Ex nihilo Neil

04 décembre 2017

Ex nihilo Neil 6.15

Tant que j'y suis, avant la planche, une petite question : imaginons (c'est une hypothèse, hein) que j'édite une version physique d'Ex nihilo Neil. On approche des 44 pages, donc ça pourrait s'imaginer. Un truc à compte d'auteur, hein. Combien d'entre vous seraient intéressés par l'acheter (à prix coûtant : frais d'impression et d'envoi) ?
Répondez en commentaire (je pose aussi la question sur Facebook), c'est pour avoir une idée...


01 décembre 2017

Ecriture inclusive et politique

On me demande parfois mon avis sur l'écriture inclusive. Étant correcteur de profession (secrétaire de rédaction plus précisément, mais ça inclut la correction de textes), je suis peut-être légitime à m'exprimer sur la question.

L'arme des féminazies pour détruire les fondements de la société. Tremblez !


Alors, expédions le problème : l'écriture inclusive, je trouve ça très bien. Globalement, dans mon boulot, je m'échine à féminiser les titres (ingénieure, auteure, directrice générale...). J'admets que je préfère la parenthèse au point médian. Il se trouve que mon objectif, en tant que secrétaire de rédaction, est de rendre la lecture fluide. Or le point médian fait buter l'œil tous les trois mots, du coup il est contre-productif (du reste mes clients ont leur propre charte typo, et n'accepteraient pas un point médian en plein milieu de leurs articles). C'est temporaire, si la sauce prend, d'ici deux ans ça ne choquera plus personne, et son usage sera couramment admis, quoi qu'on en dise.

Mais justement, le but de l'écriture inclusive, ce n'est pas de changer la langue, c'est d'attirer l'œil sur un problème plus large, de soulever le débat sur la place des femmes dans la société. Un débat qui va nettement plus loin que les histoires de masculin/féminin (car les englobant en grande partie).  
D'où la question : pourquoi avons-nous droit à un tel bordel, avec des ministres (des ministres en exercice, hein ! du même gouvernement, du même parti !) qui s'envoient des Scuds les uns aux autres sur le sujet à la tribune du Parlement. D'autant qu'en focalisant sur son simple aspect syntaxique, le gouvernement fait passer ce combat pour du pinaillage et l'enterre sous des débats plus ou moins stériles (la « destruction de la langue française » et autres fadaises).

Alors de trois choses l'une :

- ou bien ils en sont conscients, et le but est d'enterrer la question, ce qui en dirait long sur le pouvoir du sexisme (et le sexisme du pouvoir) en France ;
- ou bien ils n'ont pas saisi cette portée, et on peut légitimement se poser des questions sur l'intelligence de nos dirigeants et de leurs conseillers parce que franchement, c'est pas compliqué de comprendre que les féministes ne font pas ça juste pour faire chier l'Académie française ;
- soit nous avons affaire à une petite crise de sarkozyte, et on réemploie la bonne vieille méthode : « occuper le débat public avec des conneries qui énervent tout le monde pour masquer les saloperies qu'on fait en coulisse, genre démantibulation du code du travail et autres joyeusetés ».

J'hésite encore...

29 novembre 2017

L'Antarctique, c'est chic

La semaine dernière, j'ai joué à Conarium, un titre qui certes se prête aux jeux de mot subtils, mais qui fait surtout référence au « conarion », autre nom de la glande pinéale, un bout de cerveau qui fut un temps considéré comme le siège de l'âme (et qui ressemble un peu à une pomme de pin, d'où son nom).

Je vous ai dit que c'était en vue à la première personne ? Ben c'est en vue à la première personne.


En gros, Conarium est un walking simulator lovecraftien. Au début on pense qu'on va avoir peur, mais en fait c'est surtout une balade narrative vaguement angoissante, avec quelques énigmes pas bien méchantes (ou parfois juste incompréhensibles, mais bon, « si vous n'avez pas la solution, Internet l'a »), dans des ruines sous la surface de l'Antarctique. Et si vous connaissez un peu l'univers de Lovecraft, vous savez ce qu'on trouve sous la surface antarctique. 

