet de vraiment entamer le processus d'adhésion à la Fédération. Mission essentielle mais nettement moins exaltante que de repousser les limites de l'univers connu « à la Kirk ». Nous y suivons de fiers représentants de Starfleet, avec la tête brûlée, le besogneux stressé, l'ingénieur cyborg, la scientifique optimiste, auxquels s'ajoutera une Vulcaine rebelle (ce qui revient à dire qu'une fois, elle a remis en question un ordre stupide).

Et comme d'habitude avec Star Trek, ça fait du bien de suivre une humanité qui a surmonté ses problèmes pour en embrasser d'autres, finalement plus existentiels, comme éviter de déclencher une guerre plutôt que de la gagner, se prendre le bec parce qu'on veut prouver sa valeur plutôt qu'exprimer sa jalousie mesquine, et assumer son amitié plutôt que de se braquer sur toutes les différences culturelles. Parfois je me dis que les enfants préfèrent Star Wars, mais les adultes préfèrent Star Trek, et j'ai hâte que le monde devienne adulte.

29 janvier 2024

Echo

 

J'avais décidé d'arrêter les séries du MCU. Secret Invasion, c'était trop, y a mieux à faire dans la vie, m'étais-je dit. Même le début de Loki saison 2 n'a pas réussi à me faire revenir. Mais bon, la chair est faible, j'ai entendu dire du bien d'Echo, qu'il y avait quelque chose, que c'était pas si mal. Surtout pour une suite de Hawkeye.

Je ne connais pas du tout le personnage d'Echo dans les comics, mais j'étais ouvert. Un personnage sombre, sourde et muette à jambe de bois, d'origine native américaine... ouais, allez, je veux bien. D'ailleurs le premier épisode est plutôt classe, avec un caméo de Daredevil particulièrement bien fichu, très très loin (heureusement) de ce qu'on avait vu dans cette purge de She Hulk, une scène de baston rude, en plan-séquence (qui rappelle évidemment beaucoup celle de la série Daredevil de Netflix, mais bon, on va pas se plaindre). Dommage, à partir de là ça ne fait que descendre.

En fait Echo me rappelle un peu Moon Knight : ça commence pas mal, mais ça ne sait vite plus où aller, alors ça va insérer des twists au chausse-pied, ça va accumuler les couches de scénario inutiles (pourquoi les pouvoirs amérindiens ? Juste une athlète handicapée, c'était déjà pas mal, pas la peine d'ajouter de la magie tribale !), ça va introduire des personnages pour ne rien en faire (Bonnie, mon Dieu, Bonnie ! on se dit que ça va être un personnage de femme forte, et c'est tellement une demoiselle en détresse sans aucune substance au final !), bref c'est mal branlé. 

Je reste fan de l'interprétation de Vincent D'Onofrio en Kingpin,
même si à moment donné il faudra quand même penser à le montrer
dur et inflexible, plutôt que sensible et papa gâteau.
 

Par ailleurs, si Alaqua Cox est irréprochable, on ne peut pas dire que son personnage parvienne à se rendre sympathique au fil de la série. Elle est badass, ok, mais c'est quand même surtout une criminelle qui n'a pas vraiment d'arc rédempteur. C'est pas parce qu'on veut tuer le grand méchant qu'on n'est pas un grand méchant soi-même. 

Bref c'est pas nullissime (She Hulk et Secret Invasion ayant largement redéfini le terme), ça redonnerait même un vague espoir d'avoir une série Daredevil potable, mais ça reste globalement sans intérêt. Touchez pas à ça les enfants.

10 janvier 2024

Poe pourri

 

Pendant les vacances j'ai découvert un peu par hasard la mini-série The Fall of the House of Usher, qui comme son nom l'indique à moitié est une adaptation de La Chute de la maison Usher, d'Edgar Allan Poe. Mais pas seulement...

Si vous vous intéressez un peu à la littérature américaine, vous avez forcément entendu parler d'Edgar Poe, auteur du XIXe siècle qui a peu ou prou inventé la littérature moderne. Poe, c'est le mec qui a inventé le roman policier (son personnage de Dupin dans Double meurtre dans la rue Morgue est un proto-Sherlock Holmes), la science-fiction, le fantastique, c'était un poète macabre des plus élégant (notez que la traduction française de son œuvre a été assurée par un certain Charles Baudelaire, qui n'a pas peu contribué à sa célébrité chez nous) qui a influencé toute la création romantique, jusqu'à Tim Burton... 


