15 décembre 2017

L'ombre du Mordor

J'aime les cétacés. Bien sûr. Tout le monde aime les cétacés.

Vous savez ? Les baleines, les dauphins, les cachalots... cette branche des mammifères qui s'est dit il y a 60 millions d'années que « la terre c'est cool, mais franchement on était pas mieux sous la flotte ? »

Et bien sûr, parmi les cétacés les plus classes du monde, il y a l'orque/épaulard/baleine tueuse (Orcinus orca), une des plus efficaces machines à tuer de la Création. Toute de majesté et de noir et blanc (et si vous suivez mon blog, vous savez que j'aime bien le noir et blanc). Un symbole taoïste à lui seul, une vision à la fois sublime et infernale, l'élégance de la mort qui nage.

Il est cependant possible que mon visionnage du film Orca quand j'étais gamin
ait influencé ma vision de cet animal...

Mais connaissez-vous la fausse orque
Il s'agit d'un cétacé beaucoup moins connu, baptisé ainsi car on peut le confondre, de loin, avec sa cousine (oui, « orque » c'est féminin, on l'oublie souvent). Pseudorca crassidens est plus petite, ne possède pas les magnifique zones blanches sur sa peau, ni l'immense nageoire dorsale d'Orcinus orca
Et, accessoirement, il me terrifie depuis que je suis tout petit.

Bonjour. Je chasse en bande organisée et, dans tes cauchemars,
j'attends que tu te baignes pour t'arracher la jambe !


Autant l'orque classique me fascine (et m'effraie aussi quand même un peu) par sa beauté froide de tueur sublime, autant la fausse orque me semble taillée pour le carnage, la boucherie. Il est noir comme les abysses, la forme de sa tête rappelle vaguement celle d'un xénomorphe et son sourire laisse deviner une envie de vous arracher la tête comme ça, pour le plaisir. Je déteste cette bestiole. Il est heureux qu'elle soit peu connue.


En revanche, il paraît qu'elle s'apprivoise assez facilement. Ça fait longtemps que
je n'ai pas fréquenté un delphinarium (c'est pas interdit, ces machins ?)
mais je n'en ai jamais vu dans aucun zoo ni aquarium.



Du coup je partage, hein, de rien.

Mais en faisant mes recherches (car je suis un blogueur sérieux) pour ce post, j'ai (re)découvert l'existence d'une autre saloperie : l'orque pygmée ! Une version miniature (2,5 m de long à peu près), assez moche (on dirait une larve d'orque classique) et, pour ne rien gâter, très agressive en captivité. 


Apparemment ça chasse le dauphin. Et techniquement, ce n'est pas de la famille des orques
(c'est plus un cousin du globicéphale, un dauphin tout mignon).


Mais quel sous-famille de merde !



En plus ils essaient de tuer Dumbledore !

13 décembre 2017

Petite réflexion sur la musique et les films

J'ai lu et entendu pas mal de critiques de Coco, la grande majorité très positives, mais il y a un détail qui revient souvent et que je trouve intéressant : les chansons de Coco sont interprétés par les protagonistes comme de vraies chansons qui ont vraiment lieu dans l'action. Elles sont, comme on dit, intradiégétiques, elles font partie de l'univers du film, les personnages sont conscients qu'ils chantent. Par opposition à une chanson extradiégétique, par exemple dans Toy Story ou dans Tarzan, et surtout par opposition aux comédies musicales, dans lesquelles les personnages se mettent à chanter sans aucune raison apparente, et sans qu'il soit clair s'ils en sont conscients ou non.


Allez voir Coco. Juste un conseil, comme ça.


J'aimerais revenir sur ce point, qui me semble important pour bien comprendre le cinéma dans son ensemble. Je connais beaucoup de gens qui détestent les comédies musicales par principe, parce qu'elles leur semblent absurdes. Comment se fait-il que des personnages a priori normaux, vivant une scène de la vie quotidienne, se mettent soudainement à pousser la chansonnette, rapidement rejoints par tous les passants, un orchestre qui flânait par là et des danseurs improvisant les plus folles chorégraphies ? Et comment se fait-il qu'une fois le numéro fini, personne dans le film ne s'interroge sur ce mystérieux phénomène ? C'est absurde, ça n'a aucun sens, ces films ne sont pas réalistes.

