26 février 2016

La refrome de l'ortograffe


Plusieurs amis m’ont demandé mon avis sur cette « réforme de l’orthographe » qui défraie la chronique. Pour une fois je me sens un peu légitime, vu que l’orthographe, c’est une bonne part de mon métier (je suis secrétaire de rédaction, et par là même correcteur). Et vous serez peut-être surpris d’apprendre que je suis assez mitigé. Pas forcément vis-à-vis de l’opération elle-même, mais plutôt vis-à-vis de ce qu’elle veut dire, et de ce qu’elle déclenche. 

D’une part, rétablissons un fait que je pense établi : au sein de toutes les langues de tous les groupements humains un peu conséquents se crée une scission, un écart entre le parler vulgaire de la plèbe et la langue châtiée des élites. C’est une chose facilement observable chez tous les peuples ayant inventé l’écriture, et pouvant se targuer du nom pompeux de « civilisation ». Pourtant, si en parcourant un livre d'histoire on découvrait quelque civilisation qui avait institutionnalisé ce phénomène à travers un texte de loi, on la considèrerait vraisemblablement comme une tyrannie particulièrement puissante. Un pouvoir qui aurait officiellement créé une « langue des riches » et une « langue des pauvres ». La capacité de la République française moderne à faire passer ce genre d’abomination sociale sans soulever un sourcil d'intellectuel ne cessera jamais de m’étonner. 

Par ailleurs, cela, ce n’est rien. On s’en fout, et l’immense majorité des manieurs de fourches et de torches improvisées qui s’agitent sur le net en conspuant la réforme n'ont pas écrit « nénuphar » deux fois dans leur vie. Ils agissent par réaction primaire, selon la vieille loi du « j’en ai chié à apprendre toutes ces règles à la con, y a pas de raisons que les jeunes y-z-en chie pas aussi ! » 

La réforme de l’orthographe n’est qu’un feu de paille qui focalise la colère des gens et donne un os à ronger aux foules qui estiment que « le niveau baisse » (ce dont Socrate se plaignait déjà à Platon). Le niveau baisse-t-il ? Oui, sans doute, mais pas parce qu’on réforme l’orthographe (réforme qui date d'il y a vingt ans en fait, je m’en souviens, ça faisait déjà râler, puis tout le monde a oublié). L’orthographe est mouvante, la langue évolue, et « réformer » sa version écrite n’y change rien, ou à la marge. Les mots servent à penser, et pour ça l'important n'est pas qu'ils soient écrits, mais qu'ils existent. Il serait grave de supprimer des mots (on le fait aussi, mais personne ne s'en plaint car peu s'en rendent compte), mais modifier leur orthographe n’en change pas l’esprit. Une rose, même écrite rôze, garde le même parfum. 

Non, le niveau baisse parce qu’on est en train, depuis trente ans, de flinguer l’Éducation nationale. Cette institution avait déjà de lourdes tares, prédites et démontrées mille fois de Condorcet à Bourdieu. Mais ce qui se passe actuellement est largement pire, et si les gens tiennent à tout prix à brandir fourches et torches, je les encourage à s’intéresser plutôt à ce morceau-là. 

Parce que personne ne le fera pour eux : les pouvoirs publics, ceux dont le travail devrait être de la défendre, sont précisément ceux qui sont en train de l’achever. Le but est clair, quasi officiel et ne doit faire aucun doute : l’Éducation nationale ne doit plus être efficace pour pouvoir être revendue à bas prix. Les think tanks les plus libéraux (OCDE, Ifrap…) le professent depuis des années, le « marché de l’éducation » représente une manne inexploitée, il doit passer dans le privé pour rapporter de l’argent, plus d’argent. 

L’État est partant, pas de problème, ça fait longtemps que les dernières résistances sont tombées, depuis que le PS n’est plus de gauche en fait (donc… 1983, quand même !). 