Tadaaaaa !!! Les Elder Things, toujours dans les bons coups.


Alors d'accord, vous allez me dire : « Ça fait pas peur, ça surprend pas puisque ça parle de trucs que tous les fans connaissent (et ce sont sans doute surtout des fans de Lovecraft qui joueront à ce jeu), c'est quoi l'intérêt ? »
Eh bien c'est tout con, mais ce jeu est magnifique ! La direction artistique est somptueuse. Lovecraft a souvent inspiré les designers, mais la petite équipe turque de Zoetrope s'est déchaînée et nous offre une des visions les plus inspirées que j'aie jamais vue, en particulier pour tout ce qui concerne l'architecture des Elder Things (les « Choses Très Anciennes » dans la langue de Gilles Roussel). 
On retrouve là brillamment illustré un leitmotiv des textes de HPL : l'effet sidérant de l'ampleur de l'architecture cyclopéenne, des sculptures difformes, des caractères cryptiques relatant sans doute d'anciennes et hideuses prophéties (ou la recette de la Bouillabaisse Très Ancienne, hein, en fait on n'en sait rien)... c'est beau, peut-être un poil long ('paraît qu'il se finit en quatre heures, perso j'en ai mis sept, mais bon...) et sincère dans son objectif (et je ne pense pas me tromper en imaginant que les développeurs ont déjà joué à The Secret World). 

Après, c'est quand même à réserver aux fans de Howard Phillips. Mais si vous voulez découvrir cette ambiance mi-effrayante, mi-merveilleuse, c'est un bon point d'entrée.


J'ai pas de race alors je remets une vieille image que tout le monde a oubliée.

24 novembre 2017

Neil a vu... Justice League

Je vois beaucoup de critiques très négatives sur le dernier film de Zack Snyder, et franchement, je pensais m'y associer, tant la bande-annonce laissait pressentir un nouveau Man of Steel/Batman v. Superman/Suicide Squad...et puis j'ai vu le film, et je suis bien obligé d'admettre que j'ai plutôt apprécié.

– Merde, ils sont six, comment je fais pour la symétrie sur l'affiche ?
– Ben mets le black derrière !
– Ah ben oui, chuis con.


Alors, attention hein, c'est pas un chef-d'œuvre, en aucun cas. Mais ça va. Depuis Wonder Woman, il semble que le DCU (DC Cinematic Universe) ait enfin trouvé ce qui lui manquait le plus : un ton. Alors c'est pas parfait, c'est clair que le film a copié sur son voisin le Marvel Universe (la présence de Joss Whedon à la coréalisation y est sans doute pour beaucoup), mais ça marche à peu près.
Déjà, ils ont arrêté de vouloir traiter de grandes questions philosophico-religio-bullshit (la destinée, l'eugénisme, la liberté, Superman est-il le Christ rédempteur...) : clairement ils n'ont ni le talent ni l'intelligence pour ça (une étude un peu approfondie des idées défendues dans Man of Steel classerait rapidement le film dans la case « réflexions cryptofascistes d'ado rebelle philosophant dans sa chambre en écoutant du Tokio Hotel »).


Franchement, c'était si dur de trouver un acteur barbichu et de lui coller une armure sur le dos ?
Ce serait Kalibak, je dis pas, mais Steppenwolf, les mecs !


 
Du coup ils reviennent à ce qu'ils n'auraient probablement pas dû quitter : le divertissement.
Avec un Batman qui fait la gueule, une Wonder Woman qui a la classe, un Flash qui fait des blagues, un Cyborg qui est noir (c'est son boulot, il le fait bien) et un Aquaman qui a des pectoraux qu'on dirait une pub Charal. Ça me va. C'est bon. N'en faites pas plus.
Le méchant c'est Steppenwolf, un sous-fifre de Darkseid dont tout le monde se fout. Ça me va (c'est un peu con de l'avoir fait en synthèse alors que c'est un des seuls généraux d'Apokolips qui a un physique humain, mais bon). Tant que vous ne montrez pas Darkseid, au moins, vous ne le gâchez pas.