Et donc les créateurs de cette série TV se sont dit que, plutôt que de choisir parmi cette œuvre foisonnante, autant tout adapter à la fois. Ainsi The Fall... narre la mort des différents enfants de Roderick Usher. Ce n'est pas du spoil, on le sait de suite, et on comprend que chaque épisode nous montrera comment l'un de ces trous du cul (oui, les Usher ne sont pas très recommandables) est décédé dans des circonstances rappelant fortement divers ouvrages de Poe (Le Masque de la mort rouge, Le Puits et le Pendule, Le Cœur révélateur...). 

 

Roderick Usher, le patriarche, joué par Bruce Greenwood, le Sam Neill du pauvre. 
Non, ce n'est pas très gentil car il est très bon, en plus il s'est fait
un joli cosplay de Vincent Price, ce qui semble approprié.

C'est franchement très inventif et assez captivant (quoique sombre et un peu gore par moment), le casting est excellent et les amateurs de littérature pourront s'amuser à chercher les dizaines de références cachées un peu partout. Une excellente surprise qui m'a sans doute un peu plombé le moral pendant quelques jours, mais ça valait le coup.

31 mai 2023

Tribute to Bolchegeek

 

J'en ai déjà souvent parlé mais comme on vient de m'offrir son livre, je me fends d'un petit post sur Benjamin Patinaud, alias Bolchegeek, sans doute le youtubeur pop-culture le plus intéressant du moment (en tout cas en attendant que Karim Debbache revienne aux affaires, ce qui va peut-être arriver puisqu'il quitte l'équipe du JdG pour des « projets persos »).

Comme son pseudo l'indique, Bolchegeek analyse les produits de la pop-culture avec un certain angle politique, et c'est à la fois très fouillé et très intéressant. Son nouveau livre, Le Syndrome Magneto (aux éditions du Diable Vauvert, elles aussi assez anglées politiquement), porte sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : les méchants. Et notamment cette étonnante manie qu'ils ont à vouloir bousculer le statu quo, faisant des gentils des agents de la réaction. C'est très intéressant, et je suis en train de le dévorer goulûment. En attendant je vous conseille toute sa chaîne, et aussi les émissions qu'il écrit et réalise pour le site de L'Humanité, tout aussi riches et passionnantes.

Bolchegeek arborant son livre en proférant son fameux cri : « Mais ils ont pris
de la drogue les développeurs ?
 »
Ah, la la, qu'est-ce qu'on rigole !


12 mai 2023

Brome et baryum

 

J'ai fini Breaking Bad. Vous me direz, il était temps, la série s'est achevée en 2013 (dix ans déjà !). J'avais vu les deux premières saisons à l'époque, j'avais beaucoup aimé mais j'étais passé à autre chose. Je ne m'y suis remis que tout récemment, à l'occasion des vidéos de Guillaume Cassar sur le sujet. C'était quand même sacrément bien !

Bon, j'enfonce des portes ouvertes, Breaking Bad est considérée comme une des plus grandes séries de l'histoire de la télévision, elle a quasiment détrôné The Wire dans le top des « meilleures séries » citées par les experts du sujet, il y avait peu de chances que je n'apprécie pas. Cette histoire d'un prof de chimie minable qui se transforme en baron de la drogue peut être analysée à travers plein de grilles de lecture (personnellement j'aime à y voir la pression sociale du patriarcat qui pousse Walter White à assurer à tout prix la prospérité de sa famille, mais on peut trouver plein d'autres interprétations sociologiques, tout aussi justes). 

Les épisodes regorgent de moments cultes, de répliques cultes, d'images cultes, et certaines scènes resteront gravées dans ma tête pour toujours.

Tous les acteurs/rices de la série sont géniaux, hein.

Et bien sûr, la cerise sur le gâteau, Bryan Cranston. Il ne faisait aucun doute pour les fans de Malcolm in the Middle qui connaissent un peu le métier que ce mec était un acteur de génie, mais la manière dont il le redémontre dans Breaking Bad est juste folle. Le type est toujours hyper juste, même dans l'excès, c'est dingue.