Mais le peuple ? Ce ramassis bizarrement obsédé par le futur de leurs gamins, qui a souffert sous la férule du maître mais qui s’y est rétroactivement attaché, parce que dans ses souvenirs l’école c’était le bon temps, le temps d’avant le travail, les impôts et le chômage…? Ce peuple ne veut pas qu’on brade l’Éducation nationale
Alors l’État lui administre poison sur poison, lui pourrit la vie, pour qu’elle ne fasse plus le peu de bon boulot qu’elle arrivait à fournir. Et ça marche ! Aujourd’hui, tout le monde convient que l’Éducation nationale est au fond du trou. Plus personne ne souhaite devenir professeur. « Le plus beau métier du monde » est devenu un sacerdoce absurde dont aucun esprit sensé ne veut. Ils ont réussi. Dans pas longtemps, ils vont privatiser l’Éducation nationale, sous les applaudissements du Parlement. 

Oh, ça gueulera un peu, bien sûr. 
Mais moins que pour « nénufar », croyez-moi !

24 février 2016

Tribute to... Umberto Eco

Je l'ai croisé une fois, dans les rues de Paris. Juste croisé, par hasard.
Non, ça n'a aucune importance, mais bon, c'est vrai.

Je n’ai pas lu grand-chose d’Umberto Eco : quelques extraits de Comment voyager avec un saumon (qu’il faudra bien que je parcoure en entier un jour) et Le Nom de la rose. Ce n’est qu’en y repensant ce week-end, en apprenant son décès entre deux parts de cake bisontin, que j’ai réalisé à quel point ce dernier ouvrage m’avait marqué. 

Le Nom de la rose est un roman. C’est une sorte de polar qui prend place dans une abbaye du XIVe siècle. Un duo de moines franciscains arrive pour enquêter sur la mort d’un des bénédictins qui tient le lieu. Je me souviens avoir parcouru l’ouvrage avec appétit. D’une part parce que l’intrigue tient en haleine, et d’autre part parce que j’avais vraiment l’impression que l’auteur qui me racontait cette histoire était plus intelligent que moi, mais essayait de me tirer vers le haut. 

Alors oui, c'est aussi un excellent film de Jean-Jacques Annaud, que je vous conseille vivement
si la lecture vous rebute. Mais le roman est évidemment beaucoup plus puissant,
puisqu'il traite les thématiques bien plus en profondeur.


Le livre est pétri d’érudition, il parle de religion, de société, de philosophie, de science, d’histoire, et il en parle de manière approfondie, savante, mais sans jamais essayer de vous perdre. Je ne dis pas qu’il est facile à lire : il y a des pages entières en latin que j’ai évidemment sautées… mais elles ne m’ont pas découragé, et leur éviction n’a pas gâché ma lecture. 
Arrivé à la fin du bouquin, j’avais la sensation magique d’être plus grand, plus cultivé, peut-être même plus intelligent. La sensation d’avoir un peu progressé dans ma vie d’être humain. 

Ils ne sont pas si nombreux, les auteurs qui m’ont fait ressentir ça. Comme ça, je citerais Alan Moore, avec son From Hell qui trace un portrait complet et exhaustif de la société anglaise du XIXe siècle à partir d’un simple fait divers. Terry Pratchett, sans doute. Et je n’en vois pas d’autres. 
Eco, tout comme Moore, c’est un auteur qui ne vous prend pas pour un acheteur de livre, mais pour un lecteur. 

Au revoir, monsieur Eco. Vous n’êtes pas encore mort pour moi, car je compte bien vous relire un jour.

22 février 2016

Back from Besac

Ce week-end, comme beaucoup d'autres, j'étais à Besançon, où j'ai pu mesurer l'ampleur de l'abnégation professionnelle de la presse quotidienne régionale.



Par contre je n'ai pas dessiné, donc voilà.

17 février 2016

Le frelon suisse




On a beaucoup rigolé samedi dernier en regardant des vidéos de hornuss sur YouTube (car il est toujours légitime de se moquer des sports, quels qu'ils soient), pourtant, après réflexion, la discipline n'est pas plus conne qu'une autre.Certes les mecs balançant leurs planches à pizzas surprennent un peu, mais on a vu pire (fans de curling, je pense à vous).

Et en fait une autre anecdote datant de lundi soir me donne envie de parler de sport, je continuerai donc peut-être vendredi...

15 février 2016

Cauchemar en rédac

Après une mûre réflexion, je retire ce post. J'ai pas mal dessiné sur le sujet ce week-end, mais le résultat ne me satisfait pas encore, et je ne suis pas sûr que publier des horreurs, fût-ce sur une expérience détestée, soit la bonne solution. 