Alors oui, y a plein de problèmes dans le film, le scénario sera sûrement crucifié par L'Odieux Connard, mais globalement je trouve que ça passe. Les designs sont assez classes (même si la photographie est toujours aussi sombre), la musique cool (retour du thème de Batman de Danny Elfman, putain que c'est bon !), le rythme soutenu (on comprend à peu près les enjeux des personnages).

Après, reste un fait difficile à dénier : les adaptations animées du DCU sont quasi systématiquement meilleures que les films live. La série animée Superman des années 1990 était déjà meilleure que les films live. Regardez la vidéo ci-dessous, c'est l'introduction de Steppenwolf dans la série (juste le début de la vidéo, hein).





Osez me dire qu'elle est moins impressionnante que celle du film de Snyder ! Une mise en scène élégante, iconique, sans combat contre une armée numérique, juste en l'introduisant avec quelques mots bien choisis. Avec un Darkseid qui déchire, sans bouger, juste par la stature, et des designs à la Jack Kirby. Ça, c'est un hommage. 

Bref, le film n'a rien de génial, mais il évite de péter plus haut que son cul, de se prendre pour une géniale réflexion philosophique sur l'humanité et la Bible, il montre les super héros qu'on aime se tataner avec des méchants. Ok, c'est un scénario un peu enfantin, mais je préfère ça à une scénario adolescent débile.

22 novembre 2017

Dedans

La semaine dernière, j'ai profité de l'absence de ma timorée colocatrice pour jouer à Inside (techniquement, le jeu s'appelle INSIDE, mais comme tous les correcteurs, j'ai horreur des capitales, alors j'écrirai Inside, tant pis). 



Inside est un jeu de Playdead, studio danois auquel on devait déjà le ténébreux Limbo (dont j'avais parlé ici). Et on ne peut pas dire qu'il renie son héritage. Une fois de plus vous prenez les commandes d'un jeune garçon qui va devoir fuir un monde hostile. Le gameplay est pour ainsi dire strictement identique : vous pouvez marcher, sauter (pas haut) et pousser/tirer/actionner des objets. 

Le jeu est plus facile que Limbo (ou alors je m'améliore) : je l'ai fini en trois heures (une de plus pour débloquer la fin cachée avec une soluce à côté). Est-il pour autant moins marquant ? Rien n'est moins sûr.


Ambiance joyeuse et chamarrée.

L'ambiance d'Inside est sombre. Glauque. Dérangeante. Là où Limbo avait l'excuse vaguement rassurante de nous mettre dans la peau d'un enfant errant dans les limbes (qui au moins ne sont pas le vrai monde), Inside nous place dans une dystopie crade, on est poursuivi par des agents mystérieux qui n'hésitent pas à lâcher les chiens sur nous, on croise des humains zombifiés (les créatures les plus rassurantes du jeu), des... trucs dans l'eau dont je ne veux plus jamais parler, et on court, on court dans une fuite en avant éperdue, dans tous les sens du terme. 
Par moment Inside est un Canabalt, on court, on saute, on court. Par moment c'est un Portal : on résout des énigmes pour échapper à son sort. Et tout le temps, Inside est Inside, un jeu à part, sans couleur, sans espoir, sans joie. La lumière au bout du tunnel n'est ni le paradis, ni la ligne B qui arrive à contresens, c'est juste le repos de la mort définitive, enfin, la paix. 




Non, en vrai il y a plein de théories sur la signification de la fin d'Inside, je ne sais pas laquelle est la meilleure, je vous encourage à vous faire votre propre opinion.