Alors, premièrement, aucun film n'est réaliste. C'est un point très important qu'il faut bien se mettre dans la tête : Bruce Willis qui balance des vannes alors qu'il pisse le sang avec deux balles dans l'épaule, c'est rigolo, c'est cool, c'est éventuellement touchant, mais ce n'est pas réaliste. Pas plus que l'infirmière de Charles Foster Kane qui entend les dernières paroles à peine murmurées de son riche patron qui meurt à dix mètres d'elle derrière une porte. Ni bien sûr que Julie Andrews courant dans la montagne autrichienne en chantant le son de la musique dans les collines vivantes. Le réalisme, c'est dans la vraie vie. L'art narratif, qu'il soit théâtre, cinéma, bande dessinée, roman, jeu vidéo... n'est pas réaliste, parce qu'il n'a pas à l'être : il est là pour raconter et faire ressentir, et pour ce faire peut et doit faire appel à tous les artifices à sa disposition.

En  haut : film réaliste, car le héros ne chante pas, il se contente de tuer des dizaines de terroristes
pieds nus en faisant des blagues.
En bas, film absurde et irréaliste, puisque les personnages chantent sous la pluie.

En l'occurrence, au cinéma ces artifices sont nombreux : le montage (que je place personnellement comme aspect majeur du septième art, puisqu'il lui est a priori exclusif), mais aussi la lumière (héritée du théâtre), le cadrage (qu'il partage avec la BD et la photographie), la musique (partagée avec... ben la musique, c'est un art en soi).
Utiliser la musique pour faire ressentir ou raconter, c'est donc une méthode parfaitement valide au cinéma. 

C'est là qu'intervient la comédie musicale (dont le nom est trompeur, puisqu'elle n'est pas forcément comique) : si les chansons peuvent faire passer des émotions, parfois même mieux qu'un monologue, alors pourquoi ne pas les utiliser dans certaines scènes ? Pourquoi ne pas tout simplement transformer certaines scènes en clips ? 
Et ça marche merveilleusement bien. Je comprends qu'on ait du mal à y rentrer, mais une fois ses préjugés laissés de côté, quel plaisir de plonger dans le délicieusement daté The Sound of Music, dans le ridicule un peu honteux de Mama Mia!, dans le délire génial de Reefer Madness ou Little Shop of Horror, dans la mise en abîme réjouissante de Once More With Feelings, dans la subversion entraînante de Hairspray, et bien sûr dans l'optimisme débordant et contagieux de Singin' in the Rain, que j'ai eu le plaisir ineffable de voir au Grand Palais la semaine dernière, que j'en ai encore les oreilles qui jouissent.


Bref, je ne trouve pas qu'il y ait lieu de mépriser les comédies musicales comme on le fait en ce moment, sur le ton : « oui, ça chante dans Coco, mais c'est pas une comédie musicale, hein, vous inquiétez pas, c'est juste que les personnages sont des musiciens ! »
Coco fait un usage fabuleux de la musique (je répète : Remember Me, Oscar ou je me coupe un truc !), sans être une comédie musicale, soit. Mais ça ne veut pas dire que la comédie musicale soit un genre à fuir, loin, très loin de là !

08 décembre 2017

Où vas-tu Johnny ?

Johnny Halliday est mort, et on va en entendre parler pendant toutes les fêtes de fin d'année. Et encore, on a du bol, sous Sarkozy on aurait eu droit à un journée de deuil national, avec la parade et les gonzesses...

Vous savez quoi ? J'aimais bien Johnny. J'ai grandi avec ses chansons. Mon père était un énorme fan de Johnny. Il avait une sorte de fantasme du cowboy, mon père. A une époque, il a même eu des chevaux (le voisinage s'en souvient encore, ça n'a pas duré longtemps, ces saloperies s'évadaient en permanence et le paternel en a vite eu marre de leur courir après à travers la campagne lot-et-garonnaise). 
Mon père adorait Johnny, c'était son idole. Je pense (psychanalyste à la manque) qu'il rêvait d'Amérique, mon père, qu'il se voyait tenant un ranch, ferrant lui-même ses bêtes. Il aimait D'où viens-tu Johnny ?, un film de 1963 où le chanteur interprétait un jeune truand redécouvrant la vie dans les steppes de Camargue. Un western camarguais, oui, ça existe, c'est même de là que vient la chanson Pour moi la vie va commencer.
Ironiquement, c'est la dernière chanson que j'ai chantée avec mon père, quelques semaines avant sa disparition, devant une émission de télé suggérant de se remémorer des paroles.



Un jour mon père est allé voir Johnny en concert. C'était un grand moment. Un autre jour, pour son anniversaire, je lui ai offert Destroy, l'autobiographie du chanteur... Je savais que Johnny y évoquait ses années de perdition, la drogue, la vie délirante, les arnaques des producteurs... Je ne suis pas sûr que ce cadeau partait d'un bon sentiment, je crois que je voulais juste détruire le mythe, briser une idole trop présente dans sa vie à mon goût... mais au final, je pense avoir fait plus de bien que de mal. Il a pris du recul sur sa fascination, et ça a laissé la place pour d'autres choses. 

