Ex nihilo Neil

09 janvier 2026

Ça est étrange

 


Deux séries viennent de se terminer, qui ne manquent pas de points communs : la première saison de It - Welcome to Derry et la dernière saison de Stranger Things.


Commençons par le prequel de It, célèbre adaptation du roman de Stephen King qui a (très littéralement) traumatisé toute une génération avec son clown tueur. Welcome to Derry entend proposer une série d'anthologie, avec des saisons se situant à différentes époques avec différents protagonistes, et la première nous transporte dans les années 1960. On suit une petite bande de gamins encore moins bien lotis que le futur club des Losers, qui vont devoir affronter une résurgence de Ça, l'entité maléfique vivant sous leur ville (et qu'en bon fan de Lovecraft j'appellerai plutôt les Lumières Mortes, un nom qui lui sied). 

La série a des atouts à faire valoir : déjà, une esthétique travaillée, directement héritée des adaptations récentes du roman par Andy Muschietti, qui orchestre la série. Les effets sont impressionnants, le clown Pennywise terrifiant et les décors comme les costumes sont au poil. L'ambiance malsaine est également au rendez-vous, notamment à travers les différentes hallucinations induites par Ça, qui sont proprement terrifiantes, souvent originales et qui n'épargnent vraiment, mais alors vraiment pas les gosses. On a en outre une vraie volonté de s'inscrire dans l'univers de Stephen King, avec notamment la présence de Dick Hallorann, personnage récurrent qui intervient notamment dans The Shining.

Mais des points faibles sont aussi présents : l'intrigue principale avec les militaires est cousue de fil blanc et reprend un trope complètement dépassé aujourd'hui (un militaire veut faire de Ça une arme au service des États-Unis, paye ton idée de génie), tous les acteurs ne sont pas au cordeau (notamment chez les gamins) et, surtout, tout ça ressemble beaucoup à ce qui arrive dans le roman, vingt-sept ans plus tard. En outre, et c'est terriblement ironique, de nombreuses scènes font penser à Stranger Things, série qui s'inspire ouvertement des romans et adaptations de King, ce qui donne l'impression que l'original arrive après la copie. 

Rien de tout cela ne gâche la série, qui reste bien supérieure au deuxième volet du It de Muschietti, mais ça reste toutefois à réserver aux spectateurs avertis (parce que ça tranche). 


Et puisqu'on en parle, la dernière saison de Stranger Things est enfin sortie. Et il faut qu'on l'évoque, évidemment, parce qu'on est quand même sur un blog de geeks.

Déjà, on ne va pas se voiler la face : Stranger Things est une série qui a été conçue comme une pompe à fric, surfant sur la nostalgie des années 1980. C'est totalement assumé dès la saison 1, on est dans le fan service léché, travaillé, ciselé, mais le fan service tout de même. Cette dernière saison ne fait que confirmer ce statut : la série n'a pas grand-chose à dire, ce n'est pas une réflexion sur le mal et la corruption genre Les Soprano ou Breaking Bad, c'est une série pop-corn très bien réalisée. Ne lui en demandons pas plus. 

Chaque saison a ses qualités et ses défauts (en dehors de la première qui reste impressionnante aujourd'hui), mais à mesure que le temps a passé, on a pu se rendre compte du principal souci : les scénaristes ne veulent tuer personne. En clair, plus vous êtes dans la série depuis longtemps, moins vous avez de risques de mourir, ce qui génère deux problèmes :

  • d'une part, ça tue les enjeux : allez donc faire croire qu'un perso est en danger dans ces cas-là (c'est d'ailleurs pourquoi la scène dite « de Kate Bush » a autant marqué dans la saison 4 : pour la première fois depuis longtemps, un personnage principal semblait réellement en danger de mort) ;
  • d'autre part, ça fait qu'au fil des saisons s'accumulent des personnages dont on ne sait plus que faire. Ainsi dans cette saison 5, Mike, Joyce, Hopper, Lucas et pas mal d'autres ne font que bouffer du temps d'antenne qui nous empêche de profiter davantage de Steve, Dustin, Robin et Max, sans conteste les meilleurs personnages*.

En outre, la série souffre clairement de sa durée de tournage puisque les acteurs ont pris dix ans quand ils auraient dû ne vieillir que de cinq, ce qui perturbe profondément l'appréhension des scènes. J'ajoute que certains (notamment Millie Bobby Brown) semblent avoir perdu leur talent en route, ce qui est un peu triste mais surtout pas très bon pour le peu d'attachement qu'on avait encore pour leur personnage.

Parallèlement, les nouveaux venus, notamment enfants (en l'occurrence Holly et, dans une moindre mesure, Derek) brillent au contraire par leur jeu et leur importance dans l'intrigue. Comme quoi tuer quelques personnages dans les saisons précédentes aurait sans doute aidé à maintenir le niveau.

Tout ceci étant dit, au final, est-ce que la saison 5 est décevante ? Franchement non. Ça traîne un peu en longueur, c'est un peu bavard et il y a des facilités scénaristiques éculées, mais le final est cool, l'anticlimax bien fichu, et l'épilogue, quoiqu'un peu long, tout à fait satisfaisant, avec un vrai faux twist bien ficelé qui fait parler les fans sur les forums**. Le dernier épisode dure deux heures mais est un vrai plaisir, et il conclut très honorablement ce qui restera dans les mémoires comme une curiosité des années 2010. Maintenant il serait temps de passer à autre chose et de laisser les eighties à leur place, dans le passé***. 

* Et les meilleurs comédiens, en particulier Sadie Sink (Max) qui surfe à des kilomètres au-dessus de ses potes en termes d'acting.

** En gros, il y a un twist de type Inception, genre on ne sait pas si A ou B. Et franchement on s'en fiche, l'intérêt même de ce type de final est qu'il reste indécidable, chacun peut ainsi préférer croire ce que bon lui semble. Je note toutefois que l'épilogue porte également sur la notion d'histoire (comme le faisait celui de la série Game of Thrones), mais c'est ici totalement cohérent avec les thématiques de la série et l'hommage aux histoires des années 1980 (donc pas du tout comme la série Game of Thrones), donc moi ça me convient très bien.

*** Ce que ne comptent évidemment pas faire les showrunners, qui ont déjà annoncé un spin-off en animation supposé s'inspirer des dessins animés des années 1980 (et rien qu'à voir les premières images, ils ont tapé complètement à côté, vu que ça ressemble plus à Arcane qu'à G.I. Joe). 

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