Bref, si vous n'avez pas vu Breaking Bad, essayez de planifier ça dans votre vie.

25 janvier 2023

Andor : la veille

Et quand Bij vous dit à 23h20 « on peut regarder un autre épisode », j'aime
autant vous dire que c'est que ça lui plaît.

Il y a deux semaines, j'avais invité un vieux camarade pour regarder quelques épisodes d'Andor, la nouvelle série Star Wars, histoire de voir ce que ça valait. Je pensais le virer vers 22h, au final on a scotché jusqu'à minuit. Quand il est parti, c'était avec la promesse solennelle qu'il reviendrait le week-end suivant pour finir la saison 1 (sans quoi on le ferait sans lui).

Andor, c'est exactement ce qu'on espérait quand on a appris que Disney rachetait la licence de George Lucas. Une série qui creuse l'univers étendu, de manière sérieuse et réaliste, mais surtout de manière intéressante, en éclairant des pans méconnus, avec de vrais personnages bien écrits incarnés par des acteurs et actrices impliqués. 

Tous les comédiens sont bons, mais Diego Luna tient
particulièrement bien sa tête d'affiche.

Développant le personnage de Cassian Andor, qui apparaissait dans Rogue One (dont chacun admet de plus en plus qu'il s'agit du meilleur Star Wars depuis L'Empire contre-attaque), la série montre comment naît une Résistance, quels degrés divers de la société s'y retrouvent impliqués (des bourgeois qui dirigent et financent dans l'ombre aux petites mains aussi dévouées que sacrifiables, en passant par les masses laborieuses) et quelles mesures sont capables de prendre les oppresseurs pour contrer ces rebelles. Les morceaux de bravoure s'enchaînent, et l'écriture n'est pas sans rappeler certains bons moments de Game of Thrones, le cul et le gore en moins (ce qui est au final plutôt appréciable).

Un excellent moment, et sans conteste une des meilleures séries sorties chez Disney depuis longtemps.

11 janvier 2023

Mercredi des Cendres

 


On a bingé les huit épisodes de Wednesday en un week-end. Est-ce que ça veut dire que c'est bien ? Non, ça veut dire qu'on a aimé.

Jenna Ortega est excellente,
et porte en grande partie la série sur ses épaules.

Wednesday est une fanfiction. Ni plus, ni moins. Une fanfiction produite avec de gros moyens, mettant en scène de bons acteurs dans de beaux décors, mais c'est très clairement une œuvre écrite par des gens qui adorent le personnage de Mercredi Addams, beaucoup plus que la cohérence du récit. Ce qui tombe bien, car moi aussi j'adore le personnage de Mercredi Addams. Christina Ricci (qui l'incarnait dans les films de Barry Sonnenfeld) fut un de mes gros crushs d'adolescence, alors une série mettant en scène la jeune gothique enquêtant sur des crimes mystérieux dans un lycée paranormal, moi, j'achète. Mais rien qu'en lisant la description, vous avez compris pourquoi j'appelle ça une fanfiction.

Autant Ortega est parfaite en Mercredi, autant
Catherine Zeta-Jones et Luis Guzmán, malgré tout leur talent,
ne vous feront pas oublier le physique extraterrestre d'Angelica Huston
et l'abattage exceptionnel de Raúl Juliá.


Ceci dit, au-delà du pitch, le vrai aspect fanfic c'est l'indulgence complètement absurde de tous les personnages envers l'attitude de Mercredi. Dans la vraie vie, ou dans un scénario plus porté vers la cohérence, cette fille se serait fait virer quinze fois, serait détestée (et pour de plutôt bonnes raisons) de tous ses camarades et, en toute logique, aurait été déférée au tribunal pour mineurs depuis longtemps. La seule raison expliquant que tout le monde lui pardonne sa sociopathie, c'est l'amour que lui vouent les scénaristes. Comme je le disais, moi ça me convient parfaitement, parce que je l'aime aussi. Mais soyez prévenus, ce n'est pas pour tout le monde. 

Pour ce qui est de l'implication de Tim Burton, elle se ressent à peine.
La série serait indigne du Burton des années 1990, mais elle est franchement bien au-dessus
du Burton des années 2010, donc je suppose qu'on peut s'estimer heureux.