Aujourd'hui Johnny est mort. J'ai cru pendant des années que je serais triste quand ce jour viendrait, parce que je penserais à mon père et à sa passion. Finalement, je n'y arrive pas. Je me dis qu'il va pouvoir le rencontrer pour de vrai, enfin, et qu'ils auront sûrement beaucoup à apprendre l'un de l'autre. 

Quant à moi, en ce moment je lis des textes de Terry Pratchett, j'écoute en boucle la bande originale de Coco, et je me dis qu'il est bien loin, le temps où Johnny constituait mon horizon artistique. 

Bye-bye Johnny, et si ton cheval casse un fer sur les routes pavées du Paradis, je connais un bon forgeron.

06 décembre 2017

Neil a vu... Coco (no spoil)

J'avais pris grand soin de ne pas trop me gâcher à l'avance le dernier Pixar, même si je sais que le studio de Lasseter a tendance à toujours garder un as dans sa manche et à ne pas tout révéler dans ses bandes-annonces.



Mais j'étais inquiet. Déjà parce que la thématique « Día de los Muertos » (la Fête des morts mexicaine), elle a déjà été exploitée dans une des plus fabuleuses œuvres sur le sujet : Grim Fandango. Donc va falloir s'accrocher si vous voulez m'impressionner avec le même type d'univers.

Ensuite parce que le peu que j'en avais vu me semblait quand même un peu mièvre. Mais c'est comme ça avec tous les Pixar. Chaque fois je me dis « ça y est, c'est celui de trop, ils ont capoté, c'est fini, ils vont sombrer dans le mielleux et le ridicule, comme Disney en son temps... »
Et à chaque fois ils me retournent. Et ça n'a pas raté avec Coco, qui parle de bien des choses mais notamment de l'abandon, des souvenirs, de la famille et de la mort. Et comme à chaque fois que Pixar évoque la mort, j'ai pleuré à la fin.

Le film est en outre beau à en crever, et sa bande originale est tout simplement parfaite : elle est parfaitement intégrée à l'histoire, chaque chanson a un sens (voire plusieurs) dans son contexte, et si Remember Me ne reçoit pas l'Oscar de la meilleure chanson, je me coupe un organe (je sais pas encore lequel, sûrement un poil). 

Donc allez voir Coco, plus j'y repense plus je me dis que c'est encore mieux que ce que je pense... 

04 décembre 2017

Ex nihilo Neil 6.15

Tant que j'y suis, avant la planche, une petite question : imaginons (c'est une hypothèse, hein) que j'édite une version physique d'Ex nihilo Neil. On approche des 44 pages, donc ça pourrait s'imaginer. Un truc à compte d'auteur, hein. Combien d'entre vous seraient intéressés par l'acheter (à prix coûtant : frais d'impression et d'envoi) ?
Répondez en commentaire (je pose aussi la question sur Facebook), c'est pour avoir une idée...


01 décembre 2017

Ecriture inclusive et politique

On me demande parfois mon avis sur l'écriture inclusive. Étant correcteur de profession (secrétaire de rédaction plus précisément, mais ça inclut la correction de textes), je suis peut-être légitime à m'exprimer sur la question.

L'arme des féminazies pour détruire les fondements de la société. Tremblez !


Alors, expédions le problème : l'écriture inclusive, je trouve ça très bien. Globalement, dans mon boulot, je m'échine à féminiser les titres (ingénieure, auteure, directrice générale...). J'admets que je préfère la parenthèse au point médian. Il se trouve que mon objectif, en tant que secrétaire de rédaction, est de rendre la lecture fluide. Or le point médian fait buter l'œil tous les trois mots, du coup il est contre-productif (du reste mes clients ont leur propre charte typo, et n'accepteraient pas un point médian en plein milieu de leurs articles). C'est temporaire, si la sauce prend, d'ici deux ans ça ne choquera plus personne, et son usage sera couramment admis, quoi qu'on en dise.

Mais justement, le but de l'écriture inclusive, ce n'est pas de changer la langue, c'est d'attirer l'œil sur un problème plus large, de soulever le débat sur la place des femmes dans la société. Un débat qui va nettement plus loin que les histoires de masculin/féminin (car les englobant en grande partie).  
D'où la question : pourquoi avons-nous droit à un tel bordel, avec des ministres (des ministres en exercice, hein ! du même gouvernement, du même parti !) qui s'envoient des Scuds les uns aux autres sur le sujet à la tribune du Parlement. D'autant qu'en focalisant sur son simple aspect syntaxique, le gouvernement fait passer ce combat pour du pinaillage et l'enterre sous des débats plus ou moins stériles (la « destruction de la langue française » et autres fadaises).