Je vous présente mes excuses, en particulier à ceux qui attendaient une nouvelle série sympa à se mettre sous la dent. J'aimerais bien relancer une série, genre L'Appart' (mais j'ai plus ou moins tout dit), ou 1 semaine en 9 cases, ou Ex Nihilo Neil... mais chaque fois j'ai peur que mon emploi du temps me rattrape. 

Bon, bref, désolé, je vais continuer à réfléchir à tout ça. Et j'essaie de vous proposer un truc sympa bientôt.

08 février 2016

Le chemin de l'exil

Il y a quelque temps, j'avais eu envie de me mettre à un hack & slash, type de jeu bourrin en apparence mais aux subtilités étonnantes une fois qu'on est rentré dedans.
Mes choix se partageaient entre les deux H&S phares du marché : Diablo III et Path of Exile.




Bon, un rapide benchmark exhaustif m'a fait pencher pour Path of Exile, free-to-play réputé pour sa complexité technique.

Mon premier personnage fut un Inigo Montoya un duelliste, personnage subtil à cheval entre force et dextérité. 


My name is Inigo Montoya. You killed my father. Prepare to reroll!

J'ai joué à peu près 20 minutes, puis j'ai arrêté devant la douleur ayant prise mon poignet droit (le jeu sollicite pas mal la souris).
Et j'avais un peu oublié le jeu, jusqu'à ce qu'un confrère choriste m'en fasse l'article de nouveau. J'ai donc recommencé, optant cette fois pour un personnage légèrement plus orienté action : le gros bourrin de sa mère maraudeur.


Je l'ai baptisé "La Science".

Et depuis j'avance bien. Le jeu est assez jouissif, même si on frôle facilement la tendinite à cliquer comme un bourrin sur tout ce qui bouge. Tout est affaire de loot pléthorique, de craft subtil et de builds complexes... bref, un mélange de Don't Starve (pour la gestion d'un inventaire réduit) et de The Secret World (pour la finesse de la mécanique des builds), deux jeux que j'adore.

05 février 2016

Angoulême 2016, encore...


Puisqu'on parle BD, je vous signale que Victor & Clint, le premier album de mon amie Marion Duclos, était nommé pour le prix Jeunesse du festival d'Angoulême. Ce qui n'est quand même pas mal !

Bon, ok, elle ne l'a pas eu, le Fauve ayant finalement échu à Benjamin Renner pour son Grand Méchant Renard. Benjamin Renner, c'est quand même le mec qui a réalisé le film Ernest et Célestine, donc échouer face à lui, c'est pas non plus la honte...

En outre, Marion a reçu le prix Freddy Lombard du meilleur Premier album lors du festival BD'Art, qui certes prend place à Rive-de-Gier (dans la Loire), mais présente la particularité de ne pas comporter le mot "bulle" dans son intitulé, ce qui le place automatiquement dans le haut du panier des festivals de bande dessinée français.

En bref, Victor & Clint, c'est super cool, ça reçoit un accueil critique enthousiaste et c'est bien mérité. Offrez-le donc à vos progénitures, plutôt que des figurines Disney Infinity à la con !

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Sinon, pour revenir rapidement sur le grand vainqueur de cette année, juste un petit mot concernant le podium de fin, qui frisait le ridicule. Mettre face à face Alan Moore (un des plus grands scénaristes de l'histoire, tous arts narratifs confondus, connu par ailleurs pour ne jamais quitter sa ville natale de Northampton et donc peu susceptible de venir présider un festival charentais), Hermann (légende franco-belge, auteur notamment de Jeremiah) et Claire Wendling (excellente artiste mais ayant réalisé une série et participé à quelques collectifs dans toute sa carrière), ça sentait quand même le vieux fromage.


C'est un peu comme si le festival de Cannes voulait remettre un grand prix récompensant l'ensemble d'une carrière et hésitait entre Orson Welles, Quentin Tarantino et François Descraques. On fait semblant d'ouvrir le débat, mais à l'arrivée on sait très bien qui l'aura, l'un n'ayant qu'un début de carrière et l'autre étant mort. 
Donc, sans surprise, c'est Hermann qui est Grand Prix 2016. C'est un homme, il est blanc, il est belge, dormez en paix, tout va bien.