Alors de trois choses l'une :

- ou bien ils en sont conscients, et le but est d'enterrer la question, ce qui en dirait long sur le pouvoir du sexisme (et le sexisme du pouvoir) en France ;
- ou bien ils n'ont pas saisi cette portée, et on peut légitimement se poser des questions sur l'intelligence de nos dirigeants et de leurs conseillers parce que franchement, c'est pas compliqué de comprendre que les féministes ne font pas ça juste pour faire chier l'Académie française ;
- soit nous avons affaire à une petite crise de sarkozyte, et on réemploie la bonne vieille méthode : « occuper le débat public avec des conneries qui énervent tout le monde pour masquer les saloperies qu'on fait en coulisse, genre démantibulation du code du travail et autres joyeusetés ».

J'hésite encore...

29 novembre 2017

L'Antarctique, c'est chic

La semaine dernière, j'ai joué à Conarium, un titre qui certes se prête aux jeux de mot subtils, mais qui fait surtout référence au « conarion », autre nom de la glande pinéale, un bout de cerveau qui fut un temps considéré comme le siège de l'âme (et qui ressemble un peu à une pomme de pin, d'où son nom).

Je vous ai dit que c'était en vue à la première personne ? Ben c'est en vue à la première personne.


En gros, Conarium est un walking simulator lovecraftien. Au début on pense qu'on va avoir peur, mais en fait c'est surtout une balade narrative vaguement angoissante, avec quelques énigmes pas bien méchantes (ou parfois juste incompréhensibles, mais bon, « si vous n'avez pas la solution, Internet l'a »), dans des ruines sous la surface de l'Antarctique. Et si vous connaissez un peu l'univers de Lovecraft, vous savez ce qu'on trouve sous la surface antarctique. 

Tadaaaaa !!! Les Elder Things, toujours dans les bons coups.


Alors d'accord, vous allez me dire : « Ça fait pas peur, ça surprend pas puisque ça parle de trucs que tous les fans connaissent (et ce sont sans doute surtout des fans de Lovecraft qui joueront à ce jeu), c'est quoi l'intérêt ? »
Eh bien c'est tout con, mais ce jeu est magnifique ! La direction artistique est somptueuse. Lovecraft a souvent inspiré les designers, mais la petite équipe turque de Zoetrope s'est déchaînée et nous offre une des visions les plus inspirées que j'aie jamais vue, en particulier pour tout ce qui concerne l'architecture des Elder Things (les « Choses Très Anciennes » dans la langue de Gilles Roussel). 
On retrouve là brillamment illustré un leitmotiv des textes de HPL : l'effet sidérant de l'ampleur de l'architecture cyclopéenne, des sculptures difformes, des caractères cryptiques relatant sans doute d'anciennes et hideuses prophéties (ou la recette de la Bouillabaisse Très Ancienne, hein, en fait on n'en sait rien)... c'est beau, peut-être un poil long ('paraît qu'il se finit en quatre heures, perso j'en ai mis sept, mais bon...) et sincère dans son objectif (et je ne pense pas me tromper en imaginant que les développeurs ont déjà joué à The Secret World). 

Après, c'est quand même à réserver aux fans de Howard Phillips. Mais si vous voulez découvrir cette ambiance mi-effrayante, mi-merveilleuse, c'est un bon point d'entrée.


J'ai pas de race alors je remets une vieille image que tout le monde a oubliée.

24 novembre 2017

Neil a vu... Justice League

Je vois beaucoup de critiques très négatives sur le dernier film de Zack Snyder, et franchement, je pensais m'y associer, tant la bande-annonce laissait pressentir un nouveau Man of Steel/Batman v. Superman/Suicide Squad...et puis j'ai vu le film, et je suis bien obligé d'admettre que j'ai plutôt apprécié.

– Merde, ils sont six, comment je fais pour la symétrie sur l'affiche ?
– Ben mets le black derrière !
– Ah ben oui, chuis con.


Alors, attention hein, c'est pas un chef-d'œuvre, en aucun cas. Mais ça va. Depuis Wonder Woman, il semble que le DCU (DC Cinematic Universe) ait enfin trouvé ce qui lui manquait le plus : un ton. Alors c'est pas parfait, c'est clair que le film a copié sur son voisin le Marvel Universe (la présence de Joss Whedon à la coréalisation y est sans doute pour beaucoup), mais ça marche à peu près.
Déjà, ils ont arrêté de vouloir traiter de grandes questions philosophico-religio-bullshit (la destinée, l'eugénisme, la liberté, Superman est-il le Christ rédempteur...) : clairement ils n'ont ni le talent ni l'intelligence pour ça (une étude un peu approfondie des idées défendues dans Man of Steel classerait rapidement le film dans la case « réflexions cryptofascistes d'ado rebelle philosophant dans sa chambre en écoutant du Tokio Hotel »).


Franchement, c'était si dur de trouver un acteur barbichu et de lui coller une armure sur le dos ?
Ce serait Kalibak, je dis pas, mais Steppenwolf, les mecs !


 
Du coup ils reviennent à ce qu'ils n'auraient probablement pas dû quitter : le divertissement.
Avec un Batman qui fait la gueule, une Wonder Woman qui a la classe, un Flash qui fait des blagues, un Cyborg qui est noir (c'est son boulot, il le fait bien) et un Aquaman qui a des pectoraux qu'on dirait une pub Charal. Ça me va. C'est bon. N'en faites pas plus.
Le méchant c'est Steppenwolf, un sous-fifre de Darkseid dont tout le monde se fout. Ça me va (c'est un peu con de l'avoir fait en synthèse alors que c'est un des seuls généraux d'Apokolips qui a un physique humain, mais bon). Tant que vous ne montrez pas Darkseid, au moins, vous ne le gâchez pas.

Alors oui, y a plein de problèmes dans le film, le scénario sera sûrement crucifié par L'Odieux Connard, mais globalement je trouve que ça passe. Les designs sont assez classes (même si la photographie est toujours aussi sombre), la musique cool (retour du thème de Batman de Danny Elfman, putain que c'est bon !), le rythme soutenu (on comprend à peu près les enjeux des personnages).

Après, reste un fait difficile à dénier : les adaptations animées du DCU sont quasi systématiquement meilleures que les films live. La série animée Superman des années 1990 était déjà meilleure que les films live. Regardez la vidéo ci-dessous, c'est l'introduction de Steppenwolf dans la série (juste le début de la vidéo, hein).





Osez me dire qu'elle est moins impressionnante que celle du film de Snyder ! Une mise en scène élégante, iconique, sans combat contre une armée numérique, juste en l'introduisant avec quelques mots bien choisis. Avec un Darkseid qui déchire, sans bouger, juste par la stature, et des designs à la Jack Kirby. Ça, c'est un hommage. 

Bref, le film n'a rien de génial, mais il évite de péter plus haut que son cul, de se prendre pour une géniale réflexion philosophique sur l'humanité et la Bible, il montre les super héros qu'on aime se tataner avec des méchants. Ok, c'est un scénario un peu enfantin, mais je préfère ça à une scénario adolescent débile.

22 novembre 2017

Dedans

La semaine dernière, j'ai profité de l'absence de ma timorée colocatrice pour jouer à Inside (techniquement, le jeu s'appelle INSIDE, mais comme tous les correcteurs, j'ai horreur des capitales, alors j'écrirai Inside, tant pis). 



Inside est un jeu de Playdead, studio danois auquel on devait déjà le ténébreux Limbo (dont j'avais parlé ici). Et on ne peut pas dire qu'il renie son héritage. Une fois de plus vous prenez les commandes d'un jeune garçon qui va devoir fuir un monde hostile. Le gameplay est pour ainsi dire strictement identique : vous pouvez marcher, sauter (pas haut) et pousser/tirer/actionner des objets. 

Le jeu est plus facile que Limbo (ou alors je m'améliore) : je l'ai fini en trois heures (une de plus pour débloquer la fin cachée avec une soluce à côté). Est-il pour autant moins marquant ? Rien n'est moins sûr.


Ambiance joyeuse et chamarrée.

L'ambiance d'Inside est sombre. Glauque. Dérangeante. Là où Limbo avait l'excuse vaguement rassurante de nous mettre dans la peau d'un enfant errant dans les limbes (qui au moins ne sont pas le vrai monde), Inside nous place dans une dystopie crade, on est poursuivi par des agents mystérieux qui n'hésitent pas à lâcher les chiens sur nous, on croise des humains zombifiés (les créatures les plus rassurantes du jeu), des... trucs dans l'eau dont je ne veux plus jamais parler, et on court, on court dans une fuite en avant éperdue, dans tous les sens du terme. 
Par moment Inside est un Canabalt, on court, on saute, on court. Par moment c'est un Portal : on résout des énigmes pour échapper à son sort. Et tout le temps, Inside est Inside, un jeu à part, sans couleur, sans espoir, sans joie. La lumière au bout du tunnel n'est ni le paradis, ni la ligne B qui arrive à contresens, c'est juste le repos de la mort définitive, enfin, la paix. 




Non, en vrai il y a plein de théories sur la signification de la fin d'Inside, je ne sais pas laquelle est la meilleure, je vous encourage à vous faire votre propre opinion.