03 février 2016

Angoulême 2016 : BD, réveils et pancakes






Vu que je suis resté quatre jours à Angoulême, j’ai réussi à faire quasiment toutes les expos (y compris quelques-unes du off, dont je ne parlerai pas mais qui étaient très cools).
 
Expo Morris
Morris, c’est le créateur de Lucky Luke, un grand de la BD franco-belge bien connu du grand public qui connaissait les honneurs d’une exposition au Musée de la BD. Une expo simple, mais plutôt cool, qui mettait l’accent sur les spécificités du graphisme de l’auteur, notamment sa gestion originale des couleurs. Et puis dans le fond, y avait un écran qui passait des extraits des films, notamment La Ballade des Dalton, et j’adore cette chanson !


Expo Last Man
La série Last Man connaît un succès mérité : en gros, Bastien Vivès et ses potes se sont dit que c’était pas parce qu’ils étaient pas japonais qu’ils ne pouvaient pas faire un shonen, et le résultat est diablement efficace. Là encore, expo simple mais de qualité avec un Aldana grandeur nature magnifique, des designs magnifiques (ben, c'est du Vivès aussi !), des faux documentaires sur l’équipe en mode téléréalité et une zone carrément dans le noir, où on éclaire les éléments exposés à la lampe-torche.


Expo Jean-Christophe Menu
Quand on cite les auteurs publiés par L’Association, on commence en général par Sfar et Trondheim, on continue gentiment avec Satrapi, Sattouf ou Blutch, et on oublie le fondateur et l’un des plus jusqu’au-boutiste de la bande : J.-C. Menu. J’ai déjà vu le gaillard en conférence, c’est un furieux, un vrai, un pur, un qui aime l’écriture sous contrainte et exècre les compromis. Au point de se couper d’une immense partie du public avec ses positions radicales sur l'art séquentiel. L’exposition est à sa hauteur : forte, dérangeante et, au final, un peu triste.

Expo Interduck
Drôle de dispositif au Musée d’Angoulême : au 1er étage, une salle a été remplie de parodies de peintures classiques (de Dürer à Kandinsky, en passant par Léonard de Vinci ou Van Gogh) dont les protagonistes ont été remplacés par des canards à la Carl Barks… mais ce n’est qu’une partie de l’exposition. Les autres salles du musée ont été truffées de petits éléments canardesques, des fragments de poteries grecques, des peintures rupestres, des masques canaques, des sculptures égyptiennes… ça devrait être ridicule, et au final c’est plutôt cool. L’expo reste quelques mois, si vous passez par Angoulême allez y faire un tour.


Expo Shapereader
Étrange exposition fondée sur un concept sans doute génial mais incompréhensible pour moi : faire appréhender la bande dessinée aux non-voyants. Pour ce faire, les créateurs ont développé tout un « alphabet » en relief évoquant des sentiments, des sensations, des concepts (haine, tendresse, fleur…) et leur juxtaposition (avec du Braille pour les textes) permettent de reconstituer dans l’esprit les sensations esthétiques de la BD… intéressant, mais je ne suis franchement pas convaincu.


Expo Hugo Pratt
On ne présente plus l’auteur de Corto Maltese, chef-d’œuvre incomparable du neuvième art. L’expo était très belle, et très bondée. J’en retiens surtout cette incroyable citation d’Umberto Eco : « Quand je veux me détendre, je lis un essai d'Engels. Mais quand je veux m’engager, je lis Corto Maltese. »


Expo Mutants
Le musée du Papier accueillait une expo tout entière consacrée aux Mutants, album de Pauline Aubry qui évoque l’adolescence (rien à voir avec les X-Men !). L’adolescence de son auteure (née au début des années 1980), et l’adolescence en général, et ça semble très très bon. Je le lirai, à l’occasion…


Expo Otomo
Le président d’honneur de cette année, c’était Katsuhiro Otomo, créateur du mythique Akira qui a chamboulé la vision du manga et de l’animation de ma génération dans les années 1990. Cette expo était composée de 42 (42 ? Oui, 42 ; rien à voir) hommages d’auteurs plus ou moins français à Otomo, certains magnifiques (aaah, la fille à poil de Ledroit, aucun lien avec Akira mais elle est bien à poil), certains plus conventionnels (beaucoup de Kaneda à moto), tous déférents envers l’œuvre originale.