17 novembre 2017

Dernières lectures...


Et on conclut en beauté...




J'ai déjà évoqué mon amour pour Freaks' Squeele, et vaguement évoqué son spin-off Funérailles. Pas assez, sans doute. 
Funérailles est donc une série dérivée de l'excellent Freaks' Squeele du non moins excellent Florent Maudoux. Elle peut se lire de manière totalement indépendante, ce qui est bien pratique, et est peut-être même en passe de détrôner sa grande sœur dans mon cœur de geek.

Freaks' Squeele pouvait passer pour le résultat brillant d'un auteur talentueux partant dans tous les sens et retombant miraculeusement sur ses pattes. J'écris « miraculeusement », mais tout dans cette œuvre me fait penser qu'il n'y a pas de miracles, et que Florent Maudoux est avant tout une boule de talent et de ferveur forgée à la trempe du travail acharné (ça va, j'en fais pas trop ?). Reste que Freaks' Squeele se dispersait peut-être un peu (sans que cela ne soit du tout dommageable au résultat final).
Funérailles fait montre d'un tout autre degré de maîtrise, et son univers très travaillé semble beaucoup plus cohérent. 

Il serait vain de lister les références graphiques ou scénaristiques (de Saint Seiya au hard rock en passant par Kubrick, le cinéma bis, les shojô, Starcraft 2, le jeu de rôle, le cyberpunk, Game of Thrones...), contentons-nous de dire que l'univers qui nous est ici exposé est riche, brillant, fascinant (et fascisant, bien sûr), que l'intrigue est palpitante mais ne prend jamais le pas sur la caractérisation des personnages (tous mémorables), que Maudoux prend grand soin de proposer une œuvre inclusive (les personnages féminins sont nombreux, intelligents et pas forcément sur le modèle mannequin), avec ses moments graves (vraiment graves) et ses moments drôles (vraiment drôles), et énormément d'humanité.

Bref, Funérailles c'est grandiose, c'est le genre d'œuvre qui fait palpiter mon petit cœur et me donne en outre envie de dessiner (parce qu'en prime, c'est beau à pleurer !).

16 novembre 2017

Dernières lectures...



On continue tranquillement avec une BD inattendue...




Les fans de Lapinot seront sans doute surpris de voir débarquer dans les rayonnages ce nouveau tome. Essentiellement parce que la dernière fois qu'on l'a vu, notre héros Lapinot avait fini mort et enterré (oui je spoile, mais ça va, c'était en 2004, tenez-vous un peu au courant bon sang).

Qu'à cela ne tienne, treize ans après Lewis Trondheim remet le couvert et enchaîne directement après les événements de La Vie comme elle vient. On retrouve avec plaisir Lapinot, Nadia, Titi, Pierrot, et bien sûr l'insupportable tête-à-claque Richard, le meilleur ami qu'on ne souhaite à personne mais qu'on a tous un peu quand même.
C'est toujours fin, toujours bien mené, avec toujours une petite pointe de fantastique dans le scénario, une réflexion sur la vie et les relations qui s'étiolent... et ça rassure carrément sur les capacités de Lewis Trondheim (on pouvait légitimement s'inquiéter en lisant sa nouvelle série, Mama Mia, dans Spirou, très loin d'être à la hauteur des précédentes œuvres du bonhomme).

Seul microdéfaut : Lapinot étant désormais édité chez L'Association (et non plus chez Dargaud), le format a légèrement changé et s'intégrera mal à la suite de votre collection. C'est pas bien méchant.

15 novembre 2017

Dernières lectures...


C'est une semaine un peu chargée, donc pas de dessin très léché pour vous faire plaisir. A la place je vous propose un petit éventail de mes dernières lectures BD, histoire de vous allécher.


Et on commence avec un gros morceau, puisqu'il s'agit de rien de moins que l'adaptation en BD de La Horde du Contrevent
Si vous n'avez pas encore lu le pavé d'Alain Damasio, je vous encourage vivement à vous y mettre.
Sachez qu'il s'agit d'un récit épique prenant place dans un monde battu pas un vent incessant, et qu'on y suit la Horde, une faction d'élite envoyée à la recherche d'un hypothétique Extrême-Amont, là où naissent les vents. 
L'œuvre est incroyable de puissance et de finesse, et Damasio a patiemment sculpté un joyau des plus purs sur tous les plans : aventure, narration, esthétique, ambition, symbolique, création d'univers...

L'adapter en BD tenait du défi fou, mais Eric Henninot le relève brillamment. Il a d'emblée l'intelligence d'abandonner un certain nombre de spécificités du roman (notamment tous les jeux sur la typographie) pour se concentrer sur les décors grandioses et les relations entre personnages (même si, comme dans le roman, certains sont clairement mis à l'honneur). Il change également plusieurs points du scénario pour lui donner plus d'allant, au point que, comme le dit Damasio dans sa préface, « on n'est plus dans ma Horde, ni dans la vôtre, mais dans la sienne. »
Ce qui, pour une adaptation, est une très bonne chose. 

Au final, la BD est très agréable et donne envie de (re)découvrir le roman, tout en s'en éloignant suffisamment pour ne pas en gâcher la lecture. Bon courage à Henninot toutefois, parce qu'il est encore loin de l'Extrême-Amont et que ce monstre pourrait bien être l'œuvre d'une vie.

10 novembre 2017

Le détective du côté obscur




Comme vous le savez sûrement si vous suivez ce blog depuis quelque temps, j'éprouve une affection toute particulière pour les point & click à gros pixels. Et il se trouve que les derniers congés ont été l'occasion de jouer à The Darkside Detective, récent et excellent représentant du genre.




Les point & click se distinguent souvent par leur univers, et celui-ci ne déroge pas à la règle puisque les petits gars de Spookey Doorway ont situé leur action à Twin Lakes, petite bourgade américaine qui peut assez facilement se définir comme un pastiche de Twin Peaks.
Ainsi notre héros, le détective (au sens policier du terme hein, ce n'est pas un privé) Francis McQueen, rappelle-t-il vaguement Kyle McClachlan. Il est l'officier en charge de la division Darkside de la police. Une espèce de section des affaires non classées (sa chef s'appelle Scully...) plutôt déconsidérée par ses collègues, mais bien utile quand on connaît les problèmes de la ville, avec des portails dimensionnels, des fantômes d'écrivains, des gremlins, des monstres lacustres...




McQueen est... aidé ? épaulé ? bon, disons suivi par l'officier Dooley, un conspirationniste aussi idiot qu'hilarant. Au menu : moult références à la SF et au fantastique, en particulier des années 1980, du pointer, du cliquer, quelques puzzles pas bien méchants et environ cinq heures de très bons moments (réservées aux anglophones toutefois, et aguerris, car quelques jeux de mots peuvent être un peu obscurs).


08 novembre 2017

Souvenir de vacances

Merveilleux moments avec mes petites-cousines adorables et merveilleusement bien élevées,
pas du tout comme j'ai pu écrire précédemment sur ce blog.

La semaine dernière fut des plus relaxantes : quelques jours dans le Sud-Ouest, à se prélasser au coin du feu entre deux repas plutôt riches.
L'occasion aussi d'essayer un de nos derniers jeux : Gaïa.



Un jeu « de plateau » plutôt sympa, à ranger dans la catégorie « pas immédiatement instinctif mais en fait ça va ». En outre il a juste assez d'aléatoire pour laisser leur chance aux débutants (ça change probablement avec l'extension inclue dans la boîte, mais on ne l'a pas encore essayée).
En gros vous êtes une divinité et votre but est de créer un monde pour héberger votre peuple. Seulement voilà : vous n'êtes pas seul (jusqu'à 5 joueurs). 
Vous pouvez jouer deux types de cartes : les cartes Nature, qui permettent de poser des terrains (plaine, montagne, mer, marécage...), et les cartes Vie qui permettent de construire une ville sur un terrain (si les conditions sont remplies sur les terrains adjacents) ou de peupler un terrain d'animaux (qui servent de ressources). Le but étant de se débarrasser de ses cinq meeples en, précisément, fondant des villes.
C'est bien sûr un peu plus complexe que ça, mais c'est plutôt sympa, en tout cas ça mérite un coup d’œil.

30 octobre 2017

Ex nihilo Neil 6.10

Sur ce, je suis en vacances, rendez-vous lundi prochain. Profitez bien du jour férié, et du pont si vous le faites...

27 octobre 2017

Neil a vu... Thor Ragnarok

Ouais, mais j'ai pas trop le temps d'en faire une longue chronique, donc pour faire simple, Thor Ragnarok :
- c'est festif et coloré ;
- c'est un peu drôle, un peu con ;
- ça va pas bien loin mais ça fait passer deux heures.

En revanche, il y a un truc que je n'excuse pas, c'est le design de Hel. Enfin, Hela, pardon...

Dans le film, elle (c'est la grande méchante du film) ressemble à ça :

Oui, c'est Cate Blanchett.

Donc design de grande méchante de comics (je suppose repris de la BD originale), ok, admettons. Mais... déjà dans la mythologie nordique, Hel, c'est pas une super méchante, c'est la reine du royaume des morts, et c'est pas la première-née d'Odin, c'est une fille de Loki.

Et elle ressemble à ça :


Hel, c'est une charmante jeune femme fraîche comme la rosée du côté droit, et un cadavre en décomposition du côté gauche. Vous allez pas me dire qu'il y avait pas moyen d'en faire quelque chose d'un peu classe quand même ! 

Enfin, bon, il y aurait beaucoup à dire sur l'adaptation marvelienne des dieux nordiques, qui a la manie de tout passer à la moulinette judéo-chrétienne (globalement Odin, Thor, Loki... c'est pas du tout comme ça que ça marche), mais bon, passons.

Sur ce je pars en vacances pour une semaine, vous aurez quand même un Ex nihilo Neil lundi mais après plus rien jusqu'à la semaine suivante.
Bon week-end !

25 octobre 2017

Les cochons vont pas tarder à voler


En ce moment, la campagne #BalanceTonPorc bat son plein sur le net, et c’est très bien.
Alors bien sûr, on a des dizaines, des centaines, des milliers de personnes (hommes ou femmes d’ailleurs) très bien intentionnées, qui se lèvent pour expliquer que ce n’est pas une bonne méthode pour dénoncer le sexisme parce que ça ne fait qu'humilier des hommes. Que ce n’est pas en se plaignant qu’on fait changer les choses. J’ai même vu invoquer l’argument suprême : « si des hommes avaient lancé une campagne #BalanceTaSalope, on ne compterait plus les indignées ! »




C’est ainsi qu’on réalise que le concept de « chiens de garde » s’applique parfaitement au sexisme : essayez de dénoncer un fait bien établi et accepté par la société, si indigne, ignoble et indiscutable soit-il, et des légions se lèvent pour vous empêcher de tout chambouler parce que « ça va, c’est pas si grave ». On appelle ça « la réaction », et ceux qui l’exercent, des « réactionnaires ».

On peut pourtant s’interroger sur les arguments invoqués : déjà, celui qui décrète que ce n’est pas bien de dénoncer le sexisme en… dénonçant le sexisme. C’est sûr que parti comme ça, ça va être difficile.

Ensuite, « se plaindre ne fait pas changer les choses ». Une hypothèse que je contesterai vigoureusement : se plaindre ne fait pas que soulager, ça montre également aux autres que c’est possible. Bien souvent, c’est grâce aux quelques qui osent élever la voix que les victimes prennent conscience de leur condition, qu’elles comprennent qu’elles ne sont pas seules, qu'elles n’y sont pas condamnées et qu’elles peuvent envisager d’en sortir. Comme l’a dit Mar_Lard il y a quelques années alors qu’elle était elle-même victime d’un lynchage en ligne assez ignoble pour avoir osé évoquer le sexisme dans le monde du jeu vidéo : « Scoop : parler, c’est utile ! » Donner la parole aux victimes, ce n’est pas juste un joli geste, éthique mais sans valeur réelle, ça a une vraie utilité. Sauf bien sûr si on part du principe qu’il n’y a pas de vrai problème, ou qu’on ne veut surtout pas le régler. Mais là…


Ultime argument, mon préféré : la réversibilité. « Mettez-vous à la place des hommes », « Imaginez le contraire »… Ce serait recevable si on était face à un problème réciproque. Seulement on est dans le cas d’une « minorité » (même si dans le cas des femmes, le concept est étrange vu qu’elles constituent environ la moitié de la population) maltraitée par la majorité. Considérer le contraire est absurde, autant que de prendre fait et cause pour les esclavagistes sous prétexte que certains ont été lynchés par des noirs révoltés. C’est surtout une énième manière de réduire le problème à un niveau individuel. De considérer que le sexisme, c’est parce qu’il y a « des cons », et puis c’est tout, faut juste les punir eux. Que le sexisme, ce n’est pas un problème fondamental, que ce n’est pas notre société qui est sexiste, juste quelques brebis galeuses, des égarés…

Notre société est sexiste. Jusqu’à l’os. Elle l’est, parce que ses règles mêmes font qu’un homme qui « agit en homme » est valorisé et monte dans l’échelle sociale, alors qu’une femme qui « agit en femme » stagne ou régresse. Elle l’est, parce que quand une femme se fait agresser, porter plainte lui est quasiment impossible (et du reste les commissariats ne désempliraient pas). Elle l’est, parce quand les femmes essaient de se rebeller, tout un ban se lève pour leur expliquer qu’elles sont bien gentilles, mais on a des choses plus importantes à faire, et comment vous étiez habillées d’abord, et est-ce que vous ne l’avez pas un peu cherché, etc.

Alors balance ton porc ! Pas pour qu’il finisse en taule (ça, ce ne sera qu'un agréable à-côté), mais pour que tout le monde prenne conscience du problème.